jeudi 25 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2200401 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | PHILAE ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrés le 14 février 2022, M. A B, représenté par Me Perez, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2020 par lequel le préfet du Var lui a interdit d'acquérir et de détenir des armes, des munitions et leurs éléments des catégories A, B et C, a ordonné le dessaisissement de toutes ses armes, a prescrit l'enregistrement de cette interdiction dans le fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA), a retiré la validation de son permis de chasser et lui a enjoint de remettre ce document, ensemble le rejet implicite de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var de lever l'interdiction d'acquérir ou de détenir des armes et munitions de toute catégorie et, en conséquence, de retirer la décision de retrait de la validation du permis de chasser, ainsi que son inscription au FINIADA ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il n'a pas été précédé d'une procédure contradictoire ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'erreur d'appréciation ; les mesures qu'il contient sont disproportionnées au regard de l'ancienneté des faits commis et des condamnations pénales prononcées.
La requête a été communiquée au préfet du Var qui n'a pas produit de mémoire en défense malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 8 janvier 2024 et notifiée le même jour, sur le fondement des articles R. 612-3 et R. 612-6 du code de justice administrative.
Par une ordonnance du 8 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 23 février 2024 à 12h.
Par un courrier du 9 mars 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, relevé d'office, selon lequel, du fait de la mention au bulletin n°2 des deux condamnations pour vol aggravé, le préfet du Var se trouvait en situation de compétence liée, en application des dispositions des articles L. 312-3 et R. 312-67 du code de la sécurité intérieure, pour prononcer le dessaisissement et l'interdiction d'acquisition d'armes, et, en application des dispositions de l'article L. 312-16 du code de la sécurité intérieure et des articles L. 423-15 et R. 423-24 du code de l'environnement, pour retirer la validation du permis de chasser.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code pénal ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Montalieu, rapporteure,
- et les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,
- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a fait l'objet d'un arrêté du 17 novembre 2020 par lequel le préfet du Var lui a interdit d'acquérir et de détenir des armes, des munitions et leurs éléments des catégories A, B et C, a ordonné le dessaisissement de toutes ses armes, a prescrit l'enregistrement de cette interdiction dans le FINIADA, a retiré la validation de son permis de chasser et lui a enjoint de remettre ce document. Par un courrier du 8 octobre 2020, réceptionné le 12 octobre suivant, M. B a formé un recours gracieux contre cet arrêté, lequel a été implicitement rejeté.
2. Aux termes de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure : " Sont interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C : 1° Les personnes dont le bulletin n° 2 du casier judiciaire comporte une mention de condamnation pour l'une des infractions suivantes : () - vols prévus aux articles 311-1 à 311-11 du même code ; () ". Aux termes de l'article R. 312-67 du même code : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : / 1° Le demandeur ou le déclarant se trouve dans une situation prévue aux 1°, 2° ou 3° de l'article L. 312-16 ; () ". Aux termes de l'article L. 312-16 du même code : " Un fichier national automatisé nominatif recense : / () 2° Les personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes, de munitions et de leurs éléments des catégories A, B et C en application de l'article L. 312-3 ; () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 311-4 du code pénal : " Le vol est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende : /1° Lorsqu'il est commis par plusieurs personnes agissant en qualité d'auteur ou de complice, sans qu'elles constituent une bande organisée ; / () 8° Lorsqu'il est précédé, accompagné ou suivi d'un acte de destruction, dégradation ou détérioration ; () ". Enfin, aux termes de l'article L. 423-15 du code de l'environnement : " Ne peuvent obtenir la validation de leur permis de chasser : / () 3° Ceux qui, par suite d'une condamnation, sont privés du droit de port d'armes ; / () 9° Ceux qui sont inscrits au fichier national automatisé nominatif des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes visé à l'article L. 312-16 du code de la sécurité intérieure ". Et aux termes de l'article R. 423-24 du même code : " Lorsque le préfet est informé du fait que le titulaire d'un permis de chasser revêtu de la validation annuelle ou temporaire se trouve dans l'un des cas prévus à l'article L. 423-15 ou à l'article L. 423-25, il procède au retrait de la validation. / Lorsque le préfet retire la validation du permis de chasser, le titulaire doit lui remettre son document de validation. () ".
3. Il résulte de ces dispositions que lorsque l'acquéreur ou le détenteur des matériels ou des armes des catégories A, B et C a fait l'objet d'une condamnation en vertu des dispositions du code pénal citées par les dispositions de l'article L. 312-3 du code de la sécurité intérieure et que le bulletin n° 2 de l'acquéreur ou du détenteur de ces matériels et armes comporte la mention de condamnation pour cette infraction, l'autorité administrative se trouve en situation de compétence liée pour ordonner à l'acquéreur ou au détenteur d'une arme soumise au régime de l'autorisation ou de la déclaration de s'en dessaisir.
4. Lorsqu'une personne publique se trouve en situation de compétence liée pour prendre un acte, l'ensemble des moyens soulevés à l'encontre d'un tel acte sont inopérants, à l'exception des moyens susceptibles de remettre en cause l'existence même d'une situation de compétence liée.
5. En l'espèce, il est constant que M. B a fait l'objet de deux condamnations par les tribunaux correctionnels de Draguignan et de Marseille pour vol aggravé, en application des dispositions précitées de l'article 311-4 du code pénal, le 15 février 2018 et le 13 juillet 2018. Selon les termes de l'arrêté, non contestés par le requérant, son bulletin n°2 comporte la mention de ces condamnations. Dans ces conditions, en vertu des dispositions précitées au point 2, le préfet de la Var était en situation de compétence liée pour prendre l'ensemble des mesures contenues dans l'arrêté en litige. Par suite, les moyens invoqués par M. B, qui ne sont pas susceptibles de remettre en cause l'existence même de la situation de compétence liée du préfet, ne peuvent qu'être écartés comme inopérants.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Harang, président,
M. Zouhaïr Karbal, conseiller,
Mme Mathilde Montalieu, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.
La rapporteure,
Signé
M. MONTALIEU
Le président,
Signé
Ph. HARANG
La greffière,
Signé
A. CAILLEAUX
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026