vendredi 12 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2103435 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CLOIX & MENDES-GIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 21 décembre 2021, 20 mars 2023 et 26 mai 2023, la SNC Patch Immobilier, représentée par Me Destarac, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 juin 2021 par lequel le maire de la commune de Ramatuelle a délivré à M. B A le permis de construire modificatif n° PC 083 101 19 00038 M01 de divers travaux sur la propriété située sur la parcelle cadastrée section AH n° 509 au 33, avenue des Cystes à Ramatuelle (83 350), ensemble la décision de rejet de son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Ramatuelle une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a intérêt à agir ;
- le maire de la commune de Ramatuelle n'a pas de délégation pour ester en justice au nom de la commune dans les litiges relatifs aux autorisations d'urbanisme ;
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente en l'absence de délégation de signature régulière ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 13.5 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Ramatuelle en raison de l'irrégularité et de la non-conformité de la plage de la piscine ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 13.5 du règlement du PLU de la commune de Ramatuelle dès lors qu'il supprime un espace couvert par une servitude de protection de la couverture arborée.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 juillet 2022 et 25 mai 2023, la commune de Ramatuelle, représentée par Me Parisi, oppose une fin de non-recevoir, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de la société requérante la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, que la requête est irrecevable pour défaut d'intérêt à agir ;
- à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par des mémoires, enregistrés les 20 mars 2023 et 29 mai 2023, ainsi qu'un mémoire enregistré le 24 juillet 2023 qui n'a pas été communiqué, M. B A, représenté par Me Lapp, oppose une fin de non-recevoir, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de la société requérante la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable pour défaut d'intérêt à agir ;
- à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par ordonnance du 22 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 25 juillet 2023.
Un mémoire et des pièces complémentaires produits par M. A en applications des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative ont été enregistrés le 8 janvier 2024 et n'ont pas été communiqués.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Ramatuelle ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 mars 2024 :
- le rapport de Mme Le Gars ;
- les conclusions de M. Riffard, rapporteur public ;
- les observations de Me Gounet, représentant la SNC Patch Immobilier ;
- et les observations de Me Parisi, représentant la commune de Ramatuelle.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 16 octobre 2019, n° PC 083 101 19 00038, le maire de la commune de Ramatuelle a délivré à M. A un permis de construire en vue de la régularisation, l'extension et le réaménagement d'une maison existante avec piscine située sur la parcelle cadastrée section AH n° 509, sise 33 avenue des Cystes à Ramatuelle. Le 5 mars 2021, M. A a déposé une demande de permis de construire modificatif n° PC 083 101 19 00038 M01 en vue de la réalisation de divers travaux dont la modification des aménagements paysagers extérieurs, le remplacement du dallage de la piscine, l'installation d'un escalier extérieur, la modification des ouvertures en façades et l'installation d'une pergola. Par un arrêté du 4 juin 2021, le maire de Ramatuelle a délivré le permis de construire sollicité. Le 19 août 2021, la SNC Patch Immobilier a formé un recours gracieux auprès du maire de Ramatuelle. La SNC Patch Immobilier demande l'annulation de cet arrêté de permis de construire modificatif ainsi que de la décision de rejetant implicitement son recours gracieux.
Sur la fin de non-recevoir :
2. En premier lieu, la société requérante soutient que les écritures en défense de la commune de Ramatuelle sont irrecevables dès lors que son maire en exercice n'a pas reçu de délégation de compétence pour agir en justice dans le contentieux des autorisations d'urbanisme.
3. Aux termes de l'article L. 2122-21 du code général des collectivités territoriales : " Sous le contrôle du conseil municipal et sous le contrôle administratif du représentant de l'État dans le département, le maire est chargé, d'une manière générale, d'exécuter les décisions du conseil municipal et, en particulier : () 8° De représenter la commune soit en demandant, soit en défendant (). ". Enfin, l'article L. 2122-22 du même code dispose que : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () 16° D'intenter au nom de la commune les actions en justice ou de défendre la commune dans les actions intentées contre elle, dans les cas définis par le conseil municipal (). ". Il résulte des dispositions précitées que le maire d'une commune n'a qualité pour engager une action ou défendre en justice au nom de la collectivité qu'à condition de bénéficier, par délibération de l'organe délibérant, soit d'une délégation générale pour ester en justice ou représenter en justice la collectivité soit, aux mêmes fins, d'une habilitation pour une instance donnée.
4. Il ressort des pièces du dossier que, par une délibération n° 34/2020 du 18 juin 2020, régulièrement publiée et transmise au préfet du Var pour le contrôle de légalité, le conseil municipal de la commune de Ramatuelle a autorisé, de manière générale, y compris pour le contentieux des autorisations d'urbanisme, le maire à défendre la commune dans les actions intentées contre elle, cette délégation étant consentie tant en demande qu'en défense devant toutes les juridictions. Par suite, contrairement à ce que soutient la société requérante, les écritures en défense présentées pour la commune de Ramatuelle par son maire sont recevables et la demande tendant à ce que ces mémoires soient écartés des débats doit être rejetée.
5. En second lieu, aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. ".
6. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'une autorisation d'occupation du sol de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Lorsque le requérant, sans avoir contesté le permis initial ou après avoir épuisé les voies de recours contre le permis initial, ainsi devenu définitif, forme un recours contre un permis de construire modificatif, son intérêt pour agir doit être apprécié au regard de la portée des modifications apportées par le permis modificatif au projet de construction initialement autorisé. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance et à la localisation du projet de construction.
7. Il ressort des pièces du dossier que la société requérante est voisine immédiate du projet. D'une part, il est constant que la société requérante sollicite uniquement l'annulation du permis de construire modificatif délivré à M. A, sans avoir contesté le permis de construire initial. Dès lors, l'intérêt à agir de la SNC Patch Immobilier s'apprécie à l'aune des seules modifications autorisées par l'arrêté en litige. D'autre part, les travaux consistant au remplacement de la grille en ferronnerie entre le garage et la maison par une porte en bois, à la suppression de l'arche maçonnée et à la création d'un escalier extérieur destiné à relier le garage existant à la terrasse orientée sud de la construction, sont mineurs et localisés au sud-ouest de la construction et sont, dès lors, insusceptibles d'avoir une incidence sur les conditions d'occupation de son bien par la société requérante, également orienté sud-ouest. De même, les travaux consistant au déplacement du portail de la cours d'entrée, au déplacement de l'escalier paysager et à la modification des murs de soutènement au nord du terrain, de l'autre côté de la construction principale, sont mineurs et ne sont pas visibles depuis la propriété de la société requérante. En outre, les travaux consistant au remplacement de la couverture en tuile à deux pans et des poteaux en maçonnerie de la terrasse par une pergola et des poteaux en bois afin d'alléger l'ensemble et à la modification de la maçonnerie et de l'emplacement de certaines ouvertures en façade sud, sud-est, sans agrandissement ni création de nouvelle vue, sont purement esthétiques et il ne ressort pas des pièces du dossier, en dépit de leur visibilité depuis la propriété de la société requérante, qu'ils portent atteinte à ses conditions d'occupation et de jouissance de son bien. De même, si la société requérante se prévaut de la modification de la couverture de la plage de la piscine sur une dalle de béton existante et inchangée, il ressort toutefois de la notice descriptive ainsi que des plans joints au dossier de demande que le revêtement est d'une teinte claire similaire à l'existant et constitue un changement esthétique discret ne causant pas en lui-même de trouble dans la jouissance de leur bien en dépit de sa visibilité. Enfin, la société requérante se prévaut de l'installation d'une pompe à chaleur à proximité immédiate de la limite séparative, laquelle est susceptible de causer des nuisances sonores importantes. Cependant, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'arrêté attaqué a pour objet d'autoriser l'installation de cette pompe à chaleur ni même, au demeurant, que cette installation nécessite l'obtention d'une autorisation d'urbanisme. Dernièrement, si la société requérante se prévaut de la réalisation, sans autorisation d'urbanisme, de la dalle de béton supportant la plage de la piscine, il ressort toutefois des pièces du dossier que celle-ci préexiste à la demande de permis en litige et ne fait l'objet d'aucune modification en vertu du permis en litige. Dans ces conditions, et malgré sa qualité de voisine immédiate, la société requérante ne justifie d'aucun trouble vraisemblable dans les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien résultant des travaux autorisés par l'arrêté en litige. Par suite, il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir et de rejeter la requête pour défaut d'intérêt à agir.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le bien-fondé de la requête, que la SNC Patch Immobilier n'est pas recevable à demander l'annulation de l'arrêté du 4 juin 2021 par lequel le maire de Ramatuelle a délivré un permis de construire modificatif à M. A ni, par voie de conséquence, de la décision implicite rejetant son recours gracieux.
Sur les frais d'instance :
9. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de la SNC Patch Immobilier une somme de 2 000 euros au bénéfice de la commune de Ramatuelle et une somme de 2 000 euros au bénéfice de M. A. En revanche, ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de de la commune de Ramatuelle et de M. A, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que la requérante demande au titre des frais liés au litige.
DECIDE
Article 1er : La requête de la SNC Patch Immobilier est rejetée.
Article 2 : La SNC Patch Immobilier versera tant à la commune de Ramatuelle qu'à M. A la somme de 2 000 (deux mille) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SNC Patch Immobilier, à la commune de Ramatuelle et à M. B A.
Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Privat, président,
M. Bailleux, premier conseiller,
Mme Le Gars, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.
La rapporteure,
Signé :
H. LE GARS
Le président,
Signé :
J.-M. PRIVAT La greffière,
Signé :
K. BAILET
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026