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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2200537

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2200537

vendredi 8 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2200537
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantLLC ET ASSOCIES - BUREAU DE TOULON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés les 25 février, 23 septembre 2022 et 27 juillet 2023, M. A D, représenté par Me Hequet, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision implicite née le 3 janvier 2022 par laquelle le maire de la commune de Lorgues a rejeté sa demande tendant au retrait ou à l'abrogation de l'arrêté du 10 novembre 2019 par lequel il a transféré le permis d'aménager n° PA 083 072 16 K0007 T02 à la société Le clos de la bastide ;

2°) à titre subsidiaire, d'abroger, et à titre infiniment subsidiaire, d'annuler, l'arrêté du 10 novembre 2019 précité ;

3°) d'enjoindre au maire de la commune de Lorgues de procéder à ce retrait ou cette abrogation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Lorgues et à la société Le clos de la bastide la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté du 10 novembre 2019 doit être retiré dès lors que Mme C n'avait pas qualité pour transférer le permis d'aménager car le permis d'aménager transféré

du 4 juin 2019, dont elle était titulaire, a été retiré par un arrêté du 28 janvier 2021 en raison de son caractère frauduleux.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 décembre 2022, la commune de Lorgues, représentée par Me Marchesini, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. D la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors qu'elle est présentée à l'expiration du délai de six mois à compter de la déclaration d'achèvement des travaux, en méconnaissance de l'article R. 600-3 du code de l'urbanisme, et que M. D ne présente pas d'intérêt pour agir à défaut d'être le bénéficiaire du permis d'aménager transféré, lequel avait été transféré à Mme C ;

- à titre subsidiaire, les conclusions à fin d'abrogation de l'arrêté du 10 novembre 2019 sont irrecevables dès lors qu'il ne relève pas de l'office du juge de prononcer l'abroger d'un acte et qu'elles sont tardives ;

- à titre subsidiaire, les moyens sont infondés.

La requête a été communiquée, le 2 mars 2022, à la société Le clos de la bastide qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 28 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er septembre 2023.

Par un mémoire en intervention enregistré le 24 octobre 2023, et non communiqué,

Mme B C, représentée par Me Fernandes Thomann, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. D la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Un mémoire présenté par la commune de Lorgues, enregistré le 25 août 2023, n'a pas été communiqué en application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Martin, rapporteure,

- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique,

- les observations de Me Faure-Bonnaccorsi, représentant la commune de Lorgues,

- M. D et Mme C n'étant ni présents ni représentés.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D a, par une lettre du 12 décembre 2016, manifesté son intention d'acheter les parcelles cadastrées section L n° 471, 472, 473, 474, 475 et 1257 situées 151 chemin des Pins à Lorgues, dont Mme B C est propriétaire, à la condition suspensive de l'obtention d'un permis d'aménager d'un lotissement de maximum 10 lots. Par arrêté du 24 mars 2017, le maire de la commune de Lorgues a délivré à M. A D un permis d'aménager un lotissement de 9 lots sur ces terrains. Par arrêté du 4 juin 2019, le maire de cette commune a transféré ce permis à Mme B C, avant de le retirer par arrêté du 28 juillet 2021.

Par arrêté du 10 novembre 2019, le maire de la commune de Lorgues a transféré le même permis à la société Le clos de la bastide. Par courrier du 25 octobre 2021, reçu le 3 novembre suivant, M. D a demandé à la commune le retrait de cet arrêté. Par sa requête, M. D demande l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande née le 3 janvier 2022.

Sur la recevabilité de l'intervention :

2. Aux termes de l'article R. 632-1 du code de justice administrative : " L'intervention est formée par mémoire distinct. / Les dispositions du chapitre IV du titre Ier du livre IV relatif à la transmission des requêtes par voie électronique sont applicables aux interventions. / Le président de la formation de jugement ou le président de la chambre chargée de l'instruction ordonne, s'il y a lieu, que ce mémoire en intervention soit communiqué aux parties et fixe le délai imparti à celles-ci pour y répondre. / Néanmoins, le jugement de l'affaire principale qui est instruite ne peut être retardé par une intervention ".

3. L'intervention d'une intervention n'est pas subordonnée à d'autre condition de délai que celle découlant de l'obligation pour l'intervenant d'agir avant la clôture de l'instruction.

4. Un mémoire en intervention a été enregistré le 24 octobre 2023, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, présenté par Mme C. Son intervention n'est donc pas recevable et ne peut être admise.

Sur les fins de non-recevoir :

5. En premier lieu, un tiers justifiant d'un intérêt à agir est recevable à demander, dans le délai de recours contentieux, l'annulation de la décision par laquelle l'autorité administrative a refusé de faire usage de son pouvoir d'abroger ou de retirer un acte administratif obtenu par fraude, quelle que soit la date à laquelle il l'a saisie d'une demande à cette fin. Ainsi, les conclusions de M. D tendant à l'annulation du refus implicite opposé par le maire de Lorgues à sa demande du 25 octobre 2021 sont bien recevables. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 600-3 du code de l'urbanisme doit être écartée.

6. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 28 juillet 2021,

le maire de la commune de Lorgues a retiré l'arrêté du 4 juin 2019 par lequel il a transféré le permis d'aménager délivré à M. D le 24 mars 2017. Il en résulte que l'arrêté du 10 novembre 2019 a pour objet de transférer ce permis d'aménager, dont M. D était le titulaire. Ainsi,

M. D a intérêt à agir pour contester la légalité de la décision implicite née le 3 janvier 2022 par laquelle le maire de la commune de Lorgues a rejeté sa demande tendant au retrait ou à l'abrogation de l'arrêté du 10 novembre 2019 par lequel il a transféré le permis d'aménager à la société Le clos de la bastide. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

7. Dans le cas décrit au point 5 du présent jugement, il incombe au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, d'une part, de vérifier la réalité de la fraude alléguée et, d'autre part, de contrôler que l'appréciation de l'administration sur l'opportunité de procéder ou non à l'abrogation ou au retrait n'est pas entachée d'erreur manifeste, compte tenu notamment de la gravité de la fraude et des atteintes aux divers intérêts publics ou privés en présence susceptibles de résulter soit du maintien de l'acte litigieux soit de son abrogation ou de son retrait.

En ce qui concerne la réalisation de la fraude alléguée :

8. Un permis ne peut faire l'objet d'un retrait, une fois devenu définitif, qu'au vu d'éléments, dont l'administration a connaissance postérieurement à la délivrance du permis, établissant l'existence d'une fraude à la date où il a été délivré. La caractérisation de la fraude résulte de ce que le pétitionnaire, ou le titulaire du permis transféré, a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme. Une information erronée ne peut, à elle seule, faire regarder le pétitionnaire comme s'étant livré à l'occasion du dépôt de sa demande à des manœuvres destinées à tromper l'administration.

9. Aux termes de l'article A. 441-8 du code de l'urbanisme : " La demande de transfert d'un permis d'aménager en cours de validité est établie conformément au formulaire enregistré par le secrétariat général pour la modernisation de l'action publique sous le numéro Cerfa 13412 ".

10. Si le permis de construire n'est pas délivré en considération de la personne qui en devient titulaire, il revêt néanmoins le caractère d'un acte individuel créateur de droit. Par suite, lorsque, pendant la période de validité d'un permis de construire, la responsabilité de la construction est transférée du titulaire du permis à une ou plusieurs autres personnes, l'administration ne peut transférer le permis précédemment accordé qu'avec l'accord du titulaire de l'autorisation, même si celui-ci n'est plus propriétaire du terrain à la date de la demande de transfert.

11. Par l'arrêté du 10 novembre 2019, le maire de la commune de Lorgues procède au transfert du permis d'aménager, dont Mme C s'estimait titulaire, au profit de la société Le clos de la bastide. Toutefois, il est constant que l'arrêté par lequel Mme C s'estimait titulaire du permis d'aménager du 24 mars 2017, a été retiré par un arrêté du 28 juillet 2021 en raison de son caractère frauduleux.

12. A ce titre, il est constant que par une demande du 10 mai 2019, Mme C a sollicité le transfert du permis d'aménager n° PA 083 072 16 K 0007 sans solliciter l'accord de son titulaire, M. D, en raison de sa " défaillance " et du défaut de droit de ce dernier sur le bien de celui-ci, en joignant à sa demande une attestation notariée du 6 mai 2019 qui mentionne l'existence d'une clause dans la " lettre d'intention d'achat acceptée " qui stipulerait la cession gratuite du permis d'aménager au propriétaire en cas de non réalisation de la vente pour faute du client, ainsi que l'absence de nécessité d'obtenir la " signature du pétitionnaire défaillant ".

Il ressort du dossier que ladite lettre d'intention étant celle datée du 1er décembre 2016. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier et notamment de l'attestation de l'agence immobilière Pierre Azur, que la vente n'a pas pu être réalisée faute pour M. D d'avoir débloqué les fonds nécessaires, aucune clause de cession gratuite du permis d'aménager n'était inscrite dans la lettre d'intention d'achat du 12 décembre 2016, seul document signé par l'ensemble des parties. Ainsi, et à supposer même que Mme C n'ait pas fourni la lettre d'intention d'achat du 1er décembre 2016, non signée par ses soins mais dans laquelle figurait une telle clause, au notaire, elle ne pouvait ignorer l'absence d'une telle clause dans la lettre d'intention qu'elle a signée et était donc en mesure de se détacher des affirmations de la lettre notariée du 6 mai 2019. Par ailleurs,

Mme C ne soutient, ni ne démontre avoir fait les démarches nécessaires afin d'obtenir l'accord de M. D. Ainsi, et alors que Mme C ne se trouvait pas dans une situation de blocage absolu dès lors qu'elle pouvait présenter une nouvelle demande de permis d'aménager à son nom, la justification apportée dans la demande de transfert à l'absence d'accord du titulaire du permis ne relève pas de la simple information erronée, mais caractérise une manœuvre de nature à tromper l'administration dans le but d'échapper à l'application des nouvelles règles d'urbanisme.

13. Il en résulte que la présentation de Mme C comme titulaire dudit permis d'aménager caractérise une manœuvre de nature à tromper l'administration dans le but d'échapper à l'application des nouvelles règles d'urbanisme pour la vente des terrains à aménager dont elle est propriétaire. Ainsi, l'arrêté du 10 novembre 2019 prononçant le transfert du permis d'aménager de Mme C à la société Le clos de la bastide est entaché de fraude.

En ce qui concerne l'opportunité de procéder au retrait :

14. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 10 novembre 2019 est entaché d'une fraude. Compte tenu de la gravité de cette fraude, de l'atteinte aux intérêts publics et privés qui s'attachant d'une part à la réalisation des travaux d'aménagement par la société Le clos de la bastide et d'autre part à l'absence pour M. D de la possibilité de se voir rembourser les frais avancés dans l'obtention dudit permis d'aménager, le maire de Lorgues a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de procéder au retrait de cet arrêté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les conclusions subsidiaires tendant à abroger ou à annuler l'arrêté du 10 novembre 2019, la décision implicite par laquelle le maire de Lorgues a refusé de retirer l'arrêté du 10 novembre 2019 est annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

16. L'annulation de la décision implicite par laquelle le maire a refusé de retirer l'arrêté du 10 novembre 2019 implique nécessairement le retrait dudit arrêté. Il y a lieu pour le tribunal d'ordonner au maire de la commune de Lorgues de prendre une telle mesure, dans un délai de deux mois à compter du présent jugement, sans qu'il soit besoin de prononcer d'astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par la commune de Lorgues au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge de M. D qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

18. Il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Lorgues la somme de 2 000 euros demandée par M. D au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention de Mme C n'est pas admise.

Article 2 : La décision implicite par laquelle le maire de Lorgues a refusé de retirer l'arrêté du 10 novembre 2019 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au maire de la commune de Lorgues de retirer l'arrêté du 10 novembre 2019 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : La commune de Lorgues versera à M. D la somme 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 6 : Les conclusions présentées par la commune de Lorgues au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Mme B C, à la société Le clos de la bastide et à la commune de Lorgues.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2023 à laquelle siégeaient :

J.-F. Sauton, président,

B. Quaglierini, premier conseiller,

K. Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2023.

La rapporteure,

signé

K. MartinLe président,

signé

J.-F. Sauton

Le greffier,

signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/la greffière en chef,

Le greffier,

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