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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2200073

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2200073

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2200073
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantKATAM Avocats

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 janvier 2022, la société Bouygues Telecom et la SAS Phoenix France Infrastructures, représentées par Me Hamri, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2021 par lequel le maire de la commune des Arcs-sur-Argens s'est opposé à sa déclaration préalable n° DP 083 004 21 K0113 déposée le 27 octobre 2021 en vue de l'installation d'un pylône radiotéléphonique avec une zone technique et une clôture sur la parcelle cadastrée section 4 A n° 3580, sise chemin de Fantroussières aux Arcs-sur-Argens (83460) ;

2°) d'enjoindre au maire des Arcs-sur-Argens de réinstruire la déclaration préalable qu'elle a déposé le 27 octobre 2021 dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune des Arcs-sur-Argens une somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une personne incompétente ;

- le maire a commis une erreur manifeste d'appréciation à l'aune de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme en s'opposant à la déclaration préalable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2022, la commune des Arcs-sur-Argens, représentée par Me Garcia, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge des sociétés requérantes la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 27 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 17 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le plan local d'urbanisme de la commune des Arcs-sur-Argens ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 mai 2024 :

- le rapport de Mme Le Gars ;

- les conclusions de M. Riffard, rapporteur public ;

- et les observations de Me Baudino représentant la commune des Arcs-sur-Argens.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 22 novembre 2021, le maire de la commune des Arcs-sur-Argens s'est opposé à la déclaration préalable déposée par la société Phoenix France Infrastructures le 27 octobre 2021 en vue de l'installation d'un pylône radiotéléphonique de dix-huit mètres avec une zone technique ceinturés d'une clôture grillagée sur la parcelle cadastrée section 4 A n° 3580. Les sociétés requérantes demandent l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". L'article N11 du plan local d'urbanisme de la commune des ASA dispose que : " Tout projet, dans son ensemble comme dans chacune de ses composantes doit s'intégrer au paysage environnant ".

3. Pour apprécier si un projet de construction porte atteinte, en méconnaissance des dispositions précitées, au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur ce site.

4. Le maire des Arcs-sur-Argens s'est opposé à la déclaration préalable en litige pour l'unique motif que l'antenne relais de dix-huit mètres de haut, sur un pylône en treillis dans une zone résidentielle et sur un point culminant, en état visible depuis la voie publique, porte atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants. Par ailleurs, la commune des Arcs-sur-Argens fait valoir en défense que, le projet est situé à près de vingt mètres de maisons d'habitation et en zone rouge du plan de prévention des risques d'inondation. Cependant, ces deux circonstances ne permettent pas d'établir l'intérêt ni le caractère des lieux avoisinants. En outre, la commune se prévaut du classement du terrain d'assiette du projet en zone naturelle par le plan local d'urbanisme recouvrant les parties du territoire faisant l'objet d'une protection particulière en raison de la qualité, notamment esthétique, historique ou écologique des sites, milieux naturels et paysages. Cependant, cette règlementation qui couvre une large partie du territoire communal ne peut, à elle seule, en l'absence de photographie ou d'autres éléments spécifiques au secteur d'implantation du projet, suffire à témoigner du caractère et de l'intérêt des lieux avoisinants le terrain d'assiette du projet. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que le pylône, bien que non entièrement dissimulé par le pin naturel planté à proximité immédiate, est d'une hauteur réduite à 18 mètres, que son impact visuel est limité par sa composition en treillis et son coloris vert. De plus, la circonstance, à la supposer établie, que le pylône est projeté sur le point culminant du territoire communal et est visible depuis la voie publique, ne peut à elle seule établir une atteinte à l'intérêt ou au caractère de lieux avoisinants. Enfin, la commune ne peut utilement soutenir qu'aucune mesure n'a été mise en place pour optimiser l'intégration du projet dans les paysages ni pour rechercher un autre emplacement d'implantation dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet en litige porte atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants. Par suite, les sociétés requérantes sont fondées à soutenir que le maire des Arcs-sur-Argens a fait une inexacte application des dispositions précitées.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les sociétés requérantes sont fondées à demander l'annulation de l'arrêté du maire des Arcs-sur-Argens en date du 22 novembre 2021. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, le moyen soulevé tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte n'est pas de nature à entraîner l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Lorsque le juge annule une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncé dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui, eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme, demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

7. Le motif opposé à la SAS Phoenix France Infrastructures pour s'opposer à la déclaration préalable est illégal. Il ne résulte pas de l'instruction qu'un autre motif que l'administration n'a pas relevé ou qu'un changement de circonstances de fait ferait obstacle à ce que le maire, qui n'a pas sollicité de substitution de motif, prenne une décision de non-opposition préalable à la déclaration présentée par la requérante. Par suite, il est enjoint au maire des Arcs-sur-Argens de prendre une décision de non-opposition à déclaration préalable dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'une ou l'autre des parties les frais qu'elles réclament au titre des frais d'instance sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE

Article 1er : L'arrêté susvisé du maire des Arcs-sur-Argens du 22 novembre 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire des Arcs-sur-Argens de prendre un arrêté de non-opposition à la déclaration préalable susvisée dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Les conclusions présentées par les parties sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Bouygues Telecom, à la SAS Phoenix France Infrastructures et à la commune des Arcs-sur-Argens.

Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Bailleux, premier conseiller,

Mme Le Gars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé :

H. LE GARS

Le président,

Signé :

J.-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

G. RICCI

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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