lundi 7 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2200357 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | JEAN-MEIRE |
Vu la procédure suivante :
I- Par une requête, enregistrée le 10 février 2022 sous le n° 2200357, et des mémoires, enregistrés les 17 janvier 2024 et 23 février 2024, l'association " Vivre ensemble dans la presqu'île de Saint-Tropez ", Mme B A, Mme E C et M. D F, représentés par Me Jean-Meire, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté interpréfectoral du 9 décembre 2021 portant réglementation du mouillage et autorisation d'occupation temporaire du domaine public maritime au droit de la commune de Ramatuelle en baie de Pampelonne pour la création d'une zone de mouillages et d'équipements légers (ZMEL) ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- à titre liminaire, leur requête est parfaitement recevable ;
- la procédure d'enquête publique n'a pas été régulière ; à cet égard, il était nécessaire de proroger le délai de l'enquête publique hors période de confinement afin de permettre au public de se déplacer aux permanences du commissaire enquêteur ;
- une seconde saisine du conseil national de la protection de la nature était nécessaire au regard de l'avis favorable émis avec réserves ;
- l'avis du commissaire enquêteur est insuffisamment motivé au regard de l'article R. 123-19 du code de l'environnement ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 2122-2 du code général de la propriété des personnes publiques ;
- il méconnaît également les dispositions de l'article L. 2124-5 du code précité ;
- il méconnaît les dispositions des articles L. 121-24 et R. 121-5 du code de l'urbanisme dès lors qu'il a autorisé l'aménagement d'une ZMEL dans un espace remarquable alors qu'il ne s'agit pas d'un aménagement léger expressément autorisé par le code de l'urbanisme ;
- le décret n° 2019-482 du 11 mai 2019 est illégal en tant qu'il a créé un article R. 121-5 6° du code de l'urbanisme dont la rédaction, générale et imprécise, méconnaît l'objectif fixé par le législateur tenant à ce que la liste des aménagements légers soit fixée exhaustivement.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 10 juillet 2023 et le 8 février 2024, le préfet du Var et le préfet maritime de la Méditerranée concluent au rejet de la requête.
Ils font valoir que :
- à titre principal, les requérants ne justifient pas d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;
- à titre subsidiaire, les moyens invoqués ne sont pas fondés.
La requête et les mémoires précités ont été communiqués à la commune de Ramatuelle qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
II- Par une requête, enregistrée le 11 avril 2022 sous le n° 2201044, et des mémoires, enregistrés le 21 mars 2024 et le 17 mai 2024, l'association " Vivre ensemble dans la presqu'île de Saint-Tropez ", Mme B A, Mme E C et M. D F, représentés par Me Jean-Meire, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet du Var en date du 20 août 2021 portant autorisation environnementale concernant l'aménagement d'une zone de mouillages et d'équipements légers (ZMEL) adaptée aux unités de grande plaisance en baie de Pampelonne sur la commune de Ramatuelle ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- à titre liminaire, leur requête est parfaitement recevable ;
- il était nécessaire de proroger le délai de l'enquête publique hors période de confinement afin de permettre au public de se déplacer aux permanences du commissaire enquêteur ; la procédure d'enquête publique n'a donc pas été régulière sur ce point ;
- une seconde saisine du conseil national de la protection de la nature était nécessaire au regard de l'avis favorable émis avec réserves ;
- l'avis du commissaire enquêteur est insuffisamment motivé au regard de l'article R. 123-19 du code de l'environnement ;
- le projet de ZMEL ne répond pas à une raison impérative d'intérêt public majeur permettant une dérogation en vue d'obtenir la destruction des herbiers de Posidonie présents sur le site ;
- il existait des solutions alternatives satisfaisantes et ces dernières n'ont pas fait l'objet d'une évaluation confiée à un organisme extérieur ; l'arrêté attaqué méconnaît ainsi les dispositions des articles L. 411-1 et L. 411-2 du code de l'environnement ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions des articles L. 121-24 et R. 121-5 du code de l'urbanisme dès lors qu'il a autorisé l'aménagement d'une ZMEL dans un espace remarquable alors qu'il ne s'agit pas d'un aménagement léger expressément autorisé par le code de l'urbanisme ;
- le décret n° 2019-482 du 11 mai 2019 est illégal en tant qu'il a créé un article R. 121-5 6° du code de l'urbanisme dont la rédaction, générale et imprécise, méconnaît l'objectif fixé par le législateur tenant à ce que la liste des aménagements légers soit fixée exhaustivement ;
- l'arrêté attaqué a méconnu les dispositions des articles R. 181-41 et R. 181-42 du code de l'urbanisme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 février 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à titre principal, les requérants ne justifient pas d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;
- à titre subsidiaire, les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 février et 15 avril 2024, la commune de Ramatuelle, représentée par Me Porta, conclut au rejet de la requête. Elle demande également à ce que la somme de 4 800 euros soit mise à la charge des requérants au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, les requérants ne justifient pas d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;
- à titre subsidiaire, les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de l'urbanisme ;
- le décret n° 2021-384 du 2 avril 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martin ;
- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique ;
- et les observations de M. G Martin pour le préfet du Var et celles de Me Porta pour la commune de Ramatuelle.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 20 août 2021, le préfet du Var a fait droit à la demande, déposée par la commune de Ramatuelle, de délivrance d'une autorisation environnementale concernant l'aménagement d'une zone de mouillages et d'équipements légers (ZMEL) adaptée aux unités de grande plaisance en baie de Pampelonne. Par un arrêté du 9 décembre 2021, le préfet maritime de la Méditerranée et le préfet du Var ont accordé à la commune de Ramatuelle, à compter du 1er janvier 2023 et pour une durée de quinze ans, une autorisation d'occupation temporaire (AOT) du domaine public maritime, aux fins de créer une ZMEL dans la baie de Pampelonne. Les demandes d'autorisation environnementale et d'occupation temporaire du domaine public ont fait l'objet d'une enquête publique unique qui s'est déroulée du 23 mars au 26 avril 2021. Par leurs requêtes, l'association " Vivre ensemble dans la presqu'île de Saint-Tropez ", Mmes A et C ainsi que M. F demandent au tribunal d'annuler les arrêtés précités du 20 août 2021 et 9 décembre 2021.
2. Les requêtes susvisées n°s 2200357 et 2201044 émanent des mêmes requérants, ont fait l'objet d'une instruction commune et sont dirigées contre des arrêtés autorisant un même projet. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux deux arrêtés attaqués :
3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 123-9 du code de l'environnement : " I. L'autorité compétente pour ouvrir et organiser l'enquête précise par arrêté les informations mentionnées à l'article L. 123-10, quinze jours au moins avant l'ouverture de l'enquête (). Cet arrêté précise notamment : () 4° Les lieux, jours et heures où le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête, représentée par un ou plusieurs de ses membres, se tiendra à la disposition du public pour recevoir ses observations () ".
4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'enquête publique, ouverte et organisée par un arrêté préfectoral du 25 février 2021, s'est déroulée du 23 mars au 26 avril 2021. Les requérants soutiennent qu'il était nécessaire de prolonger cette enquête du fait de la mise en place, dans le cadre des mesures de lutte contre la pandémie de covid-19, du troisième confinement à compter du 3 avril 2021. Toutefois, les dispositions du décret n° 2021-384 du 2 avril 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire n'interdisaient pas la tenue des permanences du commissaire enquêteur ainsi que les déplacements dans un rayon de dix kilomètres autour de son domicile. En outre, et en tout état de cause, il n'est pas contesté, ainsi qu'en témoigne le rapport du commissaire enquêteur, qu'il était possible, tant de consulter le dossier de l'enquête publique que de présenter des observations, par voie dématérialisée à partir du site internet de la préfecture du Var. A ce titre, les requérants ne contestent pas avoir pu utilement présenter leurs observations. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'un vice de procédure de nature à nuire à l'information complète de la population et à sa participation à l'enquête publique doit être écarté.
5. En deuxième lieu, si les requérants font valoir qu'une seconde saisine pour avis du conseil national de protection de la nature était nécessaire, ils ne précisent pas les dispositions qui auraient été, en l'espèce, méconnues. Par suite, un tel moyen est dépourvu des précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, si les dispositions de l'article R. 181-28 du code de l'environnement imposent, dans certaines hypothèses, la saisine pour avis du conseil national de protection de la nature lorsque l'autorisation environnementale demandée tient également lieu de dérogation à l'interdiction de détruire des espèces protégées, aucune disposition n'impose une telle saisine s'agissant d'une autorisation d'occupation du domaine public. A ce titre, s'agissant de l'autorisation environnementale concernant la ZMEL, dès lors qu'en l'espèce, d'une part, le conseil national de protection de la nature a bien été saisi et a rendu un avis le 7 mars 2019 et, d'autre part, que cet avis ne présentait pas le caractère d'un avis conforme, les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir de l'existence d'un vice de procédure quand bien même par son avis rendu le 7 mars 2019, le conseil national de protection de la nature se serait cru autorisé à inviter le pétitionnaire à suivre certaines préconisations et à présenter son projet pour avis une seconde fois.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 123-13 du code de l'environnement : " I. Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête conduit l'enquête de manière à permettre au public de disposer d'une information complète sur le projet, plan ou programme, et de participer effectivement au processus de décision en lui permettant de présenter ses observations et propositions. Dans les conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, la participation du public peut s'effectuer par voie électronique. () " Aux termes de l'article R. 123-19 du même code : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions et contre-propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. / Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans un document séparé, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet. / Le commissaire enquêteur ou le président de la commission d'enquête transmet à l'autorité compétente pour organiser l'enquête l'exemplaire du dossier de l'enquête déposé au siège de l'enquête, accompagné du ou des registres et pièces annexées, avec le rapport et les conclusions motivées. () ".
7. Si l'exigence de motivation des conclusions du commissaire enquêteur ne lui impose pas de répondre à chacune des observations présentées lors de l'enquête publique,
elles l'obligent à indiquer, au moins sommairement, en donnant son avis personnel, les raisons qui déterminent le sens de cet avis.
8. En l'espèce, il ressort des conclusions du commissaire enquêteur que ce dernier a recensé l'ensemble des critiques qui ont été faites lors de l'enquête publique. Le commissaire enquêteur a également identifié trois points pouvant présenter des difficultés (pêche professionnelle, zone sableuse et mouillage sans limitation de durée des bateaux). D'une part, à ce titre, il ne lui appartenait pas nécessairement de formuler un avis personnel sur l'ensemble des observations et difficultés présentées par les requérants lors de l'enquête publique. D'autre part, il ne peut être sérieusement contesté que le commissaire enquêteur a donné un avis favorable en justifiant le sens de ce dernier par les intérêts économiques en jeux ainsi que par l'évolution favorable que représente, pour la préservation des fonds marins, le passage d'une situation où le mouillage forain est autorisé à une situation organisée et réglementée autour d'ancrages écologiques. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les conclusions du commissaire enquêteur seraient insuffisamment motivées faute pour ce dernier d'y avoir exprimé son avis personnel. Ce moyen sera donc écarté.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre l'arrêté du 9 décembre 2021 portant autorisation d'occupation du domaine public maritime :
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-2 du code général de la propriété des personnes publiques : " L'occupation ou l'utilisation du domaine public ne peut être que temporaire. / Lorsque le titre mentionné à l'article L. 2122-1 permet à son titulaire d'occuper ou d'utiliser le domaine public en vue d'une exploitation économique, sa durée est fixée de manière à ne pas restreindre ou limiter la libre concurrence au-delà de ce qui est nécessaire pour assurer l'amortissement des investissements projetés et une rémunération équitable et suffisante des capitaux investis, sans pouvoir excéder les limites prévues, le cas échéant, par la loi ". L'article R. 2124-46 du même code dispose dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté en litige que : " L'autorisation est délivrée à titre précaire et révocable pour une durée maximale de quinze ans. () ".
10. En l'espèce, il ressort de l'arrêté attaqué que l'autorisation d'occupation du domaine public maritime est accordée à la commune de Ramatuelle pour une durée de quinze ans, que cette autorisation donne lieu au paiement annuel d'une redevance domaniale et que le bénéficiaire est habilité à percevoir des usagers une redevance pour services rendus. Si l'article 13 de l'arrêté du 9 décembre 2021 permet au titulaire de confier, tout ou partie de l'exploitation de la ZMEL à un tiers, il ressort des pièces du dossier que la ZMEL a été créée dans le but principal de préserver les fonds marins et non en vue d'une exploitation économique. A ce titre, en application de l'article R. 2124-42 du code général de la propriété des personnes publiques, la commune de Ramatuelle bénéficiait d'un droit de priorité en vue de se voir accorder l'autorisation du domaine public maritime en litige. Enfin, en tout état de cause, à supposer les dispositions précitées de l'article L. 2122-2 du code général de propriété des personnes publiques invocables, les requérants n'établissent pas que la durée de l'autorisation temporaire du domaine public de quinze ans excéderait ce qui est nécessaire pour assurer l'amortissement des investissements projetés et une rémunération équitable et suffisante des capitaux investis. Par suite, un tel moyen doit être écarté.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2124-5 du code général de la propriété des personnes publiques : " Des autorisations d'occupation temporaire du domaine public peuvent être accordées à des personnes publiques ou privées pour l'aménagement, l'organisation et la gestion de zones de mouillages et d'équipement léger lorsque les travaux et équipement réalisés ne sont pas de nature à entraîner l'affectation irréversible du site () ".
12. Les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 2124-5 du code général de la propriété des personnes publiques dès lors que l'autorisation d'occupation du domaine public contestée sert de support à la création d'une ZMEL faisant l'objet d'une autorisation environnementale portant dérogation à l'interdiction de destruction de l'espèce protégée des herbiers de Posidonie et, qu'en toute hypothèse, il ressort des pièces du dossier que les dispositifs d'amarrage seront installés sur site du 1er avril au 31 octobre, période de pose et de dépose comprise, et auront, eu égard, au mode d'ancrage écologique, le minimum d'emprise et d'impact sur les fonds marins, de sorte qu'aucune affectation irréversible du site ne peut être caractérisée.
13. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme : " Les documents et décisions relatifs à la vocation des zones ou à l'occupation et à l'utilisation des sols préservent les espaces terrestres et marins, sites et paysages remarquables ou caractéristiques du patrimoine naturel et culturel du littoral, et les milieux nécessaires au maintien des équilibres biologiques. () ". L'article L. 121-24 du code précité prévoit que : " Des aménagements légers, dont la liste limitative et les caractéristiques sont définies par décret en Conseil d'Etat, peuvent être implantés dans ces espaces et milieux lorsqu'ils sont nécessaires à leur gestion, à leur mise en valeur notamment économique ou, le cas échéant, à leur ouverture au public, et qu'ils ne portent pas atteinte au caractère remarquable du site. () ". L'article L. 121-24 du code précité prévoit que : " Des aménagements légers, dont la liste limitative et les caractéristiques sont définies par décret en Conseil d'Etat, peuvent être implantés dans ces espaces et milieux lorsqu'ils sont nécessaires à leur gestion, à leur mise en valeur notamment économique ou, le cas échéant, à leur ouverture au public, et qu'ils ne portent pas atteinte au caractère remarquable du site. () ". Selon l'article R. 121-4 du même code : " En application de l'article L. 121-23, sont préservés, dès lors qu'ils constituent un site ou un paysage remarquable ou caractéristique du patrimoine naturel et culturel du littoral et sont nécessaires au maintien des équilibres biologiques ou présentent un intérêt écologique : () / 6° Les milieux abritant des concentrations naturelles d'espèces animales ou végétales telles que les herbiers, les frayères, les nourriceries et les gisements naturels de coquillages vivants, ainsi que les espaces délimités pour conserver les espèces en application de l'article L. 411-2 du code de l'environnement et les zones de repos, de nidification et de gagnage de l'avifaune désignée par la directive 2009/147/CE du Parlement européen et du Conseil du 30 novembre 2009 concernant la conservation des oiseaux sauvages ; () ". Aux termes de l'article R. 121-5 dudit code : " Seuls peuvent être implantés dans les espaces et milieux mentionnés à l'article L. 121-24, dans les conditions prévues par cet article, les aménagements légers suivants, à condition que leur localisation et leur aspect ne dénaturent pas le caractère des sites, ne compromettent pas leur qualité architecturale et paysagère et ne portent pas atteinte à la préservation des milieux : / 1° Lorsqu'ils sont nécessaires à la gestion ou à l'ouverture au public de ces espaces ou milieux, les équipements légers et démontables nécessaires à leur préservation et à leur restauration, les cheminements piétonniers et cyclables et les sentes équestres ni cimentés, ni bitumés, les objets mobiliers destinés à l'accueil ou à l'information du public, les postes d'observation de la faune ainsi que les équipements démontables liés à l'hygiène et à la sécurité tels que les sanitaires et les postes de secours lorsque leur localisation dans ces espaces est rendue indispensable par l'importance de la fréquentation du public ; () / 6° Les équipements d'intérêt général nécessaires à la sécurité des populations et à la préservation des espaces et milieux. / Les aménagements mentionnés aux 1°, 2° et 4° et les réfections et extensions prévues au 3° du présent article doivent être conçus de manière à permettre un retour du site à l'état naturel ".
14. En l'espèce, l'arrêté en litige portant réglementation du mouillage et autorisation temporaire du domaine public maritime au droit de la commune de Ramatuelle en baie de Pampelonne pour la création d'une ZMEL a pour objet de permettre la création d'une telle zone d'une capacité globale de 210 postes d'amarrage, répartis en cinq secteurs selon la taille des bateaux, entraînant une occupation temporaire du domaine public maritime d'une centaine d'hectares. Ces postes d'amarrage sont équipés de bouées flottantes dotées d'un système d'ancrages écologiques. Ainsi, cette ZMEL ne constitue ni un document ni une décision relative à la vocation des zones ou à l'occupation et à l'utilisation des sols, au sens de l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme. Par suite, l'association " Vivre ensemble dans la presqu'ile de Saint-Tropez " et autres ne peuvent utilement soutenir que cette ZMEL serait contraire à la règlementation des espaces remarquables prévue aux articles L. 121-24 et R. 121-5 du code de l'urbanisme, ni se prévaloir de l'illégalité du décret n° 2019-482 du 11 mai 2019 en tant qu'il a créé un article R. 121-5 6° du code de l'urbanisme, dont la rédaction générale et imprécise méconnaîtrait l'objectif du législateur tenant à ce que la liste des aménagements légers soit fixée exhaustivement.
En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre l'arrêté préfectoral du 20 août 2021 portant autorisation environnementale :
S'agissant du moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles R. 181-41 et R. 181-42 du code de l'environnement :
15. Aux termes de l'article R. 181-41 du code de l'environnement : " Le préfet statue sur la demande d'autorisation environnementale dans les deux mois à compter du jour de l'envoi par le préfet du rapport et des conclusions du commissaire enquêteur au pétitionnaire en application de l'article R. 123-21, sous réserve des dispositions de l'article R. 214-95, ou dans le délai prévu par le calendrier du certificat de projet lorsqu'un tel certificat a été délivré et que l'administration et le pétitionnaire se sont engagés à le respecter () ".
16. Il résulte des dispositions de l'article R. 181-41 du code de l'environnement précitées que le délai de deux mois dont disposait le préfet pour accorder ou refuser de délivrer l'autorisation unique n'était pas prescrit à peine de nullité et que l'expiration de ce délai n'avait donc pas pour effet de dessaisir cette autorité. Par suite, le préfet du Var a pu valablement se prononcer sur la demande de la pétitionnaire alors même que le délai imparti aurait expiré ou aurait été irrégulièrement prorogé.
S'agissant de la dérogation à l'interdiction de détruire des espèces protégées :
17. D'une part, aux termes du I de l'article L. 411-1 du code de l'environnement : " Lorsqu'un intérêt scientifique particulier, le rôle essentiel dans l'écosystème ou les nécessités de la préservation du patrimoine naturel justifient la conservation () d'espèces animales non domestiques () et de leurs habitats, sont interdits : 1° () la mutilation, la destruction, la capture ou l'enlèvement, la perturbation intentionnelle, la naturalisation d'animaux de ces espèces () ".
18. D'autre part, aux termes du I de l'article L. 411-2 du code de l'environnement : " Un décret en Conseil d'Etat détermine les conditions dans lesquelles sont fixées : 1° La liste limitative des habitats naturels, des espèces animales non domestiques () ainsi protégés () / 4° La délivrance de dérogations aux interdictions mentionnées aux 1°, 2° et 3° de l'article L. 411-1, à condition qu'il n'existe pas d'autre solution satisfaisante, pouvant être évaluée par une tierce expertise menée, à la demande de l'autorité compétente, par un organisme extérieur choisi en accord avec elle, aux frais du pétitionnaire, et que la dérogation ne nuise pas au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle : a) Dans l'intérêt de la protection de la faune et de la flore sauvage et de la conservation des habitats naturels () / c) Dans l'intérêt de la santé et de la sécurité publiques ou pour d'autres raisons impératives d'intérêt public majeur, y compris de nature sociale ou économique, et pour des motifs qui comporteraient des conséquences bénéfiques primordiales pour l'environnement () ".
19. Il résulte de ces dispositions que la destruction ou la perturbation des espèces animales concernées, ainsi que la destruction ou la dégradation de leurs habitats, sont interdites. Toutefois, le pétitionnaire peut obtenir une dérogation " espèces protégées " si le risque que le projet comporte pour les espèces protégées est suffisamment caractérisé dès lors que sont remplies trois conditions distinctes et cumulatives tenant, d'une part, à l'absence de solution alternative satisfaisante, d'autre part, à la condition de ne pas nuire au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle et, enfin, à la justification de la dérogation par l'un des cinq motifs limitativement énumérés et parmi lesquels figure le fait que le projet réponde, par sa nature et compte tenu des intérêts économiques et sociaux en jeu, à une raison impérative d'intérêt public majeur.
20. En l'espèce, le projet en litige prévoit la destruction d'herbiers de Posidonie sur une surface limitée pouvant atteindre 130 m² alors que son objet est notamment de permettre la conservation de cette espèce sur le site concerné de façon pérenne.
21. En premier lieu, à supposer que le projet présente un risque suffisamment caractérisé de destruction des herbiers de Posidonie, de sorte que l'obtention d'une dérogation " espèces protégées " serait rendue nécessaire, il résulte de l'instruction que dans la baie de Pampelonne, l'état de préservation des herbiers de Posidonie, espèce protégée par l'arrêté du 19 juillet 1988 relatif à la liste des espèces végétales marines protégées, est jugé moyen ou médiocre du fait de la forte pression exercée sur le milieu par le mouillage des navires au moyen de leurs ancres. Ainsi, dès lors que le projet de ZMEL en litige a pour objet principal de mettre un terme à l'ancrage anarchique des bateaux par la mise en place de dispositifs d'amarrage écologique, ce dernier s'inscrit nécessairement dans le cadre de la protection des espèces sous-marines et correspond donc à l'un des motifs de dérogation énuméré au 4° du I de l'article L. 411-2 du code de l'environnement. Par suite, le moyen tiré de ce que la justification de la dérogation à l'interdiction de destruction d'une espèce protégée pour des raisons économiques et de sécurité publique serait insuffisante doit être écarté comme inopérant.
22. En deuxième lieu, si les dispositions de l'article L. 411-2 du code de l'environnement subordonnent la délivrance de la dérogation à l'absence de solution alternative satisfaisante, elles n'imposent en revanche pas au pétitionnaire de faire évaluer par un tiers les éventuelles solutions alternatives. Un tel moyen doit dès lors être écarté.
23. En troisième lieu, si les requérants font valoir que la protection des Posidonies pouvait passer par une interdiction totale, hors zone sableuse, du mouillage des navires de plus de 24 mètres dans la baie, il résulte toutefois qu'une telle mesure n'empêcherait pas les atteintes portées aux fonds marins par les navires de moins de 24 mètres qui, s'ils disposent d'ancres de dimensions moins importantes, sont également les plus nombreux. A ce titre, sur les 210 bouées d'amarrage prévues par le projet de ZMEL, 150 sont destinées à des navires de moins de 24 mètres. En conséquence, cette solution n'apparaît pas comme une alternative satisfaisante.
24. En quatrième lieu, l'association " Vivre ensemble dans la presqu'île de Saint-Tropez " et autres soutiennent que les points d'implantation des ancrages auraient dû être fixés sur des zones déjà dégradées. Toutefois, il résulte de l'instruction, d'une part, que dans la zone cible, il est impossible de cartographier précisément les herbiers sains et les zones de mattes mortes et, d'autre part, que le projet a déjà prévu de privilégier, dans la mesure du possible, les implantations des ancrages écologiques sur des zones de mattes mortes, de sorte que les requérants ne justifient pas davantage à cet égard de l'existence d'une solution alternative satisfaisante.
25. En cinquième lieu, si les requérants font valoir que les points d'amarrage auraient pu être fixés au-delà de la limite inférieure des Posidonies, ces derniers ne justifient pas de l'absence d'herbiers sur cette zone plus éloignée du rivage. En toute hypothèse, il résulte de l'instruction qu'une telle solution conduirait à éloigner les points d'ancrage du rivage et les priverait de la protection naturelle de la baie, de sorte qu'elle ne peut être admise pour des raisons tenant à la sécurité des personnes et des biens.
26. Enfin, en dernier lieu, les intéressés ne justifient pas davantage de l'existence d'une solution alternative en faisant valoir qu'il aurait pu être envisagé de réétudier l'opportunité et le périmètre des trois zones de mouillage destinées aux navires de plus de 80 mètres, dont deux sont situées dans des zones éloignées du rivage qui n'apparaissent pas favorables à l'implantation des dispositifs de mouillage, pour les mêmes raisons que celles indiquées au point précédent.
S'agissant de la réglementation relative aux espaces remarquables :
27. En l'espèce, l'arrêté en litige, portant autorisation environnementale concernant l'aménagement d'une zone de mouillages et d'équipements légers, a pour objet de permettre la création d'une ZMEL d'une capacité globale de 210 postes d'amarrage, répartis en cinq secteurs selon la taille des bateaux, entraînant une occupation temporaire du domaine public maritime d'une centaine d'hectares. Ces postes d'amarrage sont équipés de bouées flottantes dotées d'un système d'ancrages écologiques. Ainsi qu'il a été exposé précédemment au point 14 du présent jugement, cette ZMEL ne constitue ni un document ni une décision relative à la vocation des zones ou à l'occupation et à l'utilisation des sols, au sens de l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme. Par suite, l'association " Vivre ensemble dans la presqu'île de Saint-Tropez " et autres ne peuvent utilement soutenir que cette ZMEL serait contraire à la règlementation des espaces remarquables prévue aux articles L. 121-24 et R. 121-5 du code de l'urbanisme, ni se prévaloir de l'illégalité du décret n° 2019-482 du 11 mai 2019 en tant qu'il a créé un article R. 121-5 6° du code de l'urbanisme dont la rédaction générale et imprécise méconnaîtrait l'objectif du législateur tenant à ce que la liste des aménagements légers soit fixée exhaustivement.
28. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense par la commune de Ramatuelle, le préfet du Var et le préfet maritime de la Méditerranée, que l'association " Vivre ensemble dans la presqu'île de Saint-Tropez " et autres ne sont pas fondés à demander l'annulation, d'une part, de l'arrêté interpréfectoral du 9 décembre 2021 portant réglementation du mouillage et autorisation d'occupation temporaire du domaine public maritime et, d'autre part, de l'arrêté du 20 août 2021 portant autorisation environnementale en faveur de la création d'une ZMEL dans la baie de Pampelonne.
Sur les frais liés au litige :
29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme demandée à ce titre par que les requérants.
30. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme demandée au même titre par la commune de Ramatuelle.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n°s 2200357 et 2201044 de l'association " Vivre ensemble dans la presqu'île de Saint-Tropez ", de Mmes A et C ainsi que M. F sont rejetées.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Ramatuelle, dans les deux instances susvisées, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association " Vivre ensemble dans la presqu'île de Saint-Tropez ", à Mme B A, à Mme E C, à M. D F, à la commune de Ramatuelle, au préfet du Var, au préfet maritime de la Méditerranée et à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques.
Délibéré après l'audience du 16 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Bernabeu, présidente,
- M. Cros, premier conseiller,
- M. Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. MARTIN
La présidente,
Signé
M. BERNABEULa greffière,
Signé
G. BODIGER
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
Et par délégation,
La greffière.
N°s 2200357, 2201044
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026