mardi 23 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2103244 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | IM AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 décembre 2021, M. A B, représenté par Me Szepetowski, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2021 par lequel le maire de la commune de Ramatuelle s'est opposé à la déclaration préalable n° DP 083 101 21 0038 en vue de la réalisation d'un bassin paysager naturel de rétention de l'eau sur la parcelle cadastrée section AI n° 414 sise, 465 chemin de la Garonne à Ramatuelle (83350) ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Ramatuelle de prendre un arrêté de non-opposition à ladite déclaration préalable ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Ramatuelle une somme de 4 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'un bassin de rétention des eaux ne constitue pas une construction au sens du plan local d'urbanisme de la commune de Ramatuelle ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il permet d'assurer la préservation des constructions existantes des risques d'inondation et d'incendie ;
- il ne porte pas atteinte à l'intérêt ni au caractère des lieux et sites avoisinants.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 décembre 2021, la commune de Ramatuelle, représentée par Me Parisi, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge du requérant la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que l'ensemble des motifs de l'arrêté attaqué ne sont pas contestés et demande une substitution de motif sur le fondement de l'article 10-1 des prescriptions et recommandations du schéma d'aménagement de la plage de Pampelonne.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le plan local d'urbanisme de la commune de Ramatuelle ;
- le schéma d'aménagement de la plage de Pampelonne approuvé par décret
n° 2015-1675 le 15 décembre 2015 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 juin 2024 :
- le rapport de Mme Le Gars ;
- les conclusions de M. Riffard, rapporteur public ;
- et les observations de Me Parisi représentant la commune de Ramatuelle.
Considérant ce qui suit :
1. Pour s'opposer à la déclaration préalable déposée le 20 mai 2021 par M. B, le maire de la commune de Ramatuelle considère, dans son arrêté du 21 octobre 2021, que le projet méconnaît les dispositions des articles N1 et N2 du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Ramatuelle, l'article 2 des prescriptions et recommandations du schéma d'aménagement de la plage de Pampelonne et les dispositions des articles L. 421-6 et R. 111-27 du code de l'urbanisme.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. () ".
3. En l'espèce, l'arrêté attaqué comporte les éléments de droit listés au premier point du présent jugement et les circonstances de fait suffisamment précises et propres au projet d'aménagement en litige permettant au déclarant d'en contester le bien-fondé. Par suite, M. B, qui au surplus n'invoque aucun fondement juridique au soutien de son moyen, n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé.
4. En deuxième lieu, l'article N1 du PLU de la commune de Ramatuelle qui liste les types d'occupations ou d'utilisations du sol interdites dispose que : " 1. Les constructions et installations de toutes nature, à l'exception de celles visées à l'article N2 ". L'article N2 dispose que : " 1. Seules peuvent être autorisées les occupations et les utilisations du sol ci-après, sous réserve des dispositions prévues pour les secteurs spécifiques : a. Les travaux d'adaptation et/ou de réfection des constructions à usage d'habitation ou d'activités existantes à la date d'approbation du P.L.U. b. Les installations, ouvrages et équipements d'infrastructures publics ou d'intérêt collectif tels que réseaux, voiries, parkings, déchèterie avec ses locaux de gestion et de gardiennage (à l'exception des secteurs NL, Nm et Nm1) à condition qu'ils soient parfaitement intégrés à l'environnement. c. Les dépôts lorsqu'ils sont liés et/ou nécessaires à l'activité agricole ou forestière ou à l'entretien de la plage. d. A l'exception du secteur Np, les constructions nécessaires au maintien ou au développement d'une exploitation agricole, pastorale ou forestière à l'exclusion de toute construction nouvelle à usage d'habitation. () Dans le secteur Np : a. Les constructions, installations et aménagements dans les conditions prescrites par le Schéma d'Aménagement de la Plage de Pampelonne annexé au plan local d'urbanisme. b. En dehors du domaine public, toute autorisation sera en outre subordonnée à la démolition de la totalité des bâtiments existants sur le terrain d'assiette du projet. () ".
5. D'une part, si le requérant fait valoir que les dispositions de l'article N1 lui sont inopposables dès lors qu'un bassin de rétention d'eau ne constitue pas une construction, il ressort toutefois des termes même de cet article que sont également interdites les installations de toute nature. Dès lors, le maire de Ramatuelle n'a pas commis d'erreur de droit en faisant application des dispositions précitées.
6. D'autre part, si le requérant affirme que le projet en litige a pour effet de préserver les constructions existantes des risques d'inondation et d'incendie, il ne soutient ni même n'allègue cependant que l'installation en litige figure au nombre des exceptions listées à l'article N2 du PLU de Ramatuelle. Par suite, et à supposer même que le moyen soit soulevé, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le maire de Ramatuelle a fait une inexacte application des dispositions précitées.
7. En troisième lieu, les dispositions préliminaires à la section 1 du titre IV du règlement du PLU de la commune de Ramatuelle dispose que : " () La zone N est divisée en différents secteurs : () secteur Np : soumis aux dispositions spéciales énoncées par le Schéma d'aménagement de la plage de Pampelonne annexé au plan local d'urbanisme () ". L'article 2 des prescriptions et recommandations du schéma d'aménagement de la plage de Pampelonne relatif aux occupations et utilisations du sol soumises à conditions, dispose que : " () 2.4 Hors zones Zp, Zap et cordon dunaire : Peuvent seuls être autorisés : a) les cheminements piétonniers et cyclables et les sentes équestres ni cimentés, ni bitumés, les objets mobiliers destinés à l'accueil ou à l'information du public, les postes d'observation de la faune ainsi que les équipements démontables liés à l'hygiène et à la sécurité tels que les toilettes publiques et les postes de secours - la localisation précise de ces équipements pourra évoluer dans l'intérêt de la gestion du site et de la sécurité du public ; b) Les aires de stationnement indispensables à la maîtrise de la fréquentation automobile et à la prévention de la dégradation de ces espaces par la résorption du stationnement irrégulier, sans qu'il en résulte un accroissement des capacités effectives de stationnement. ".
8. D'une part, il est constant que le projet est situé en zone Np du règlement graphique du PLU de Ramatuelle et qu'il n'est pas situé en zones Zp, Zap ni dans le cordon dunaire du schéma d'aménagement de la plage de Pampelonne. D'autre part, si le requérant soutient que le schéma d'aménagement n'interdit pas expressément l'installation de bassins naturels, il ressort toutefois des termes de l'article 2 précité que seules les occupations du sols énoncées sont autorisées. En outre, il est constant que le bassin de rétention des eaux projeté ne figure pas parmi les occupations et utilisations du sol autorisées à l'article 2 du schéma d'aménagement de la plage de Pampelonne précité. Il y a lieu, par suite, d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées.
9. Les motifs tirés de la méconnaissance des dispositions du PLU de Ramatuelle et du schéma d'aménagement de la plage de Pampelonne suffisent à justifier légalement l'arrêté en litige. Par suite et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés ni sur la substitution de motifs sollicitée par la commune de Ramatuelle, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 22 octobre 2021 par M. B. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais d'instance :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'une ou l'autre des parties, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, les sommes qu'elles demandent au titre des frais d'instance.
DECIDE
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Ramatuelle sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Ramatuelle.
Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bernabeu, présidente,
M. Bailleux, premier conseiller,
Mme Le Gars, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.
La rapporteure,
Signé :
H. LE GARS
La présidente,
Signé :
M. BERNABEU La greffière,
Signé :
G. RICCI
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation, la greffière.
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