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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2200082

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2200082

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2200082
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBRL - BAUDUCCO ROTA LHOTELLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 janvier 2022, SCI le Bastidon, représentée par Me Lhotellier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 16 novembre 2021 par lequel le maire de la commune de Solliès-Toucas a refusé de lui délivrer un permis de construire en vue de réaliser une résidence de tourisme ainsi que des travaux de réfection et d'extension d'une bâtisse existante pour la création d'un commerce ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au maire de la commune de Solliès-Toucas de lui délivrer un permis de construire, à titre subsidiaire, de procéder à une nouvelle instruction de sa demande, dans un délai de 2 mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Solliès-Toucas une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée dès lors que le maire de Solliès-Toucas s'oppose au projet de construction en se référant sur une nouvelle étude concernant le bassin du Gapeau, sans pour autant la viser expressément :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que le service instructeur disposait des éléments suffisants pour établir que le dossier de demande de défrichement était complet et qu'une autorisation de défrichement tacite est née le 22 mars 2021 ;

- elle est également entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que le projet de construction ne nécessite pas des travaux d'extension ou de renforcement du réseau électrique mais un simple raccordement de 30 mètres pour les seuls besoins du projet et dont le financement lui incombe ;

- elle est enfin entachée d'erreur d'appréciation en ce qu'aucun risque d'inondation n'est identifié sur le terrain d'assiette du projet et que le PPRNI applicable n'impose pas une marge de recul inconstructible de 30 mètres tel que le mentionne l'arrêté attaqué.

La requête a été communiquée au préfet du Var qui n'a pas produit de mémoire en défense avant la clôture de l'instruction, malgré une mise en demeure de produire dans le délai d'un mois notifié le 19 septembre 2022.

Par une ordonnance du 19 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier. Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 31 mai 2024, en l'absence des parties :

- le rapport de M. Quaglierini, rapporteur,

- et les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI le Bastidon a déposé une demande de permis de construire le 25 novembre 2020, complétée les 29 janvier 2021, le 4 mars 2021 et le 24 juin 2021, en vue de réaliser une résidence de tourisme ainsi que des travaux de réfection et d'extension d'une bâtisse existante pour la création d'un commerce, sur son terrain cadastré section 131 AA 97P, 131 AA 98, 131 AA 99 situé à Solliès-Toucas. Par un arrêté du 16 novembre 2021, le maire de la commune a refusé son projet de construction. Par la présente requête, la SCI le Bastidon demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Le préfet du Var, qui n'a produit aucune observation en défense avant la clôture de l'instruction malgré la mise en demeure qui lui a été adressée, doit être réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête. Cette circonstance ne dispense toutefois pas le tribunal, d'une part, de vérifier que les faits allégués par le requérant ne sont pas contredits par les autres pièces versées au dossier, d'autre part, de se prononcer sur les moyens de droit que soulève l'examen de l'affaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-6 du code de l'urbanisme :

" Conformément à l'article L. 341-7 du nouveau code forestier, lorsque le projet porte sur une opération ou des travaux soumis à l'autorisation de défrichement prévue aux articles L. 341-1 et

L. 341-3 du même code, celle-ci doit être obtenue préalablement à la délivrance du permis ". L'article R. 431-19 du même code précise que " Lorsque les travaux projetés nécessitent une autorisation de défrichement en application des articles L. 341-1, L. 341-3 ou L. 214-13 du code forestier, la demande de permis de construire est complétée par la copie de la lettre par laquelle le préfet fait connaître au demandeur que son dossier de demande d'autorisation de défrichement est complet, si le défrichement est ou non soumis à reconnaissance de la situation et de l'état des terrains et si la demande doit ou non faire l'objet d'une enquête publique ". De même l'article

R. 341-2 du code forestier prévoit que " Sous réserve des dispositions des articles R. 341-6 et

R. 341-7, la demande présentée sur le fondement de l'article L. 341-3 est réputée acceptée à défaut de décision du préfet notifiée dans le délai de deux mois à compter de la réception du dossier complet ".

4. La requérante soutient que le service instructeur était informé de sa demande d'autorisation de défrichement en ayant joint à son dossier de demande de permis de construire le courrier du 11 janvier 2021 par lequel la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) du Var a accusé réception de sa demande de défrichement des parcelles en litige. Il ressort des pièces du dossier que le dossier de permis de construire a été complété à 3 reprises, le 29 janvier 2021, le 4 mars 2021 et le 25 juin 2021. Ainsi, bien que l'autorité territoriale ne disposait pas d'une pièce attestant de la réception par les services de la préfecture du dossier complet de demande de défrichement des parcelles en litige, il lui appartenait toutefois de l'exiger à la société pétitionnaire préalablement à sa décision de refus du 16 novembre 2021 dès lors que le courrier du 6 janvier 2021 de la DDTM précité, joint à la demande de permis de construire, indiquait également que si le dossier de demande de défrichement était complet et qu'aucune décision expresse de l'administration n'intervenait avant le 6 mars 2021, soit près de 9 mois précédant la décision attaquée, la demande donnerait lieu à une décision implicite d'acceptation. Il s'ensuit que le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-19 du code de l'urbanisme n'est pas fondé.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme :

" Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés ". Ces dispositions poursuivent notamment le but d'intérêt général d'éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d'être contraints, par le seul effet d'une initiative privée, de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des

réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou d'électricité et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement, en prenant en compte les perspectives d'urbanisation et de développement de la collectivité. Il en résulte qu'un permis de construire doit être refusé lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, d'autre part, l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.

6. Pour s'opposer aux constructions projetées par la SCI le Bastidon, le maire la commune de Solliès-Toucas s'est fondé sur un avis d'ENEDIS du 17 décembre 2020, relevant la nécessité de travaux d'extension du réseau électrique de 30 mètres en dehors du terrain d'assiette du projet. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la réalisation de ces constructions n'implique pas des travaux sur les réseaux publics de distribution d'électricité dès lors que, d'une part, il n'est pas opposé au projet un renforcement des capacités du réseau électrique et, d'autre part, que ledit réseau parvient à proximité immédiate des parcelles en litige. Ainsi, en s'opposant au projet de construction en se fondant sur les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme le maire de Solliès-Toucas a entaché sa décision d'une erreur de droit.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme :

" Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

8. Pour s'opposer au projet de construction, le maire de la commune de Solliès-Toucas s'est fondé sur les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et sur de nouvelles études réalisées sur le bassin versant du fleuve du Gapeau et ses affluents ayant conduit le PPRNI à prévoir la mise en place d'une marge de recul inconstructible de 30 mètres à compter du haut de la berge du Gapeau. Il résulte du site Géoportail-urbanisme, librement accessible tant au juge qu'aux parties, que le terrain d'assiette du projet est situé en " zone basses hydrographiques ". Dans cette circonstance, les dispositions immédiatement applicables du PPRNI ne prévoient pas la marge de recul mentionnées dans l'arrêté attaqué. En outre, le maire ne saurait établir un risque à la sécurité publique prévu par l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en se bornant simplement à évoquer la réalisation de nouvelles études. Il s'ensuit que le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et du PPRNI n'est pas fondé.

9. Par conséquent, il résulte de tout ce qui précède que la SCI le Bastidon est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 16 novembre 2021 par lequel le maire de la commune de Solliès-Toucas a refusé son permis de construire.

Sur l'injonction et l'astreinte :

10. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition.

11. Il résulte de ce qui précède qu'il est enjoint au maire de la commune de Solliès- Toucas de délivrer à la SCI le Bastidon un permis de construire portant sur son projet de

1.

construction, dans un délai de 2 mois à compter de la présente décision. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette mesure d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par la commune de Solliès-Toucas au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la SCI le Bastidon qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Solliès-Toucas la somme de 2 000 euros demandée par la SCI le Bastidon au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de la commune de Solliès-Toucas en date du 16 novembre 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Solliès-Toucas de délivrer à la SCI le Bastidon un permis de construire portant sur son projet de construction dans un délai de deux mois à compter du présent jugement.

Article 3 : La commune de Solliès-Toucas versera à la SCI le Bastidon la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions de la commune de Solliès-Toucas présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié la SCI le Bastidon et la commune de Solliès-Toucas.

Copie en sera adressée au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 31 mai 2024 à laquelle siégeaient :

M. Harang, président,

M. Quaglierini, premier conseiller, Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

Le rapporteur, signé

B. Quaglierini

Le président, signé

Ph. Harang

Le greffier, signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, P/ la greffière en chef,

Le greffier.

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