mercredi 26 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2103373 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BOUROUIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 décembre 2021 et le 30 novembre 2022,
M. A C, représenté par Me Bourouis, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 15 octobre 2021 par lequel le préfet du Var a refusé sa demande de regroupement familial ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;
Il soutient que :
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;
- le préfet n'a pas pris en compte les 12 mois précédant la date du dépôt de la demande et ne s'est pas référé à la valeur du salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) correspondant à la période de référence ;
- la décision prise sur le fondement des dispositions des articles des articles L. 434-7 et
R. 434-4 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile a donc été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 4-1° de l'accord franco-algérien qui ne prévoient pas de modulation des revenus en fonction de la taille de la famille ;
- ses ressources ont été mal appréciées ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales compte tenu de la durée de sa présence en France, de la stabilité de son mariage et de la naissance de ses deux enfants ;
- elle méconnaît également les stipulations de l'article 3-1 et 9 de la Convention internationale des droits de l'enfant dès lors qu'elle entretient la séparation avec ses enfants.
-
Par un mémoire en défense enregistré le 2 novembre 2022, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les moyens sont infondés ;
- subsidiairement, la décision aurait pu légalement se fonder sur la circonstance que l'épouse de M. C réside irrégulièrement avec ce dernier compte tenu des attestations de la Caisse d'allocations familiales (CAF) produites par l'intéressé.
Par une ordonnance du 1er décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 décembre 2022.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 décembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier. Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article
R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique du 14 juin 2024, en l'absence des parties le rapport de M. Quaglierini.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant algérien, né le 10 février 1970 à Skidda en Algérie, résidant en France et titulaire d'une carte de résident valable 10 ans, a déposé une demande de regroupement familial auprès du préfet du Var, en faveur de son épouse et de leurs deux enfants. Par arrêté du 15 octobre 2021, le préfet a refusé sa demande. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la motivation de la décision attaquée :
2. Aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. Il ressort de la décision attaquée que, pour refuser la demande de regroupement familial, le préfet du Var s'est fondé, d'une part, sur les stipulations de l'accord franco-algérien et sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'autre part, sur la circonstance que M. C dispose de ressources insuffisantes. Ainsi, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait permettant à l'intéressé de pouvoir utilement la contester. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme étant infondé.
En ce qui concerne la condition de ressources suffisantes pour le regroupement familial :
4. Aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : / 1- le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont prises en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance ; / 2. Le demandeur ne dispose ou ne disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant en France () ". Aux termes de l'article R. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui est également applicable aux ressortissants algériens dès lors que ces dispositions sont compatibles avec les stipulations de l'accord franco-algérien : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : () 2° Cette moyenne majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes () ".
5. Il résulte de la combinaison des stipulations et dispositions précitées, que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période. Toutefois, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible pour le préfet de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.
6. Pour contester le motif opposé par le préfet du Var et tiré de l'insuffisance de ses ressources, M. C soutient que c'est à tort d'une part que le préfet du Var a pris en compte la période de juin 2020 à février 2021 pour apprécier ses ressources, alors que sa demande de regroupement familial a été faite le 23 juin 2020 et la période de référence à prendre en compte doit correspondre aux 12 mois précédant la date de la demande, d'autre part qu'il a modulé les ressources nécessaires en fonction de la taille de la famille en application des articles L. 434-7 et
R. 434-4 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile et donc en méconnaissance des stipulations de l'article 4-1° de l'accord franco-algérien qui n'en prévoit pas.
7. Tout d'abord, contrairement à ce que soutient le requérant et ainsi qu'il a été dit au point 4, l'article R. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est également applicable aux ressortissants algériens dès lors que ces dispositions sont compatibles
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avec les stipulations de l'accord franco-algérien. Le préfet n'a donc pas commis d'erreur de droit en appliquant les dispositions de l'article R. 434-4 du code précité.
8. Par ailleurs, le préfet fait valoir sans être sérieusement contesté que le montant des ressources pour une famille de 4 à 5 personnes doit atteindre 1 329,19 euros par mois pour 2019 et 1340 euros par mois en 2020. Or si la demande de regroupement familial a été présentée le 23 juin 2020, ainsi qu'il résulte d'ailleurs des visas de l'arrêté attaqué, il résulte des pièces du dossier et notamment des termes du mémoire en défense que les ressources de M. C, salaires, bénéfices industriels et commerciaux (chiffres d'affaires net) et allocation de retour à l'emploi, se sont élevées sur la période de référence de juin 2019 à mai 2020, à 15 360, 43 euros net, soit 1 280, 03 euros par mois. Ainsi, les ressources mensuelles de l'intéressé sur la période de référence n'étaient pas suffisantes pour une famille de 4 personnes au regard des dispositions précitées de l'article R. 34-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Aussi, si M. C fait valoir que son avis fiscal 2019 fait ressortir un revenu fiscal de référence de 15 125 euros soit 1260, 42 euros mensuels, cette somme est également inférieure au montant des ressources exigé par les dispositions précitées. Enfin, la circonstance, avérée, que son chiffre d'affaires ait atteint 23 000 euros en 2019 est sans influence. Par suite, les ressources de l'intéressé sur la période de référence de juin 2019 à mai 2020 n'ayant pas atteint le niveau requis par les textes, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet a pu refuser la demande de regroupement familial formée par M. C.
En ce qui concerne la méconnaissance des stipulations de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la Convention internationale des droits de l'enfant :
9. Aux termes de l'article 8 de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant :
" Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
10. Le requérant soutient que la décision attaquée méconnaît les stipulations précitées dès lors qu'il réside en France depuis 2002, qu'il est marié depuis 2010 avec Mme B D et que deux enfants sont nés de cette union en 2016. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que
M. C n'a initié de procédure de regroupement familial que dix ans après son mariage et quatre ans après la naissance de ses enfants. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que l'atteinte à sa vie familiale est constituée par le refus de regroupement familial qui lui a été opposé ni que ledit refus aurait été pris en méconnaissance de de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
11. Enfin, si le requérant invoque la violation de l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ce moyen doit être écarté comme inopérant, dès lors
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que les stipulations de cet article ne peuvent être utilement invoquées par le requérant dès lors qu'elles créent seulement des obligations entre États sans ouvrir de droits aux particuliers.
Sur l'injonction et l'astreinte :
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de la décision attaquée, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.
Sur les frais liés à l'instance :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 14 juin 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Doumergue, présidente,
M. Quaglierini, premier conseiller, Mme Martin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2024.
Le rapporteur, signé
B. Quaglierini
La présidente, signé
M. Doumergue
La greffière signé
B. Ballestracci
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme, Pour la greffière en chef, La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026