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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2103210

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2103210

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2103210
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantBOCHNAKIAN & LARRIEU-SANS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er décembre 2021, M. B A, représenté par Me Bochnakian, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 octobre 2021 par laquelle le préfet du Var a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var de faire droit au regroupement familial, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 août 2022, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Martin, rapporteure,

- les observations de Me Albertini, substituant Me Bochnakian, représentant M. A,

- le préfet du Var n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant tunisien né le 30 décembre 1983, a déposé une demande de regroupement familial en faveur de son épouse, Mme C D, ressortissante tunisienne née le 13 juin 1995. Par une décision du 19 octobre 2021, le préfet du Var a refusé de faire droit à cette demande. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; () ". Aux termes de l'article L. 434-6 du code précité : " Peut être exclu du regroupement familial : () / 3° Un membre de la famille résidant en France ".

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Aux termes de l'article 3 alinéa 1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

5. Il est constant qu'à la date à laquelle M. A a présenté une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse, celle-ci résidait en France et pouvait ainsi se voir refuser le bénéfice du regroupement familial en application des dispositions précitées du 3° de l'article L. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Si le préfet, lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, est en droit de rejeter la demande dans le cas où l'intéressé ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions légalement requises notamment, comme en l'espèce, en cas de présence anticipée sur le territoire français du membre de la famille bénéficiaire de la demande, il dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les stipulations et dispositions précitées, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A est titulaire d'une carte de résident de 10 ans, valable du 25 février 2017 au 25 février 2027, obtenue en qualité de conjoint de français en raison de son premier mariage contracté avec une française le 7 novembre 2015, lequel a pris fin le 28 décembre 2017. Il a ensuite épousé Mme D, ressortissante tunisienne, le 21 décembre 2019 à Toulon, et de leur union est né un enfant, le 17 décembre 2020. Ainsi, eu égard au caractère récent de cette union, du jeune âge de l'enfant qui n'est pas encore scolarisé, mais également de ce que M. A ne justifie d'une insertion professionnelle qu'à compter de décembre 2020, et alors que le refus de regroupement familial n'a, par lui-même, ni pour objet ni pour effet de séparer cette cellule familiale, l'arrêté du préfet du Var du 19 octobre 2021 n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a refusé le regroupement familial. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 12 avril 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Doumergue, présidente,

M. Quaglierini, premier conseiller,

Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.

La rapporteure,

Signé

K. Martin

La présidente,

Signé

M. Doumergue

La greffière,

Signé

B. Ballestracci

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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