vendredi 19 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2200613 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CGCB & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 février 2022, M. F B et Mme E D, représentés par Me Castagnon, demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2022 par lequel le maire de la commune de Hyères a refusé de retirer l'arrêté du 2 septembre 2020 par lequel il a accordé aux époux G un permis de construire en vue notamment de la création d'une fenêtre de toit.
Ils soutiennent que l'arrêté du 2 septembre 2020 a été obtenu par fraude dès lors que le dossier de permis de construire mentionne l'existence de deux tabatières existantes alors qu'elles n'existaient pas, dans le but de contourner les dispositions de l'article 3.3.5 de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine de la commune de Hyères.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 avril 2022, Mme C et M. A G, représentés par Me Gaulmin, concluent au rejet de la requête, à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens et de les condamner au paiement d'une amende en application de l'article R. 741-12 du code de justice administrative.
Ils font valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable à défaut pour M. B et Mme D de justifier d'un intérêt pour agir ;
- à titre subsidiaire, les moyens sont infondés.
-
Par un mémoire en défense enregistré le 13 novembre 2023, la commune de Hyères, représentée par Me Barbeau, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de
M. B et Mme D la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable à défaut de justifier de la notification du recours contentieux aux pétitionnaires et au maire de la commune, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;
- à titre subsidiaire, les moyens sont infondés.
Par courrier du 26 octobre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et de la date à partir de laquelle l'instruction était susceptible d'être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1.
Par une ordonnance du 11 janvier 2024, notifiée à 11h36 aux époux G et à 11h42 à M. B et Mme D, la clôture de l'instruction a été prononcée à effet immédiat.
Un mémoire enregistré pour M. B et Mme D le 11 janvier 2024 à 15h49 n'a pas été communiqué, en application des dispositions de l'article R. 613-3 du code de justice administrative.
Un mémoire enregistré pour la commune de Hyères le 19 avril 2024 n'a pas été communiqué, en application des dispositions de l'article R. 613-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions des époux G à ce que soit infligée à M. B et Mme D une amende pour recours abusif sur le fondement de l'article R. 741-12 du code de justice administrative dès lors que cette faculté constitue un pouvoir propre du juge.
Les observations présentées par M. B et Mme D le 1er mars 2024 sur ce moyen ont été communiquées à la défense le 7 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier. Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Martin, rapporteure,
- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique,
- les observations de Me Mercurio, substituant Me Castagnon, représentant les requérants,
- les observations de Me Gaulmin, représentant les époux G,
- la commune n'étant ni présente ni représentée.
-
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 2 septembre 2020, le maire de la commune de Hyères a délivré à Mme C et M. A G, un permis de construire sur la parcelle cadastrée section AK n° 0064 située 20 rue Victor Basch à Hyères en vue de la régularisation du changement d'affectation d'un hangar et des combles de la construction existante, comprenant notamment la création d'une fenêtre de toit. Par arrêté du 4 août 2021, le maire de cette commune a refusé à M. et Mme G un permis de construire modificatif n° 1 sur cette même parcelle en vue de la modification des dimensions de deux fenêtres et de l'ajout d'une quatrième fenêtre ainsi que la modification de la clôture. Par arrêté du 21 octobre 2021, le maire de cette commune a accordé à M. et Mme G un permis de construire modificatif n°2 sur cette parcelle en vue de la modification des dimensions des fenêtres de toit et de la création d'une quatrième fenêtre de toit. Le 9 décembre 2021,
M. F B et Mme E D, propriétaires d'une maison individuelle sur la parcelle cadastrée section AK n° 0063 située 22 rue Victor Basch, ont formé un recours gracieux tendant au retrait des arrêtés du 2 septembre 2020 et du 21 octobre 2021. Par arrêté du 19 janvier 2022, le maire de la commune de Hyères a retiré l'arrêté du 21 octobre 2021 et refusé le permis de construire modificatif n° 2. Par leur requête, M. B et Mme D demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2022 en tant qu'il porte refus de retrait de l'arrêté du 2 septembre 2020.
Sur les conclusions principales :
En ce qui concerne l'office du juge :
2. Un tiers justifiant d'un intérêt à agir est recevable à demander, dans le délai de recours contentieux, l'annulation de la décision par laquelle l'autorité administrative a refusé de faire usage de son pouvoir d'abroger ou de retirer un acte administratif obtenu par fraude, quelle que soit la date à laquelle il l'a saisie d'une demande à cette fin. Dans un tel cas, il incombe au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, d'une part, de vérifier la réalité de la fraude alléguée et, d'autre part, de contrôler que l'appréciation de l'administration sur l'opportunité de procéder ou non à l'abrogation ou au retrait n'est pas entachée d'erreur manifeste, compte tenu notamment de la gravité de la fraude et des atteintes aux divers intérêts publics ou privés en présence susceptibles de résulter soit du maintien de l'acte litigieux soit de son abrogation ou de son retrait.
En ce qui concerne la la fraude :
3. Aux termes de l'article 3.3.5 de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine de la commune de Hyères : " Des châssis de toits de type tabatière, recoupés verticalement par un profil, pourront être acceptés sur certains versants de toiture, s'ils sont non visibles depuis l'espace public, encastrés dans le plan de la toiture, de taille maximum 0,58 x 0,78 m, posés dans le sens vertical, et susceptibles de ne pas perturber la composition de l'ensemble, par leur nombre ou leur situation ".
4. L'autorité administrative saisie d'une demande de permis de construire peut relever les inexactitudes entachant les éléments du dossier de demande relatifs au terrain d'assiette du projet, notamment sa surface ou l'emplacement de ses limites séparatives, et, de façon plus générale, relatifs à l'environnement du projet de construction, pour apprécier si ce dernier respecte les règles d'urbanisme qui s'imposent à lui. En revanche, le permis de construire n'ayant d'autre
1.
objet que d'autoriser la construction conforme aux plans et indications fournis par le pétitionnaire, elle n'a à vérifier ni l'exactitude des déclarations du demandeur relatives à la consistance du projet à moins qu'elles ne soient contredites par les autres éléments du dossier joint à la demande tels que limitativement définis par les dispositions des articles R. 431-4 et suivants du code de l'urbanisme, ni l'intention du demandeur de les respecter, sauf en présence d'éléments établissant l'existence d'une fraude à la date à laquelle l'administration se prononce sur la demande d'autorisation.
5. M. B et Mme D soutiennent que les époux G ont frauduleusement fait croire à la commune de Hyères que deux fenêtres de toit étaient existantes, dans le but de se soustraire aux dispositions de l'article 3.3.5 de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine de la commune de Hyères.
6. Il ressort des pièces du dossier que le plan de masse compris dans le dossier de demande de permis de construire déposé le 7 juillet 2020 fait apparaître deux tabatières de dimension de 70 x 80 cm sur les façades nord et sud de la toiture de la construction existante. D'une part, s'il est constant que la façade sud de cette toiture est visible depuis l'espace public, la défense fait valoir que tel n'est pas le cas de la façade nord, il ressort des pièces du dossier, et notamment des photographies produites par les requérants, que la façade nord de la toiture est visible depuis l'impasse du réal Baye. A ce titre, la seule circonstance que la photographie produite par les requérants a été prise depuis un local poubelle qui se situe sur le domaine privé, n'est pas de nature à remettre en cause cette visibilité depuis l'espace public eu égard à la configuration de l'impasse, laquelle permet une visibilité de cette toiture avant l'entrée dans ce local poubelle. Dans ces conditions, les deux façades de la toiture doivent être regardées comme étant visibles depuis l'espace public. D'autre part, en ce qui concerne la façade sud de la toiture, si les requérants soutiennent, en produisant une capture d'écran prise en 2020 depuis le site Google street, que les ouvertures existantes correspondent à des tuiles vitrées, il en ressort, de même que pour les photographies annexées au dossier de permis de construire, que cette façade comprend bien une tabatière. En ce qui concerne la façade nord de la toiture, les pétitionnaires font valoir que la photographie annexée dans le dossier de permis de construire sur laquelle figure trois puits de lumière, correspond à la façade nord. Toutefois, les requérants produisent une photographie prise en 2007 en limite nord-est du terrain sur laquelle ne figure aucune ouverture, ainsi que la capture d'écran précitée de 2020, prise depuis la rue Victor Basch, correspondant ainsi à la façade sud, sur laquelle figurent trois ouvertures, pouvant correspondre à ces puits de lumière. Ces éléments sont de nature à remettre en cause l'existence de la fenêtre de toit sur la façade nord de la toiture. Toutefois, et à supposer même que les plans comportaient la mention erronée selon laquelle il existait une fenêtre de toit sur la façade nord de la toiture, cette circonstance n'établit pas la fraude alléguée commise par les époux G afin d'obtenir de l'administration le permis délivré le 2 septembre 2020 dans le but d'échapper aux dispositions de l'article 3.3.5 de l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine. Par suite, le moyen doit être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défenses, que la requête de M. B et Mme D doit être rejetée.
Sur les conclusions accessoires :
8. En premier lieu, aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative :
" Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ".
9. La faculté prévue par ces dispositions constitue un pouvoir propre du juge, les conclusions des époux G tendant à ce que M. B et Mme D soient condamnés à une telle amende doivent être rejetées comme irrecevables.
10. En deuxième lieu, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. B et Mme D une somme de 2 000 euros à verser aux époux G et à la commune de Hyères au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
11. En troisième lieu, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions des époux G tendant à ce que les dépens soient mis à la charge de M. B et Mme D doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B et Mme D est rejetée.
Article 2 : M. B et Mme D verseront une somme de 2 000 euros aux époux G et à la commune de Hyères au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions des époux G présentées sur le fondement des articles R. 741-12 et R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F B et Mme E D, à M. A et Mme C G, ainsi qu'à la commune de Hyères.
Délibéré après l'audience du 26 juin 2024 à laquelle siégeaient :
M. Harang, président,
M. Quaglierini, premier conseiller, Mme Martin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.
La rapporteure,
Signé
K. Martin
Le président,
Signé Ph. Harang
Le greffier, Signé
P. Bérenger
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme, Le greffier.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026