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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2200414

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2200414

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2200414
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantLA BALME CABINET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 février 2022 et le 21 février 2024, Mme B Perez, représentée par Me La Balme, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de suspension de son agrément en qualité d'assistante familiale du 23 septembre 2021 et la décision de rejet de son recours gracieux par le président du conseil départemental du Var ;

2°) d'annuler la décision du 17 janvier 2022 par laquelle le président du département du Var lui a retiré son agrément d'assistante familiale ;

3°) de condamner le département du Var à lui verser la somme de 15 000 euros à titre des dommages et intérêts ;

4°) de condamner le département du Var à lui verser la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et aux entiers dépens.

Elle soutient que :

- la décision de suspension d'agrément en litige n'a pas respecté la procédure contradictoire préalable dès lors qu'elle n'a pas eu la possibilité de répondre aux accusations qui ont été recueillies par le service de la petite enfance ;

- la décision de retrait de son agrément est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'avis donné par la commission consultative paritaire départementale du Var est entaché de nullité dans la mesure où des représentants syndicaux n'ont pas siégé lors de cette commission ;

- elle a subi un préjudice psychologique estimé à 15 000 euros en raison de l'illégalité fautive des décisions en litige.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 janvier 2024, le département du Var conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme Perez ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code l'action sociale et des familles

- le code des relations du public avec l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Karbal,

- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,

- et les observations de Mme A pour le département du Var.

Considérant ce qui suit :

1. Mme Perez exerce la profession d'assistante familiale agréée depuis le 3 août 2010. Elle dispose d'un agrément pour l'accueil de trois mineurs ou jeunes majeurs. Elle bénéficie d'un contrat de travail avec le département du Var depuis le 24 août 2010. Le 20 septembre 2021, le service départemental de la protection maternelle et infantiles (PMI) a reçu des éléments inquiétants relatifs à la prise en charge d'une jeune majeure qui lui avait été confiée pendant sa minorité. A la suite de ces révélations, le président du conseil départemental du Var a décidé la suspension de cet agrément par une décision du 23 septembre 2021 pour une durée de quatre mois à compter de sa notification. Un recours gracieux présenté le 18 octobre 2021 a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Enfin, Par décision du 17 janvier 2022 prise après avis de la commission consultative paritaire départementale du Var, le président du département du Var lui a retiré son agrément.

Sur la légalité de la décision de suspension du 23 septembre 2021 :

2. Aux termes de l'article L. 421-2 du code de l'action sociale et des familles : " L'assistant familial est la personne qui, moyennant rémunération, accueille habituellement et de façon permanente des mineurs et des jeunes majeurs de moins de vingt et un ans à son domicile. Son activité s'insère dans un dispositif de protection de l'enfance, un dispositif médico-social ou un service d'accueil familial thérapeutique. Il exerce sa profession comme salarié de personnes morales de droit public ou de personnes morales de droit privé dans les conditions prévues par les dispositions du présent titre ainsi que par celles du chapitre III du présent livre, après avoir été agréé à cet effet. / L'assistant familial constitue, avec l'ensemble des personnes résidant à son domicile, une famille d'accueil. ". Aux termes de l'article L. 41-3 de ce code : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. / Un référentiel approuvé par décret en Conseil d'État fixe les critères d'agrément. () / L'agrément est accordé à ces deux professions si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne, () Les modalités d'octroi ainsi que la durée de l'agrément sont définies par décret. Cette durée peut être différente selon que l'agrément est délivré pour l'exercice de la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial. Les conditions de renouvellement de l'agrément sont fixées par ce décret. Sans préjudice des dispositions de l'article L. 421-9, le renouvellement de l'agrément des assistants familiaux est, sous réserve des vérifications effectuées au titre du sixième alinéa du présent article, automatique et sans limitation de durée lorsque la formation mentionnée à l'article L. 421-15 est sanctionnée par l'obtention d'une qualification. () Tout refus d'agrément doit être motivé. () ". Et aux termes de l'article L. 421-6 de ce code : " () Lorsque la demande d'agrément concerne l'exercice de la profession d'assistant familial, la décision du président du conseil départemental est notifiée dans un délai de quatre mois à compter de cette demande. À défaut de notification d'une décision dans ce délai, l'agrément est réputé acquis, ce délai pouvant être prolongé de deux mois suite à une décision motivée du président du conseil départemental. / Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. En cas d'urgence, le président du conseil départemental peut suspendre l'agrément. Tant que l'agrément reste suspendu, aucun enfant ne peut être confié. / Toute décision de retrait de l'agrément, de suspension de l'agrément ou de modification de son contenu doit être dûment motivée et transmise sans délai aux intéressés. () ".

3. Il résulte également des articles L. 421-6 et L. 423-8 du code de l'action sociale et des familles que cette mesure de suspension, qui ne peut excéder quatre mois, constitue une mesure provisoire destinée à permettre de sauvegarder la santé, la sécurité et le bien-être des mineurs accueillis, durant les délais nécessaires notamment à la consultation de la commission consultative paritaire départementale et au respect du caractère contradictoire de la procédure, en vue, le cas échéant, d'une mesure de retrait ou de modification du contenu de l'agrément. Pendant la période de suspension de son agrément, l'assistant maternel ou familial employé par une personne morale de droit privé ou de droit public bénéficie d'une indemnité compensatrice. Le législateur a ainsi entendu, par ces dispositions, déterminer entièrement les règles de procédure auxquelles sont soumises ces mesures de suspension de l'agrément des assistants maternels ou familiaux, qui s'inscrivent dans le cadre de la modification ou du retrait éventuel de cet agrément, soumis à une procédure contradictoire préalable précisée à l'article R. 421-23 du même code.

4. Aux termes de l'article L. 221-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / 2° Infligent une sanction ; () ". Aux termes de l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ".

5. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que les dispositions précitées d'application générale de l'article L. 221-2 du code des relations entre le public et l'administration ne sont pas utilement invocable lorsqu'est mise en œuvre la procédure spéciale organisée par les articles L. 421-6 et R. 421-23 du code de l'action sociale et des familles. Le moyen tiré de la méconnaissance de la procédure contradictoire préalable prévu par cet article doit, par suite, être écarté comme manquant en droit.

Sur la légalité de la décision de retrait de son agrément du 17 janvier 2022 :

6. En premier lieu, aux termes de l'article R. 421-23 du code de l'action sociale et des familles : " Lorsque le président du conseil départemental envisage de retirer un agrément, () il saisit pour avis la commission consultative paritaire départementale mentionnée à l'article R. 421-27 en lui indiquant les motifs de la décision envisagée. L'assistant maternel ou l'assistant familial concerné est informé, quinze jours au moins avant la date de la réunion de la commission, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, des motifs de la décision envisagée à son encontre, de la possibilité de consulter son dossier administratif et de présenter devant la commission ses observations écrites ou orales. La liste des représentants élus des assistants maternels et des assistants familiaux à la commission lui est communiquée dans les mêmes délais. L'intéressé peut se faire assister ou représenter par une personne de son choix. Les représentants élus des assistants maternels et des assistants familiaux à la commission sont informés, quinze jours au moins avant la date de la réunion de la commission, des dossiers qui y seront examinés et des coordonnées complètes des assistants maternels et des assistants familiaux dont le président du conseil départemental envisage de retirer, restreindre ou ne pas renouveler l'agrément. Sauf opposition de ces personnes, ils ont accès à leur dossier administratif. La commission délibère hors la présence de l'intéressé et de la personne qui l'assiste. ". Aux termes de l'article R. 421-27 du même code : " La commission consultative paritaire départementale, prévue par l'article L. 421-6, comprend, en nombre égal, des membres représentant le département et des membres représentant les assistants maternels et les assistants familiaux agréés résidant dans le département. Le président du conseil départemental fixe par arrêté le nombre des membres de la commission qui peut être de six, huit ou dix en fonction des effectifs des assistants maternels et des assistants familiaux agréés résidant dans le département.". Aux termes de l'article 8 du règlement intérieur de la commission consultative paritaire départementale du Var adopté le 11 juin 2018 : " La parité entre les membres élus et les membres de l'administration n'est pas requise lors des réunions. La commission émet ses avis à la majorité des membres présents. Les délibérations ne sont soumises à aucune condition de quorum ".

8. Mme Perez soutient que l'avis rendu, lors de la réunion de la commission consultative paritaire départementale du 20 décembre 2021, est entaché de nullité dès lors que les représentants des assistants familiaux étaient absents de sorte que la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière. D'une part, il ressort des pièces du dossier et, notamment du courrier du 16 décembre 2020, que les organisations syndicales représentants les assistants maternels et les assistants familiaux agréés résidant dans le département du Var ont décidé de ne pas siéger à la commission consultative paritaire départementale du 20 décembre 2021. D'autre part, il a été fait des dispositions précitées de l'article 8 du règlement intérieur qui permet, alors même que les représentants syndicaux étaient absents, que la commission consultative paritaire départementale du Var de se réunir. Par suite, le moyen tiré d'une irrégularité de procédure doit être écarté.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et de la famille : " () Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. (). Aux termes de l'article de l'article R.42-26 du code de l'action sociale et des familles : " Un manquement grave ou des manquements répétés aux obligations de déclaration et de notification prévues aux articles R. 421-38, R. 421-39, R. 421-40 et R. 421-41 ainsi que des dépassements du nombre d'enfants mentionnés dans l'agrément et ne répondant pas aux conditions prévues par l'article R. 421-17 peuvent justifier, après avertissement, un retrait d'agrément. ". Aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " () L'agrément est accordé à ces deux professions si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne. () ". L'article R. 421-3 du même code précise que : " Pour obtenir l'agrément d'assistant maternel ou d'assistant familial, le candidat doit : / 1° Présenter les garanties nécessaires pour accueillir des mineurs dans des conditions propres à assurer leur développement physique, intellectuel et affectif ; (). ".

10. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au président du conseil général de s'assurer de ce que les conditions d'accueil des enfants garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement de ceux-ci, et de procéder au retrait de l'agrément si ces conditions ne sont plus remplies. A cette fin, dans l'hypothèse où il est informé de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant, de la part du bénéficiaire de l'agrément ou de son entourage, il lui appartient de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux et de déterminer s'ils sont suffisamment établis pour lui permettre raisonnablement de penser que l'enfant est victime des comportements en cause ou risque de l'être.

11. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, pour retirer l'agrément d'assistance familiale de Mme Perez, le président du conseil départemental du Var s'est fondé sur des signalements faisant état d'un environnement familial insécurisant, empreint de violences psychologiques et physiques à la suite des révélations formulées par l'enfant Julia Bosc qui avait été accueillie par la requérante pendant sa minorité. Il ressort des pièces du dossier que la requérante s'est vu reprocher avoir commis une faute professionnelle en laissant partir l'enfant Julia Bosc, alors qu'elle était mineure, chez son " petit ami " sans en informer le service de la petite enfance, et d'avoir eu des attitudes éducatives inadaptées, notamment en tenant des propos dévalorisants vis-à-vis des enfants qui étaient placés à son domicile. Il ressort également des pièces du dossier que les relations entre la requérante et son époux sont conflictuelles, de sorte qu'il règne un climat insécurisant qui est de nature à compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement des enfants. Il ressort ainsi de l'enquête administrative, et notamment des déclarations des autres enfants, qu'ils ne se lavaient que deux fois par semaine, qu'ils faisaient l'objet de propos dévalorisant et qu'ils étaient souvent punis. Dans ces conditions, le président du conseil départemental du Var a pu estimer, sans commettre d'erreur d'appréciation, que les éléments portés à la connaissance de ses services à la date de sa décision, ne permettaient pas de regarder Mme Perez comme présentant les garanties requises d'un assistant familial par les dispositions législatives précitées, et justifiaient ainsi le retrait de son agrément.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme Perez doit être rejetée.

Sur les conclusions indemnitaires de Mme Perez :

13. Il résulte de ce qui précède que les décisions du 23 septembre 2021 et du 17 janvier 2022 du président du conseil départemental du Var ne sont entachées d'aucune illégalité fautive de nature à ouvrir droit à indemnisation à Mme Perez. Par suite, ses conclusions à fin d'indemnisation doivent être rejetées.

Sur les frais de justice :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département du Var, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme Perez demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

15. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du département du Var présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme Perez est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du département du Var présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B Perez et au département du Var.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

M. Zouhaïr Karbal, conseiller,

M. David Helayel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

Le rapporteur,

Signé

Z. KARBAL Le président,

Signé

Ph. HARANGLa greffière,

Signé

A.CAILLEAUX

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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