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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2103454

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2103454

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2103454
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantITEM AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 décembre 2021 et le 20 juin 2023, M. C D, représenté par Me Reghin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 15 juillet 2021 par lequel le préfet du Var a refusé d'autoriser sa demande de défrichement de ses parcelles, cadastrées AE 346 et AE 348, situées à Vidauban, ensemble la décision du 17 novembre 2021 rejetant son recours gracieux en date du 14 septembre 2021 ;

2°) de mettre à la charge du préfet du Var une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté attaqué n'avait pas compétence pour y procéder ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 341-5 du code forestier

en ce que :

* il n'a pas précédé sa décision d'une visite de reconnaissance alors que des travaux portant sur la défense du site contre l'incendie ont été réalisés ;

* il n'a tenu compte ni de la configuration du terrain, ne se trouvant pas en contigüité immédiate de l'espace boisé, ni des travaux réalisés conformément à ce que le plan de prévention des risques naturels incendies de forêt (PPRIF) prévoyait ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 341-6 du code forestier en refusant l'autorisation alors qu'il aurait pu délivrer une autorisation assortie de prescriptions ;

- l'arrêté se fonde sur les dispositions du PPRIF qui classe illégalement ses parcelles en zone EN1g.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 15 mai 2023 et le 18 juillet 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 17 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 31 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code forestier ;

- le code de l'environnement ;

- l'arrêté du 17 février 2015 portant approbation de plan de prévention des risques naturels d'incendies de forêt sur la commune de Vidauban ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 29 mars 2024 :

- le rapport de M. Quaglierini, rapporteur ;

- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Gonzalez-Lopez, représentant M. D, et celles de M. E, représentant le préfet du Var.

Considérant ce qui suit :

1. Par courrier du 23 mars 2021, M. D a présenté à la Direction départementale des territoires et de la mer du Var une demande d'autorisation de défrichement sur ses parcelles cadastrées AE 346 et AE 348 et situées à Vidauban, en vue d'y bâtir par la suite une maison individuelle. Par un arrêté du 15 juillet 2021, le préfet s'est opposé à cette demande et,

en l'absence de réponse de ce dernier au recours administratif exercé par l'intéressé

du 14 septembre 2021, une décision implicite de rejet est née le 17 novembre 2021.

Par sa requête, M. D demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la compétence de l'auteur de l'acte :

2. Il résulte de l'article 3 de l'arrêté du 7 juin 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Var n°119 du 7 juin 2021, que M. A B, directeur départemental des territoires et de la mer du Var, a reçu délégation à l'effet de signer :

" b) les décisions portant refus d'autorisation de défrichement () ". Il convient, par suite, d'écarter le moyen tiré de l'incompétence comme n'étant pas fondé.

En ce qui concerne l'exception d'illégalité du classement par le PPRIF des parcelles en zone EN1g :

3. Le requérant excipe de l'illégalité du classement de ses parcelles en zone EN1g en ce que, d'une part, ces dernières ne sont pas immédiatement contigües à l'espace boisé plus au Sud, séparé par la route, d'autre part, les travaux d'aménagement prescrits par le PPRIFF ont été réalisés et réceptionnés.

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que si les deux parcelles sont situées à proximité du hameau Chaume, densément urbanisé, elles jouxtent également, au Sud, un vaste espace boisé de sorte qu'elles sont, compte tenu de l'aléa au risque d'incendie fort à très fort dans toute la zone, exposées à un tel risque. La circonstance qu'une voie et une bande moins densément boisée les séparent de l'espace précité n'est pas de nature à établir que l'aléa au risque d'incendie serait surévalué comme le soutient le requérant.

5. En second lieu, si le requérant expose que les aménagements prescrits par le PPRIF ont été réalisés et réceptionnés, tel qu'en atteste le maire de la commune, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les travaux obligatoires à la charge de la commune, prescrits par la partie 2 du PPRIF, aient été réceptionnés par la DDTM ou le service départemental d'incendie et de secours. En outre, tel que le prévoit expressément le PPRIF, le reclassement des zones EN1 indicées n'intervient après réception des travaux de protection associée que lors d'une révision ou une modification du PPRIF.

6. Il résulte ainsi de ce qui précède que c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet du Var a pu se fonder sur le classement en EN1g des parcelles en litige pour s'opposer à la demande de défrichement sollicitée.

En ce qui concerne la légalité du motif tiré de la protection des personnes et des biens et de l'ensemble forestier :

7. Aux termes de l'article L. 341-5 du code forestier : " L'autorisation de défrichement peut être refusée lorsque la conservation des bois et forêts ou des massifs qu'ils complètent, ou le maintien de la destination forestière des sols, est reconnu nécessaire à une ou plusieurs des fonctions suivantes : () / 9° À la protection des personnes et des biens et de l'ensemble forestier dans le ressort duquel ils sont situés contre les risques naturels, notamment les incendies () ". Selon l'article L. 341-6 du même code : " () L'autorité administrative compétente de l'État peut également conditionner son autorisation à la conservation sur le terrain de réserves boisées suffisamment importantes pour remplir les rôles utilitaires définis à l'article L. 341-5 ". En outre, l'article R. 341-4 du même code précise que " () Lorsque le préfet estime, compte tenu des éléments du dossier, qu'une reconnaissance de la situation et de l'état des terrains est nécessaire, il porte le délai d'instruction à quatre mois et en informe le demandeur dans les deux mois suivant la réception du dossier complet () ".

8. Le requérant soutient que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation, d'une part, en ne procédant pas, en amont de sa décision, à une visite de reconnaissance alors que des aménagements du terrain ont été réalisés et réceptionnés, d'autre part, en n'ayant pas pris en compte la configuration des parcelles, dans un espace urbanisé et bâti, séparées de l'ensemble boisé au Sud par une piste et une bande bâtie moins densément boisée.

9. Tel qu'il l'a été dit au point n°4 et n°5, contrairement à ce que soutient le requérant, les parcelles en litige sont exposées à un aléa de risque incendie fort à très fort, identifié par le PPRI dans sa zone EN1g, en ce qu'un vaste espace boisé les jouxte au Sud. La circonstance que les parcelles en litige soient proches d'un autre espace urbanisé et bâti n'a pas pour conséquence de diminuer l'aléa de risque incendie auquel elles sont exposées. Dès lors, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet du Var a pu s'opposer à la demande sollicitée en se fondant sur la conservation de réserves boisées suffisamment importantes pour la protection des personnes et des biens situées dans un ensemble forestier exposé à un aléa de risque incendie fort à très fort. La seule circonstance qu'il n'ait pas procédé, en amont, à une reconnaissance de la situation et l'état des terrains n'est pas de nature à établir une erreur manifeste d'appréciation, une telle faculté étant, au demeurant laissée à sa discrétion.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. D demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, au préfet du Var et à la commune de Vidauban.

Délibéré après l'audience du 29 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

M. Quaglierini, premier conseiller,

Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.

Le rapporteur,

signé

B. Quaglierini

Le président,

signé

JF. Sauton

Le greffier,

signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2103454

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