vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2103480 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | LAGARDERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 décembre 2021, M. D C, représenté par Me Fennech, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2021 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer une carte de résident de 10 ans dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 10 de la convention franco-tunisienne ;
- il méconnaît l'article 55 de la Constitution ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 juillet 2022, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Martin, rapporteure,
- les observations de Me Lagardère, substituant Me Fennech, représentant M. C,
- le préfet du Var n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. D C, ressortissant tunisien né le 25 septembre 1991, est entré en France le 2 mai 2018 sous couvert d'un visa long séjour valable du 8 février 2018 au 8 février 2019. Par un arrêté du 29 novembre 2021, le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par sa requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié : " Un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle, est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire français : () / c) Au ressortissant tunisien qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France, à la condition qu'il exerce, même partiellement, l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins ; () ".
3. Si M. C soutient qu'il remplit les conditions de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 dès lors qu'il exerce totalement l'autorité parentale sur son enfant qui est de nationalité française, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué dès lors que le refus de délivrance est motivé par la menace à l'ordre public que son comportement constitue. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 10 de l'accord franco-tunisien doit être écarté.
4. En deuxième lieu, si M. C soutient que l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article 55 de la Constitution dès lors que, en opposant la réserve de l'ordre public de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il conduit à faire primer le droit national sur le droit international. Toutefois, les stipulations de l'article 10 de l'accord précité ne privent pas l'administration française du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale en vigueur relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser l'admission au séjour en se fondant sur des motifs tenant à l'ordre public. Par suite, le préfet du Var n'a pas commis d'erreur de droit en se fondant, pour rejeter la demande de titre de séjour dont il était saisi, sur la menace pour l'ordre public que constituerait la présence de l'intéressé sur le territoire français.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ".
6. Pour refuser la délivrance de la carte de résident de 10 ans en qualité de parent d'enfant français à M. C, le préfet du Var s'est fondé sur la circonstance que le comportement de l'intéressé constitue une menace à l'ordre public. Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui est marié à Mme B depuis le 7 août 2017, a fait l'objet, par cette dernière, de plusieurs dépôts de mains courantes et plaintes. La première main courante, déposée le 24 janvier 2019, relate des faits de violences matérielles au domicile conjugal mais également physiques sur sa femme. Ces faits de violences conjugales, dont l'étendue temporelle s'étale du 20 février 2018 au 11 juillet 2019, période pendant laquelle Mme B a été enceinte, ont été reconnus comme matériellement établis par le tribunal correctionnel de Toulon, lequel a condamné l'intéressé, par un jugement du 6 avril 2021, à une peine d'emprisonnement de quatre mois avec sursis. Par ailleurs, Mme B a de nouveau fait appel aux services de la police, le 31 décembre 2020, pour des faits de violences conjugales commis par M. C dans le domicile commun, dans lequel elle dénonce être séquestrée, et dans lequel vit leur enfant. Dans ces conditions, ces faits, qui sont graves, récents et répétés, permettent de caractériser que le comportement de M. C constitue une menace à l'ordre public, laquelle fait obstacle à la délivrance d'une carte de résident de 10 ans en qualité de parent d'enfant français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 alinéa 1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
8. Il est constant que M. C est le père du jeune A, né le 19 février 2019, de nationalité française. S'il ressort des pièces du dossier que, en application de l'ordonnance de non-conciliation du tribunal de grande instance de Toulon du 10 décembre 2019, l'intéressé verse à la mère de leur enfant, depuis le 4 janvier 2021, la somme de 80 euros mensuellement, établissant ainsi la contribution financière à l'entretien de son fils, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. C contribuerait à son éducation. Ainsi, le préfet du Var n'a pas méconnu l'intérêt supérieur de ce dernier. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention précitée doit être écarté.
9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France le 2 mai 2018 rejoindre son épouse, Mme B, avec qui il s'est marié en Tunisie le 7 août 2017, et dont un fils est issu de cette union, A, né le 19 février 2019. S'il résulte de ce qui a été dit au point 7 du présent jugement, que M. C justifie contribuer à l'entretien de son fils, tel n'est pas le cas de la contribution à son éducation. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé, qui ne justifie d'une situation professionnelle que depuis août 2021, aurait noué des liens personnels, intenses et stables sur le territoire national, ni qu'il serait dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 27 ans. Dans ces conditions, le préfet du Var n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention précitée doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 12 avril 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Doumergue, présidente,
M. Quaglierini, premier conseiller,
Mme Martin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.
La rapporteure,
Signé
K. Martin
La présidente,
Signé
M. Doumergue
La greffière,
Signé
B. Ballestracci
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026