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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2200123

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2200123

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2200123
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantBRL - BAUDUCCO ROTA LHOTELLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 janvier 2022 et 14 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Lhotellier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er septembre 2021 par lequel la maire de la commune de Cuers a interdit la circulation des véhicules à moteur sur le chemin rural situé entre le vallon de la Rouvereide et le vallon du Font de Garrel ;

2°) d'enjoindre à la commune de Cuers de procéder à la dépose du panneau B0 et de la barrière, situés sur le chemin, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de cent-cinquante euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Cuers la somme de 3 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est dépourvu de motifs légaux ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- il est entaché d'une erreur de droit ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation ;

- il revêt un caractère disproportionné ;

- il est illégal dès lors qu'il révèle un détournement de pouvoir ;

- la responsabilité pénale du maire de la commune est engagée, au titre de l'article

L. 2123-34 du code général des collectivités territoriales.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 mars 2024, la commune de Cuers conclut au rejet de la requête et à ce que les dépens soient mis à la charge M. A.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hélayel, conseiller,

- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A est propriétaire de sept parcelles situées sur le territoire de la commune de Cuers. Par un arrêté du 1er septembre 2021, le maire de la commune a interdit la circulation des véhicules à moteur sur le chemin rural situé dans le quartier La Foux, entre les vallons de la Rouvereide et de la Font de Garrel.

Sur la fin de non-recevoir :

2. L'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception. () " Aux termes de l'article R. 112-5 du même code : " L'accusé de réception prévu par l'article L. 112-3 comporte les mentions suivantes : / 1° La date de réception de la demande et la date à laquelle, à défaut d'une décision expresse, celle-ci sera réputée acceptée ou rejetée ; / () Il indique si la demande est susceptible de donner lieu à une décision implicite de rejet ou à une décision implicite d'acceptation. Dans le premier cas, l'accusé de réception mentionne les délais et les voies de recours à l'encontre de la décision. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 112-6 du code : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation. "

3. La commune de Cuers soutient que la requête doit être rejetée dès lors qu'elle est tardive. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 29 octobre 2021, reçu le

2 novembre suivant, soit dans le délai de recours, M. A a demandé le retrait de l'arrêté du 1er septembre 2022. Cette demande a été implicitement rejetée le 2 janvier 2022, sans qu'un accusé de réception contenant les mentions citées au point précédent n'ait été délivré au requérant. Ainsi, et alors que la requête de M. A a été enregistrée dès le 19 janvier 2022, les voies et délais de recours à l'encontre de la décision implicite de rejet ne lui étaient pas opposables. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Cuers doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. L'article L. 161-5 du code rural et de la pêche maritime dispose que : " L'autorité municipale est chargée de la police et de la conservation des chemins ruraux. " Aux termes de l'article D. 161-10 du même code : " Dans le cadre des pouvoirs de police prévus à l'article L. 161-5, le maire peut, d'une manière temporaire ou permanente, interdire l'usage de tout ou partie du réseau des chemins ruraux aux catégories de véhicules et de matériels dont les caractéristiques sont incompatibles avec la constitution de ces chemins, et notamment avec la résistance et la largeur de la chaussée ou des ouvrages d'art. "

5. Aux termes de l'article L. 362-1 du code de l'environnement : " En vue d'assurer la protection des espaces naturels, la circulation des véhicules à moteur est interdite en dehors des voies classées dans le domaine public routier de l'Etat, des départements et des communes, des chemins ruraux et des voies privées ouvertes à la circulation publique des véhicules à moteur. () ".

6. Pour interdire la circulation des véhicules à moteur sur le chemin rural en cause, le maire de la commune s'est fondé, d'une part, sur la nécessité d'assurer sa conservation, de prévenir la détérioration des espaces naturels, de la chaussée et de protéger les espèces animales ou végétales et, d'autre part, sur les nécessités de la sécurité et la tranquillité publiques.

7. D'une part, M. A soutient que seuls les riverains du chemin disposent d'une clé pour pouvoir y accéder, que seuls deux à trois véhicules sont susceptibles de l'emprunter et que les engins à moteur sont nécessaires pour en assurer l'entretien. Or, la commune s'est bornée à faire valoir que l'équipe municipale a mis en œuvre le classement du site des barres de Cuers, dont le chemin fait partie, alors que ce classement, opéré par un décret du 7 juillet 2023, est nettement postérieur à la décision attaquée. Il n'est donc pas établi que la constitution du chemin en cause serait incompatible avec les véhicules à moteurs. En outre, contrairement à ce que soutient la commune, les chemins ruraux ne sont pas concernés par l'interdiction posée par l'article L. 362-1 du code de l'environnement.

8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'utilisation du chemin en cause a donné lieu à un conflit de voisinage entre le requérant et son voisin, nécessitant l'intervention de la police municipale les 21 avril et 24 août 2021, les intéressés ayant alors fait état d'altercations, d'insultes, de jets de végétaux et de pierres. Toutefois, ces évènements, pour regrettables qu'ils soient, ne sont pas à eux seuls de nature à justifier l'interdiction générale des véhicules à moteur.

9. Enfin, M. A soutient que trois de ses parcelles sont, du fait de l'interdiction, enclavées et qu'il ne peut plus les entretenir à l'aide de son tracteur forestier ou procéder à leur débroussaillage. Ces allégations ne sont pas sérieusement combattues, la commune de Cuers s'étant bornée à faire valoir qu'un accès aux parcelles était possible via la route départementale 43. Il n'est ainsi pas établi que M. A disposerait bien d'un accès à toutes les parcelles dont il est propriétaire, notamment celles situées à l'ouest du chemin (177, 178 et 184).

10. Dans ces conditions, la mesure de police en cause n'est ni nécessaire, ni adaptée, ni proportionnée au but poursuivi par la commune de Cuers.

11. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 1er septembre 2021 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que la commune de Cuers procède à la dépose de la barrière avec verrouillage par cadenas et du panneau de signalisation de circulation interdite, sur le chemin rural en cause. Il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Cuers d'y procéder, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Cuers une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

14. La présente instance n'ayant pas donné lieu à des dépens, les conclusions de la commune de Cuers présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 1er septembre 2021 du maire de la commune de Cuers est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Cuers de procéder à la dépose de la barrière avec verrouillage par cadenas et du panneau de signalisation de circulation interdite, implantés sur le chemin rural en cause, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Cuers versera à M. A une somme de 1 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Cuers.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

M. Zouhaïr Karbal, conseiller,

M. David Hélayel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

D. HELAYEL

Le président,

Signé

Ph. HARANGLa greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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