jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2200302 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | ADALTYS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 février 2022 et le 5 janvier 2024, l'association syndicale des propriétaires (ASP) de la cité lacustre de Port-Grimaud, M. B A et la société civile immobilière Bayard-Chanditour, représentés par Me Boiton, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 9 décembre 2021 par laquelle le conseil municipal de Grimaud a approuvé les tarifs et services du port pour l'année 2022 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Grimaud la somme de 10 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la fin de non-recevoir opposée en défense tirée du défaut d'intérêt à agir est infondée ;
- la commune de Grimaud était incompétente pour approuver les tarifs et services du port ;
- la délibération attaquée est irrégulière dès lors que les conseillers municipaux n'ont pas disposé d'une information préalable suffisante ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 2221-1 du code général des collectivités territoriales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 2221-64 du code général des collectivités territoriales ;
- les tarifs de stationnement à l'année méconnaissent le principe d'égalité des usagers devant le service public ;
- les tarifs de stationnement à l'année pour le bassin de l'Amarrage sont entachés d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2022, la commune de Grimaud, représentée par Me Benjamin, demande au tribunal :
1°) de rejeter de la requête ;
2°) à titre subsidiaire de demander la communication des contrats d'amodiation délivrés par l'ASP de Port-Grimaud I ;
3°) de mettre à la charge des requérants la somme 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable pour défaut d'intérêt à agir des requérants ;
- les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Montalieu, conseillère,
- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,
- et les observations de Me Mimoune, substituant Me Boiton, représentant les requérants, et de Me Liebaux, substituant Me Benjamin, représentant la commune de Grimaud.
Une note en délibéré, présentée par la commune de Grimaud, a été enregistrée le 8 juillet 2024.
Considérant ce qui suit :
1. En 1975, 1978 et 1981, l'Etat a concédé, jusqu'au 31 décembre 2025 ou 2028, à l'ASP de la cité lacustre de Port-Grimaud, à la société de Navigation de Port-Grimaud et à l'association syndicale libre de Port-Grimaud II l'établissement et l'exploitation d'un port de plaisance chacune sur le territoire de la commune de Grimaud (" Port-Grimaud I ", " Port-Grimaud II " et " Port-Grimaud III "). A compter du 1er janvier 1984, la commune de Grimaud s'est substituée à l'Etat en tant que personne publique délégante. Par une délibération du 28 septembre 2021, le conseil municipal de Grimaud a décidé de résilier les trois concessions portuaires, à effet au 1er janvier 2022. Par une délibération du 9 novembre 2021, ce conseil municipal a approuvé le principe du transfert en régie dotée de la seule autonomie financière pour l'exploitation du port à compter du 1er janvier 2022. Par une délibération du 9 décembre 2021, le conseil municipal a approuvé les tarifs et services du port pour l'année 2022.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Il ressort des pièces du dossier que les requérants disposent chacun d'un bateau amarré à Port-Grimaud. Dès lors, ils peuvent utilement se prévaloir de leur qualité d'usagers du service public portuaire, qui leur donne intérêt à agir contre la délibération du 9 décembre 2021 fixant les tarifs et services du port pour l'année 2022. A cet égard, la circonstance que les requérants ne disposeraient plus, depuis le 1er janvier 2022, d'un titre les autorisant à occuper le domaine public est sans incidence dès lors que leur qualité d'usagers préexistait à la délibération en litige et qu'une indemnité compensant l'occupation du domaine public, dont le montant serait fixée par référence aux tarifs contestés, pourrait, en toute hypothèse, leur être réclamée. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 5214-16 du code général des collectivités territoriales, dans sa version applicable au litige : " I. - La communauté de communes exerce de plein droit au lieu et place des communes membres les compétences relevant de chacun des groupes suivants : / () 2° Actions de développement économique dans les conditions prévues à l'article L. 4251-17 ; création, aménagement, entretien et gestion de zones d'activité industrielle, commerciale, tertiaire, artisanale, touristique, portuaire ou aéroportuaire ; () ".
4. En l'absence d'un texte réglementaire définissant les critères permettant d'identifier les zones d'activités portuaires, au sens des dispositions de l'article L. 5214-16 précitées, l'application de ces dispositions est manifestement impossible. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la commune de Grimaud ne peut qu'être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes respectivement des articles L. 2121-12 et L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. () " et " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération ".
6. Pour contester le niveau suffisant de l'information communiquée aux élus municipaux en vue de délibérer, le 9 décembre 2021, sur les tarifs et services du port de plaisance pour l'année 2022, les requérants soutiennent qu'aucune note de synthèse n'a été transmise, que les informations relatives à la résiliation des anciennes concessions, à la reprise en régie de la gestion et de l'exploitation du port de plaisance et aux modalités d'organisation et de fonctionnement de cette régie ont été " morcelées ", que les avis du comité technique, du conseil d'exploitation de la régie et du conseil portuaire n'ont pas été communiqués et que le conseil portuaire n'a pas pu rendre un avis éclairé. Toutefois, la commune soutient, sans être sérieusement contestée, que la note de synthèse qu'elle produit a été jointe à la convocation, qui, selon les mentions du registre des délibérations qui font foi jusqu'à preuve du contraire, a été adressée aux élus municipaux le 3 décembre 2021. Il ressort, en outre, des pièces du dossier que le détail des tarifs et services a été fixé dans un document annexe de plus de 20 pages, auquel renvoyait la note de synthèse. A supposer que ce document annexe n'ait pas été joint à la note, son existence ayant été portée à la connaissance des élus, ces derniers étaient à même de solliciter sa communication. La note de synthèse mentionnait également l'avis du conseil d'exploitation rendu le 2 décembre 2021 et celui du conseil portuaire rendu le 8 décembre 2021, de sorte que les élus étaient également à même de solliciter, s'ils l'estimaient nécessaire, davantage d'éléments. Par ailleurs, et en tout état de cause, les requérants ne critiquent pas de façon pertinente les éléments portés à la connaissance du conseil portuaire s'agissant des tarifs et services du port lors de sa réunion du 8 décembre 2021 en alléguant que " les données essentielles de la régie modifiée ne lui ont été transmises que postérieurement à la réunion du conseil portuaire qui s'est tenue le 15 octobre 2021 " et qu'il n'a " pas eu connaissance de l'intégralité des informations relatives au budget primitif ". En outre, contrairement à ce qui est soutenu, la délibération ne mentionne pas un avis du comité technique, lequel n'avait pas être préalablement consulté. Enfin, la circonstance que le conseil municipal ait voté les délibérations afférentes à la gestion et à l'exploitation du port (résiliation des anciennes concessions, reprise en régie, organisation et fonctionnement de la régie,) lors de séances distinctes ne saurait, par elle-même, révéler que les informations transmises aux élus ne leur ont pas permis de mesurer suffisamment les implications de leurs décisions, les séances s'étant tenues, au demeurant, à seulement quelques mois d'intervalle. Dans ces conditions, les éléments transmis permettaient aux membres du conseil municipal de disposer d'une information suffisante sur les tarifs et services du port pour l'année 2022 et les mettaient à même de délibérer de façon éclairée et de solliciter, le cas échéant, des explications complémentaires. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante information des élus municipaux avant la délibération du 9 décembre 2021 doit être écarté.
7. En troisième lieu, les requérants ne peuvent utilement invoquer, à l'encontre de la délibération attaquée, la méconnaissance des dispositions de l'article R. 2221-1 du code général des collectivités territoriales qui prévoient seulement que la décision par laquelle un conseil municipal crée une régie doit être accompagnée des décisions fixant les statuts de la régie et le montant de la dotation initiale.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 2221-64 du code général des collectivités territoriales : " Le conseil d'exploitation délibère sur les catégories d'affaires pour lesquelles le conseil municipal ne s'est pas réservé le pouvoir de décision ou pour lesquelles ce pouvoir n'est pas attribué à une autre autorité par la présente section ou par les statuts. / Il est obligatoirement consulté par le maire sur toutes les questions d'ordre général intéressant le fonctionnement de la régie. () ".
9. Il ressort des pièces du dossier que le conseil d'exploitation a été consulté, le 2 décembre 2021, sur les tarifs et services du port pour l'année 2022 et qu'il a émis un avis favorable. Toutefois, il est constant que, à cette date, la régie existante ne portait que sur l'exploitation d'une partie du port (l'ancien " port communal "), de sorte que le conseil d'exploitation, dans son ancienne composition, n'était pas compétent pour se prononcer sur les tarifs applicables à " Port-Grimaud I ", " Port-Grimaud II " et " Port-Grimaud III ".
10. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
11. D'une part, le recueil préalable de l'avis du conseil d'exploitation, prévu par les dispositions citées au point 7, ne constitue pas une garantie pour les conseillers municipaux. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'irrégularité de la consultation du conseil d'exploitation, lequel aurait dû être nouvellement composé d'un élu municipal supplémentaire (soit 4 élus au lieu de 3), et également d'un représentant des usagers supplémentaire (soit 3 représentants au lieu de 2), a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la délibération attaquée. Par suite, le vice de procédure affectant la délibération en litige n'est pas de nature à l'entacher d'illégalité.
12. En cinquième lieu, le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général pourvu que, dans l'un comme l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la norme qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des motifs susceptibles de la justifier.
13. Les requérants se prévalent de la méconnaissance du principe d'égalité devant le service public, au motif que la grille tarifaire pour le stationnement à l'année fixée par la délibération en litige diffère selon les zones du port alors que les prestations offertes au niveau du bassin de l'Amarrage sont les mêmes que celles proposées dans le reste du port. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, en particulier du cahier des tarifs et services, que le bassin de l'Amarrage est équipé d'un réseau électrique plus limité, en nombre de bornes et de puissance, que celui disponible dans le reste du port, ce qui constitue une différence de situation en rapport direct avec la tarification du stationnement. En revanche, la commune ne saurait, pour justifier de la plus faible tarification s'agissant du bassin de l'Amarrage, se prévaloir de ce que cette zone ne bénéficie pas des dispositifs de gardiennage et de vidéo-protection assurés par des personnes privées, pour leur propre compte, dans d'autres parties du port.
14. Il ressort des pièces du dossier que les tarifs pour un stationnement annuel au bassin de l'Amarrage, qui peut accueillir des bateaux faisant jusqu'à 7 mètres de long, sont de 340 à 500 euros, tandis que, pour des bateaux ayant les mêmes caractéristiques, les tarifs pour un stationnement annuel hors bassin de l'Amarrage sont de 1 800 à 2 700 euros. Dans ces conditions, et dès lors que seule la différence d'équipements électriques peut légalement justifier une différence tarifaire, les tarifs fixés pour le stationnement à l'année dans les ports hors bassin de l'Amarrage sont manifestement disproportionnés. Par suite, la délibération litigieuse, en tant qu'elle fixe les tarifs de stationnement à l'année dans le port de plaisance hors bassin de l'Amarrage, méconnaît le principe d'égalité devant le service public.
15. En dernier lieu, en faisant valoir que les tarifs de stationnement à l'année pour le bassin de l'Amarrage sont " déconnectés de toute réalité économique " compte tenu des prix pratiqués dans les ports voisins, les requérants n'établissent pas, par ces seuls éléments, que ces tarifs ne correspondent pas aux caractéristiques de l'occupation du domaine. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des tarifs de stationnement à l'année pour le bassin de l'Amarrage doit être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la délibération du 9 décembre 2021 doit être annulée seulement en tant qu'elle fixe les tarifs de stationnement à l'année dans le port de plaisance hors bassin de l'Amarrage pour l'année 2022.
Sur les frais liés au litige :
17. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Grimaud une somme de 1 500 euros à verser aux requérants sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mis à la charge des requérants, qui ne sont pas, dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que la commune de Grimaud demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La délibération du 9 décembre 2021 est annulée en tant qu'elle fixe les tarifs de stationnement à l'année dans le port de plaisance hors bassin de l'Amarrage pour l'année 2022.
Article 2 : La commune de Grimaud versera aux requérants une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association syndicale des propriétaires de la cité lacustre de Port-Grimaud, représentante unique désignée en vertu de l'article R. 411-5, alinéa 3, du code de justice administrative, et à la commune de Grimaud.
Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Philipe Harang, président,
Mme Mathilde Montalieu, conseillère,
M. David Hélayel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
La rapporteure,
Signé
M. MONTALIEU
Le président,
Signé
Ph. HARANG
La greffière,
Signé
F. POUPLY
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026