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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2200257

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2200257

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2200257
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantBIROT - RAVAUT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête et un mémoire enregistrés les 21 janvier et 25 juillet 2022, Mme B C épouse A demande au tribunal : 1°) d'annuler les décisions des 23 septembre et 9 novembre 2021 et celle rejetant implicitement sa demande d'indemnisation du 12 décembre 2021, par lesquelles l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affectations iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) a refusé de se substituer à l'assureur du centre hospitalier et de reconnaître sa responsabilité au titre de la solidarité nationale ; 2°) de mettre les dépens à la charge de l'ONIAM. Elle soutient que le refus de l'ONIAM de se substituer ne respecte pas le dispositif législatif mis en place par la loi du 4 mars 2022. Par deux mémoires, enregistrés le 12 juillet 2022 et le 13 octobre 2023, l'ONIAM, représenté par Me Birot, conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés. Vu : - les autres pièces du dossier ; - l'ordonnance n° 2201040 du 28 janvier 2022 par laquelle le tribunal administratif de Montreuil a transmis la requête au tribunal administratif de Toulon. Vu : - le code civil ; - le code de la santé publique ; - le code de la sécurité sociale ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Karbal, conseiller, - et les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public. Considérant ce qui suit : 1. Mme C a été hospitalisée le 26 novembre 2019 au centre hospitalier Jean Marcel de Brignoles, qui a réalisé une hystérectomie totale. La CCI Provence-Alpes-Côte d'Azur a estimé dans son avis du 7 juillet 2021 que sa prise en charge n'avait pas été réalisée selon les règles de l'art et que le manquement fautif du centre, seul à l'origine de la survenue d'une lésion urétérale, engageait sa responsabilité. Elle en a déduit qu'elle avait droit à la réparation des préjudices qui en découlent, en les précisant, et qu'il appartenait à la compagnie d'assurances garantissant la responsabilité professionnelle de ce centre de faire une offre d'indemnisation. La société AGSM, qui intervenait en qualité de représentant en France de la Lloyd's Insurance Compagny, assureur du centre hospitalier, a formulé les 8 septembre et 26 octobre 2021 une offre d'indemnisation d'un montant de 3 946,23 euros, en retenant une perte de chance de 20%. Mme C a signé le 12 décembre 2021 un protocole transactionnel avec cette assurance pour un montant de 4 459,64 euros. 2. Estimant toutefois cette somme insuffisante, elle a saisi l'ONIAM le 14 septembre 2021 d'une demande de substitution puis, les 2 novembre 2021 et 12 décembre 2021, d'une demande d'indemnisation au titre de la solidarité nationale. L'ONIAM a toutefois rejeté cette demande par lettres des 23 septembre et 9 novembre 2021 et 11 janvier 2022, en relevant, d'une part, que les conditions de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique ne prévoient une substitution de l'ONIAM à l'assureur qu'en cas de silence ou de refus de la part de ce dernier de faire une offre, et, d'autre part, que les conditions de prise en charge au titre de la solidarité nationale ne sont pas réunies en l'absence d'avis de la CCI la retenant ou de condamnation judiciaire. Mme C doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler les décisions de l'ONIAM des 23 septembre et 9 novembre 2021 et le rejet implicite de sa demande d'indemnisation formulée le 12 décembre 2021, auquel s'est substituée la décision expresse du 11 janvier 2022. Sur les conclusions aux fins d'annulation : En ce qui concerne le cadre juridique du litige : 3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 1142-14 du code de la santé publique : " Lorsque la commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales estime qu'un dommage relevant du premier alinéa de l'article L. 1142-8 engage la responsabilité d'un professionnel de santé, d'un établissement de santé, d'un service de santé ou d'un organisme mentionné à l'article L. 1142-1 ou d'un producteur d'un produit de santé mentionné à l'article L. 1142-2, l'assureur qui garantit la responsabilité civile ou administrative de la personne considérée comme responsable par la commission adresse à la victime ou à ses ayants droit, dans un délai de quatre mois suivant la réception de l'avis, une offre d'indemnisation visant à la réparation intégrale des préjudices subis dans la limite des plafonds de garantie des contrats d'assurance ". Aux termes de l'article L. 1142-15 du même code : " En cas de silence ou de refus explicite de la part de l'assureur de faire une offre, ou lorsque le responsable des dommages n'est pas assuré ou la couverture d'assurance prévue à l'article L. 1142-2 est épuisée ou expirée, l'office institué à l'article L. 1142-22 est substitué à l'assureur. / () / L'acceptation de l'offre de l'office vaut transaction au sens de l'article 2044 du code civil. La transaction est portée à la connaissance du responsable et, le cas échéant, de son assureur ou du fonds institué à l'article L. 426-1 du code des assurances. / L'office est subrogé, à concurrence des sommes versées, dans les droits de la victime contre la personne responsable du dommage ou, le cas échéant, son assureur ou le fonds institué à l'article L. 426-1 du même code. Il peut en outre obtenir remboursement des frais d'expertise. / En cas de silence ou de refus explicite de la part de l'assureur de faire une offre, ou lorsque le responsable des dommages n'est pas assuré, le juge, saisi dans le cadre de la subrogation, condamne, le cas échéant, l'assureur ou le responsable à verser à l'office une somme au plus égale à 15 % de l'indemnité qu'il alloue. / Lorsque l'office transige avec la victime, ou ses ayants droit, en application du présent article, cette transaction est opposable à l'assureur ou, le cas échéant, au fonds institué au même article L. 426-1 du code des assurances ou au responsable des dommages sauf le droit pour ceux-ci de contester devant le juge le principe de la responsabilité ou le montant des sommes réclamées. Quelle que soit la décision du juge, le montant des indemnités allouées à la victime lui reste acquis ". 4. Il ressort des pièces du dossier que la CCI Provence-Alpes-Côte d'Azur a, dans son avis du 7 juillet 2021, retenu la responsabilité du centre hospitalier Jean Marcel dès lors que la prise en charge n'avait pas été réalisée selon les règles de l'art et que le manquement fautif du centre, seul à l'origine de la survenue d'une lésion urétérale, engageait sa responsabilité. Elle en a déduit que la requérante avait droit à la réparation des préjudices qui en découlent, en les précisant, et qu'il appartenait à la compagnie d'assurances garantissant la responsabilité professionnelle de ce centre de faire une offre d'indemnisation. La société AGSM, qui intervenait en qualité de représentant en France de la Lloyd's Insurance Compagny, assureur du centre hospitalier, a formulé les 8 septembre et 26 octobre 2021 une offre d'indemnisation d'un montant de 3 946,23 euros, en retenant une perte de chance de 20%. Mme C a alors accepté cette offre et a signé le 12 décembre 2021 un protocole transactionnel avec cette assurance pour un montant de 4 459,64 euros. Dans ces conditions, l'ONIAM ne saurait se substituer à l'assureur dès lors que celui-ci a adressé à la requérante une offre d'indemnisation, même si elle l'estime manifestement insuffisante. Par suite, les conclusions en annulation dirigées contre les décisions de l'ONIAM ne peuvent qu'être rejetées. Sur les conclusions indemnitaires : En ce qui concerne l'ONIAM : 5. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret ". 6. D'une part, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que le CH Jean Marcel a commis une faute dans la prise en charge de Mme C épouse A. D'autre part, il résulte de l'instruction, en particulier des conclusions du rapport d'expertise, que le dommage subi par celle-ci ne résulte pas d'un accident médical non fautif, d'une affection iatrogène ou d'une infection nosocomiale au sens des dispositions citées au point précédent. Dans ces conditions, l'ONIAM doit être mis hors de cause. 7. Il en résulte que les conclusions indemnitaires présentées par la requérante doivent être rejetées. 8. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme C épouse A doit être rejetée dans toutes ses conclusions. D É C I D E :Article 1er : La requête de Mme C épouse A est rejetée.Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et à Mme B C épouse A. Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :M. Philippe Harang, président, M. Zouhaïr Karbal, conseiller,Mme Mathilde Montalieu, conseillère. Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024. Le rapporteur,Signé Z. KARBAL Le président, Signé Ph. HARANGLa greffière,SignéA. CAILLEAUXLa République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.Pour expédition conforme,La greffière,2N° 2200257

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