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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2200301

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2200301

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2200301
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantADALTYS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 février 2022 et le 5 janvier 2024, l'association syndicale des propriétaires (ASP) de la cité lacustre de Port-Grimaud, M. B A et la société civile immobilière Bayard-Chanditour, représentés par Me Boiton, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 9 décembre 2021 par laquelle le conseil municipal de Grimaud a adopté le budget primitif annexe de la régie du port de plaisance pour l'année 2022 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Grimaud la somme de 10 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la fin de non-recevoir opposée en défense tirée du défaut d'intérêt à agir est infondée ;

- la commune de Grimaud était incompétente pour arrêter le budget primitif de la régie ;

- la délibération attaquée est irrégulière dès lors que les conseillers municipaux n'ont pas disposé d'une information préalable suffisante ;

- elle est entachée d'un détournement de procédure ;

- elle est irrégulière dès lors que le conseil portuaire n'a pas été préalablement consulté ;

- le budget voté est irrégulier dès lors que des recettes insusceptibles d'être perçues ont été inscrites.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2022, la commune de Grimaud, représentée par Me Benjamin, demande au tribunal :

1°) de rejeter de la requête ;

2°) à titre subsidiaire de demander la communication des contrats d'amodiation délivrés par l'ASP de Port-Grimaud I ;

3°) de mettre à la charge des requérants la somme 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable pour défaut d'intérêt à agir des requérants ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Montalieu, conseillère,

- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,

- et les observations de Me Mimoune, substituant Me Boiton, représentant les requérants, et de Me Lebiaux, substituant Me Benjamin, représentant la commune de Grimaud.

Considérant ce qui suit :

1. En 1975, 1978 et 1981, l'Etat a concédé, jusqu'au 31 décembre 2025 ou 2028, à l'ASP de la cité lacustre de Port-Grimaud, à la société de Navigation de Port-Grimaud et à l'association syndicale libre de Port-Grimaud II l'établissement et l'exploitation d'un port de plaisance chacune sur le territoire de la commune de Grimaud (" Port-Grimaud I ", " Port-Grimaud II " et " Port-Grimaud III "). A compter du 1er janvier 1984, la commune de Grimaud s'est substituée à l'Etat en tant que personne publique délégante. Par une délibération du 28 septembre 2021, le conseil municipal de Grimaud a décidé de résilier les trois concessions portuaires, à effet au 1er janvier 2022. Par une délibération du 9 novembre 2021, ce conseil municipal a approuvé le principe du transfert en régie dotée de la seule autonomie financière pour l'exploitation du port à compter du 1er janvier 2022. Par une délibération du 9 décembre 2021, le conseil municipal a adopté le budget primitif annexe de la régie du port de plaisance pour l'année 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Pour établir leur intérêt à agir, les requérants se prévalent, d'une part, de leur qualité d'usagers du service public portuaire et font valoir que les redevances, comptabilisées dans la section des recettes de fonctionnement du budget en litige, leur seront réclamées du fait de la remise en cause par la commune de leurs contrats d'amodiation. Toutefois, le budget primitif voté par la commune pour l'exercice de l'année suivante constitue un document prévisionnel. Dès lors, la délibération en litige ne peut être regardée comme ayant une incidence directe et certaine sur les redevances d'occupation et de service, de sorte que la qualité d'usagers ne saurait, en toute hypothèse, conférer aux requérants un intérêt pour agir.

3. D'autre part, les requérants se prévalent de leur qualité de contribuables locaux et font valoir que " seul le budget municipal permet l'équilibre annoncé ". Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que les recettes du budget primitif de la régie, qui est en équilibre, seraient composées d'autres ressources que celles résultant de l'exploitation du port de plaisance. En outre, si la commune a eu recours à un emprunt affecté au budget de la régie du port de plaisance, les requérants n'établissent pas, ni même n'allèguent, que son coût ne serait pas supporté par l'exploitation du port. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que la délibération en litige aurait des conséquences directes sur les finances communales, de sorte que les requérants ne justifient pas davantage, en tant que contribuables locaux, d'une qualité pour agir.

4. Par suite, la fin de non-recevoir, tirée du défaut de qualité donnant intérêt pour agir, opposée par la commune doit être accueillie.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la délibération du 9 décembre 2021 du conseil municipal de Grimaud doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Grimaud, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demandent les requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge des requérants la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Grimaud et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de l'ASP de la cité lacustre de Port-Grimaud et autres est rejetée.

Article 2 : Les requérants verseront à la commune de Grimaud la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association syndicale des propriétaires de la cité lacustre de Port-Grimaud, représentante unique désignée en vertu de l'article R. 411-5, alinéa 3, du code de justice administrative, et à la commune de Grimaud.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philipe Harang, président,

Mme Mathilde Montalieu, conseillère,

M. David Hélayel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé

M. MONTALIEU

Le président,

Signé

Ph. HARANG

La greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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