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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2103191

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2103191

jeudi 2 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2103191
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête et des mémoires enregistrés le 25 novembre 2021 et le 9 août 2022, M. A B demande au tribunal : 1°) d'annuler la décision du 12 octobre 2021 par laquelle le directeur du centre ministériel de gestion du Var a refusé sa réintégration ; 1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2021 par lequel le directeur du centre ministériel de gestion du Var l'a placé en disponibilité d'office du 1er janvier au 31 décembre 2021 ; 2°) d'enjoindre le directeur du centre ministériel de gestion du Var de procéder à sa réintégration sur l'un des postes cités en référence g). Il soutient que : - la décision méconnait les dispositions de l'article 49 du décret du 16 septembre 1985, dès lors que la réintégration est de droit sur l'une des trois premières vacances d'emploi. Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 juillet 2022 et le 9 septembre 2022, le ministre des armées, conclut au rejet de la requête. Il soutient que : - la requête est tardive dès lors que le recours a été introduit après l'expiration du délai de deux mois ; - les autres moyens soulevés ne sont pas fondés. Par une ordonnance du 16 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 18 mars 2024. Vu les autres pièces des dossiers. Vu : - le décret n° 85-986 du 16 septembre 1985 ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Karbal, conseiller, - les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public. Considérant ce qui suit : 1. M. A B, ingénieur civil de la défense, en fonction au Service de Soutien de la Flotte à Toulon, a été placé en position de disponibilité d'office pour convenances personnelles du 1er janvier 2019 au 31 décembre 2020. Par un courrier du 10 juin 2020, reçu le 18 juin suivant, M. B a sollicité sa réintégration auprès du SSF de Toulon. Par un courrier du 17 juin 2021, il a formulé un recours gracieux contre la décision implicite de rejet du 18 août 2021. Par un arrêté du 17 juin 2021, le directeur du centre ministériel de gestion de Toulon a placé le requérant en position de disponibilité d'office faute d'emploi vacant du 1er janvier au 31 décembre 2021. Enfin, par une décision du 12 octobre 2021, le directeur du centre ministériel de gestion de Toulon a rejeté son recours gracieux. Sur la fin de non-recevoir opposée par le ministre : 2. Eu égard notamment à la circonstance que les fonctionnaires ont droit à être placé dans une situation conforme à leur statut, le rejet, par une décision non contestée dans le délai du recours contentieux, d'une demande d'un fonctionnaire sans affectation tendant à ce qu'il soit placé dans une situation régulière au regard des dispositions statutaires le régissant, ne fait pas obstacle, en cas de décision de rejet d'une nouvelle demande ayant le même objet, à ce que l'intéressé saisisse le juge administratif d'une requête tendant à l'annulation de la seconde décision. 3. Il ressort des pièces du dossier que M. B a vainement sollicité à plusieurs reprises sa réintégration auprès du SSF de Toulon. Il ressort également des pièces du dossier que la décision de refus de le réintégrer a été révélée à la faveur de l'arrêté du 17 juin 2021 " portant placement en disponibilité d'office ". Dès lors, ce recours doit être regardé comme seulement dirigé contre la décision de refus de réintégration révélée par l'arrêté du 17 juin 2021 " portant placement en disponibilité d'office ". Il résulte en outre de l'instruction que cet arrêté été notifié le 27 septembre 2021 et que le recours a été introduit le 25 novembre 2021. Par suite, le ministre n'est pas fondé pour soutenir que la requête de M. B serait tardive, et par suite irrecevable, à se prévaloir de ce que la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par lui sur la demande qui lui a été présentée le 10 juin 2020 par M. B et qui tendait à ce qu'une nouvelle affectation lui fût donnée. Sur les conclusions à fin d'annulation : 4. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision 12 octobre 2021, le directeur du centre ministériel de gestion de Toulon a rejeté la demande de réintégration de M. B. Le délai de recours contentieux contre cette décision a expiré le 12 décembre 2021 suivant. Or, M. B a formé un recours contentieux contre la décision explicite de rejet de sa demande du 25 novembre 2021. Il ressort également des pièces du dossier que l'arrêté du 17 juin 2021 par lequel le directeur du centre ministériel de gestion de Toulon a placé en disponibilité d'office M. B a été notifié le 27 septembre 2021. Dès lors, le recours administratif a été introduit par M. B dans le délai de recours contentieux qui lui était imparti. Par suite, il n'y a pas lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée en défense par le ministre des armées tirée de la tardiveté de la requête. 5. Aux termes de l'article 44 du décret du 16 septembre 1985 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires de l'Etat, à la mise à disposition, à l'intégration et à la cessation définitive de fonctions : " La mise en disponibilité sur demande de l'intéressé peut être accordée, sous réserve des nécessités du service, dans les cas suivants : / () b) Pour convenances personnelles : la durée de la disponibilité ne peut, dans ce cas, excéder trois années ; elle est renouvelable mais la durée de la disponibilité ne peut excéder au total dix années pour l'ensemble de la carrière ". Selon l'article 49 du même décret : " () Trois mois au moins avant l'expiration de la disponibilité, le fonctionnaire fait connaître à son administration d'origine sa décision de solliciter le renouvellement de la disponibilité ou de réintégrer son corps d'origine. Sous réserve des dispositions du deuxième alinéa du présent article et du respect par l'intéressé, pendant la période de mise en disponibilité, des obligations qui s'imposent à un fonctionnaire même en dehors du service, la réintégration est de droit. / () Le fonctionnaire qui a formulé avant l'expiration de la période de mise en disponibilité une demande de réintégration est maintenu en disponibilité jusqu'à ce qu'un poste lui soit proposé dans les conditions fixées aux deux alinéas précédents ". 6. D'une part, le fonctionnaire titulaire régulièrement placé, sur sa demande, en position de disponibilité, n'a pas rompu le lien qui l'unit à son corps et a donc droit, à l'issue de cette disponibilité, à y être réintégré et pourvu d'un emploi par des mesures qui, lorsque les modalités n'en sont pas définies par les dispositions statutaires qui lui sont applicables, doivent intervenir dans un délai raisonnable, sous réserve de la vacance d'un emploi disponible dans son grade et, pour les fonctionnaires concernés par le décret du 16 septembre 1985, d'avoir respecté ses obligations déontologiques pendant la période de sa mise en disponibilité. D'autre part, l'administration a l'obligation de placer ses agents dans une position régulière. 7. Ainsi qu'il a été dit au point 1, M. B a sollicité à diverses reprises sa réintégration à la suite de sa mise en disponibilité pour convenances personnelles. Ainsi, en application des principes rappelés au point précédent, il appartenait à l'administration de prendre toute mesure afin de placer l'agent dans une position régulière, notamment en procédant à la réintégration sollicitée dans un délai raisonnable, le cas échéant, après avoir prononcé une mesure de renouvellement de son placement en position de disponibilité. 8. En l'espèce, M. B a été placé en position de disponibilité pour convenances personnelles à compter du 1er janvier 2019 jusqu'au 31 décembre 2020. Par un courrier du 10 juin 2020, reçu le 18 juin suivant, adressé plus de trois mois avant la fin de sa disponibilité, il a demandé au directeur des ressources humaines du centre ministériel de gestion de Toulon sa réintégration dans le département du Var à compter du 1er janvier 2021. Il a réitéré sa demande le 26 mai 2021. Il a également postulé sur des postes inscrits à la bourse nationale des emplois. Enfin, par un courrier du 17 juin 2021, le requérant a formulé un recours gracieux et a de nouveau sollicité sa réintégration sans délai. 9. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, malgré les demandes réitérées de M. B auprès du service des ressources humaines dont il dépendait, l'administration ne lui a fait aucune proposition de poste, avant sa réintégration effective le 1er juillet 2022, alors que M. B a été reçu en entretien avec la cheffe de la division des ressources humaines et le chef du bureau recrutement mobilité du centre ministériel de gestion de Toulon afin de préparer son retour au travail. Si le directeur du centre ministériel de gestion du Var indique qu'aucun poste vacant correspondant à son grade et ses compétences n'est disponible dans le Var, que les offres existant sur le bassin d'emploi du Var sont des emplois SIC ou d'expert de haut niveau en conduite de projet infrastructure nucléaire qui ne correspondent aux compétences actuelles du requérant et que certains postes nécessitent une habilitation particulière, il n'apporte pas le moindre élément de nature à établir le bien fondé de telles allégations, alors que la preuve de l'absence de vacance de poste correspondant au grade de M. B lui incombe. A l'inverse, le requérant produit des fiches de postes pour la période de janvier à septembre 2021, dont certaines fiches font état de vacance de poste. Par ailleurs, le ministre des armées, qui se borne à soutenir que le requérant ne pouvait prétendre à une réintégration de droit, ne conteste pas sérieusement les offres d'emplois produites par M. B et ne fournit aucun élément de nature à justifier l'absence de toute proposition de poste entre la date de sa première demande et le rejet explicite litigieux. Dans ces conditions, la décision de refus de le réintégrer révélée par l'arrêté du 17 juin 2021 est entachée d'erreur de droit. Dès lors, M. B est fondé à demander l'annulation de cette décision. 10. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 17 juin 2021 portant placement en disponibilité d'office du 1er janvier au 31 décembre 2021 doit être annulé. Sur les conclusions à fin d'injonction : 11. Il est enjoint au ministre des armées de réintégrer M. B à compter du 1er janvier 2021 et de reconstituer sa carrière à compter de cette date. D É C I D E :Article 1er : L'arrêté du 17 juin 2021 par lequel directeur du centre ministériel de gestion de Toulon l'a placé en disponibilité d'office du 1er janvier au 31 décembre 2021 est annulé. Article 2 : Il est enjoint au ministre des armées de réintégrer M. B à compter du 1er janvier 2021 et de reconstituer sa carrière. Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre des armées. Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :M. Philippe Harang, président, M. Zouhaïr Karbal, conseiller,Mme Mathilde Montalieu, conseillère. Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024. Le rapporteur,SignéZ. KARBAL Le président, Signé Ph. HARANGLa greffière,SignéF. POUPLY La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.Pour expédition conforme,La greffière,2N° 2103191

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