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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2200135

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2200135

vendredi 10 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2200135
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantABEILLE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 janvier 2022, M. G B, représentée par Me Gasparri-Lombard, agissant pour le compte de son enfant mineur A B, demande au tribunal sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative de :

1°) Prescrire une mesure d'expertise en vue de déterminer les causes et les responsabilités encourues à la suite de la prise en charge de sa fille, le 28 septembre 2020 par le centre hospitalier intercommunal Toulon - La Seyne-sur-Mer (CHITS) SAMU 83;

2°) condamner le centre hospitalier intercommunal Toulon - La Seyne-sur-Mer à lui verser la somme de 50 000 euros à titre de provision à valoir sur la réparation de ses préjudices ;

Il soutient que cette expertise est nécessaire ; elle doit permettre d'évaluer les causes, la nature, la gravité et les conséquences des blessures et infirmités occasionnées à sa fille et d'évaluer son entier préjudice.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 25 février 2022, le centre hospitalier intercommunal Toulon - La Seyne-sur-Mer représenté par Me Zandotti conclut à ce que :

- il lui soit donné acte de ce qu'il conteste sa responsabilité.

- il lui soit néanmoins donné acte de ce qu'il ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée.

- le collège d'experts qui sera désigné devra être spécialisé en matière de médecine d'urgence.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Harang, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur la mesure d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission () ". Le juge des référés peut, sur le fondement de ces dispositions, ordonner une mission d'expertise dès lors que la demande qui lui est présentée n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence de la juridiction administrative et qu'elle n'est pas dépourvue d'utilité.

2. La mesure d'expertise demandée par M. G B tend notamment à déterminer les causes et les conséquences de la prise en charge de sa fille A B, le 28 septembre 2020, par le centre hospitalier intercommunal Toulon - La Seyne-sur-Mer et le SAMU 83, ainsi que les préjudices subis. Cette demande, qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues et qui est susceptible de se rattacher à une action ultérieure devant le juge du fond, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission du collège d'experts comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur le surplus des conclusions :

3. D'une part, aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. () ". Une requête tendant, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, à l'octroi d'une provision doit être présentée par une requête distincte et n'est pas recevable lorsqu'elle est, comme en l'espèce, introduite en complément d'une requête formulée en application de l'article R. 532-1 de ce code. Par suite, les conclusions à fin d'allocation d'une provision présentées par M. G B doivent être rejetées.

ORDONNE

Article 1er : Le collège d'experts composé du docteur D I, demeurant Hôpital Pasteur 1 - I- 3, 30 Voie Romaine à Nice (06000), du docteur F H demeurant 2 Allée des Biches à Marseille (13012) et du docteur C E demeurant Institut Arnault-Tzanck, 231 avenue Maurice Donat à Saint-Laurent-du-Var (06700) est désigné. Il aura pour mission de :

1°) prendre connaissance de l'intégralité du dossier médical de A B en se faisant communiquer tous les documents et pièces nécessaires à la bonne exécution de sa mission et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués lors de sa prise en charge ;

2°) procéder à l'examen clinique de A B et particulièrement, décrire son état de santé et les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge le 28 septembre 2020, les diagnostics posés, gestes médicaux effectués et les soins qui lui ont été administrés ;

3°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis, les traitements et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science et aux règles de l'art, et s'ils étaient adaptés à l'état A B ; donner son avis sur la pertinence des diagnostics des différentes équipes médicales et l'utilité des gestes médicaux pratiqués ; l'expert précisera les références des données médicales sur lesquelles il se fonde, en retranscrivant au besoin les passages de la littérature scientifique qui lui paraîtraient pertinents ;

4 °) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises lors de la prise en charge post-noyade A B ; rechercher si les diligences nécessaires pour l'établissement de santé d'un diagnostic exact ont été mises en œuvre ; rechercher si, le cas échéant, les actes médicaux pratiqués ont été exécutés conformément aux règles de l'art ;

5°) donner son avis sur l'évolution prévisible de l'état de santé A B ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché à l'établissement, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec toute autre cause extérieure ;

6°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les éventuels manquements constatés ont fait perdre à A B une chance d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation ;

7°) donner son avis sur l'ampleur de la chance perdue (chiffrage) et son imputabilité aux éventuels manquements constatés ;

8°) dire si l'état A B est consolidé ou s'il est susceptible d'amélioration ou de dégradation ; proposer, si possible, une date de consolidation de l'état de l'intéressée ;

10°) évaluer, le cas échéant, les postes de préjudices subis non imputables à l'état antérieur de la victime ni aux conséquences prévisibles de ses prises en charge médicales par l'hôpital et si celles-ci s'étaient déroulées normalement : taux d'incapacité temporaire total, taux d'incapacité temporaire partielle ;

11°) indiquer si et dans quelle mesure l'assistance, constante ou occasionnelle, d'une tierce personne a été ou est nécessaire à A B pour accomplir les actes de la vie quotidienne ; préciser les autres frais liés au handicap dont la nécessité résulterait du dommage ;

12°) déterminer les autres dépenses liées au dommage corporel ;

13°) donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes (souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément spécifique, préjudice psychologique, préjudice sexuel) et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment, aux antécédents médicaux de l'intéressé,

14°) donner son avis sur la répercussion de l'incapacité médicalement constatée sur la vie personnelle et scolaire A B ;

15°) donner son avis sur les dépenses de santé de l'intéressé, la nécessité de soins médicaux, paramédicaux, d'appareillage ou de prothèse ainsi que d'aides techniques compensatoires au handicap de la victime, après consolidation, pour éviter une aggravation de l'état séquellaire, justifier l'imputabilité des soins à l'acte dommageable en précisant s'il s'agit de frais occasionnels c'est-à-dire limités dans le temps ou de frais viagers, c'est-à-dire engagés la vie durant, en précisant la fréquence de leur renouvellement ;

16°) évaluer chacun de ces préjudices même en l'absence de lien de causalité, de manquement ou de faute ; pour chacun d'entre eux, distinguer la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie ;

17°) de manière générale, fournir au Tribunal tous éléments de nature à lui permettre de se prononcer sur les éventuelles responsabilités encourues.

Le collège pourra, si faire se peut, concilier les parties à l'issue des opérations d'expertise. Il disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.

Article 2 : Le collège accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 3 : Le collège déposera son rapport au greffe en deux exemplaires dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 4 : Les frais et honoraires dus aux experts seront taxés ultérieurement par ordonnance de la présidente du Tribunal qui désignera la ou les parties qui en assumeront la charge conformément à l'article R. 621-11 du code susvisé.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. G B, au centre hospitalier intercommunal Toulon - La Seyne-sur-Mer, à la Caisse primaire d'assurance maladie du var, au docteur F H, au docteur C E et au docteur D I.

Fait à Toulon, le 10 novembre 2023

Le vice-président,

Juge des référés,

signé

Ph. HARANG

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef et par délégation,

La greffière.

N°2200135

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