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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2200421

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2200421

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2200421
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBOCHNAKIAN & LARRIEU-SANS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 février 2022 et le 29 novembre 2022, M. E B, représenté par Me Bochnakian, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 décembre 2021 par laquelle le préfet du Var a rejeté sa demande de regroupement familial en faveur de son épouse Mme C A et de sa fille Mme D B ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var, sur le fondement de l'article L.911-1 du code de justice administrative, d'autoriser le regroupement familial, et ce, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter du délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir en application de l'article L.911-3 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée :

- Est entachée d'erreur matérielle car il n'a pas reçu le courrier de la préfecture daté du 11 septembre 2020 l'invitant à compléter son dossier ;

- Est entachée d'erreur de droit car il n'est pas démontré la nécessité de produire les pièces demandées par ce courrier et que son dossier était complet et le logement conforme.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 novembre 2022 et le 30 novembre 2022, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.

Par une ordonnance du 18 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 août 2024.

Par un courrier du 15 novembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que la décision attaquée portant refus d'enregistrer une demande de regroupement familial, au motif de son caractère incomplet, ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir.

Par un mémoire en réponse au moyen d'ordre public, enregistré le 18 novembre 2024, M. B conteste notamment que le courrier attaqué ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique ayant été, sur sa proposition, dispensée de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 22 novembre 2024 :

- le rapport de M. Sauton,

- les observations de Me Larrieu-Sans, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. E B, ressortissant marocain né en 1957, est entré sur le territoire français en 2010 et disposait d'une carte de séjour valable du 4 septembre 2017 au 3 septembre 2019. Le 8 avril 2013, il s'est marié avec Mme A B née C, de nationalité marocaine. Par une demande en date du 24 janvier 2020, il a sollicité auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (ci-après OFII) le regroupement familial en faveur de son épouse et de sa fille Mme D B. Par une décision en date du 17 novembre 2021, le préfet du Var a rejeté sa demande aux motifs, d'une part, du défaut de réponse à son courrier du 11 septembre 2020, demandant à M. B " de transmettre [son] contrat de location, les 6 dernières quittances de loyer ainsi que les deux dernières quittances d'EDF GDE, dans le but de pouvoir apprécier [sa] situation dans sa globalité et émettre un avis concernant [sa] demande de regroupement familial ", d'autre part, de l'absence de méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Par sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. " . Aux termes de l'article L. 434-7 du même code : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil ". Aux termes de l'article R.434-11 du même code : " L'étranger qui sollicite le regroupement familial présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code. ". La rubrique 65 de l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dresse la liste des pièces à fournir à l'appui d'une demande de regroupement familial. Le point 1.2 relatif aux justificatifs de logement indique : " 1.2. Justificatifs de logement : -justificatif de domicile de moins de trois mois (dernière facture d'électricité, de gaz, de téléphone fixe, d'eau) ou attestation d'assurance habitation (si entrée récente dans le logement). 1.2.1. Vous êtes locataire : -bail comportant les caractéristiques du logement (surface habitable, nombre de pièces, etc.) ; -dernière quittance de loyer. ".

3. A titre liminaire, la décision en litige doit être regardée, non comme un refus d'instruire cette demande au seul motif de son caractère incomplet, mais comme un refus d'autorisation de regroupement familial motivé, notamment, par le défaut de démonstration de la réunion des conditions ouvrant droit au regroupement familial.

4. En premier lieu, par un courrier du 11 septembre 2020, le préfet du Var a demandé à M. B d'adresser des documents afin de compléter son dossier de demande de regroupement familial. Le requérant soutient que les documents initialement joints à sa demande étaient suffisants et son dossier complet. Toutefois, à supposer même que le contrat de bail souscrit par l'intéressé était satisfaisant alors-même qu'il ne portait pas la mention de la signature du " preneur " mais uniquement celle de " l'avaliseur ", le rapport de l'OFII daté du 10 août 2020 fait état d'un " logement visité techniquement conforme. Cependant, l'habitation est quasiment vide d'effets personnels - rien, en particulier dans la cuisine et la SDB. Doute sur la réalité de la location ", de telle sorte que le préfet, dans le cadre de l'instruction de la demande de M. B, pouvait légitimement lui demander d'adresser " les 6 dernières quittances de loyer et les quittances EDF-GDF pour les mois de juillet et août 2020 ".

5. En second lieu, si M. B soutient n'avoir jamais reçu le courrier du 11 septembre 2020 précité, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé a été destinataire dudit courrier dont il a accusé réception le 15 septembre 2020 tel qu'en atteste sa propre signature portée sur le bordereau.

6. Par suite, il y a lieu d'écarter les moyens soulevés par M. B.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B, qui peut réitérer sa demande, n'est pas fondé à demander l'annulation du refus contesté du 17 décembre 2021 d'autoriser son regroupement familial.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du préfet du Var, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet du Var.

Copie en sera adressée pour information au ministre de l'intérieur et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

M. Quaglierini, premier conseiller,

Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

JF. SAUTON

L'assesseur le plus ancien,

Signé

B. QUAGLIERINI

La greffière,

Signé

B. BALLESTRACCI

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

N°2200421

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