lundi 8 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2200651 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | TROJMAN HENRI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 mars et 1er décembre 2022, M. D A, représenté par Me Trojman, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision expresse du 11 mai 2021 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a rejeté sa demande de détachement dans le corps de commandement du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire ;
2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a rejeté sa demande de détachement dans le corps des chefs des services pénitentiaires ;
3°) d'enjoindre à l'administration pénitentiaire de lui proposer un poste de chef des services pénitentiaires de catégorie A et, à défaut, un poste d'officier pénitentiaire de catégorie B à la direction interrégionale de Lyon, à défaut au centre de semi-liberté de Lyon ou, à défaut, à la maison d'arrêt de Lyon-Corbas ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision expresse du 11 mai 2021 est fondée sur un motif erroné au regard des dispositions de l'article 13 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 et du 1.1 du 1° du I de la circulaire du 19 novembre 2009 relative aux modalités d'application de la loi n° 2009-972 du 3 août 2009 relative à la mobilité et aux parcours professionnels dans la fonction publique, dès lors que les corps d'origine et d'accueil sont de niveau comparable ;
- la décision implicite de rejet est illégale au regard des mêmes dispositions dès lors que les corps d'origine et d'accueil appartiennent à la même catégorie et sont de niveau comparable ;
- les appréciations portées par sa hiérarchie sur sa manière de servir démontrent sa capacité à assurer les missions confiées à un officier pénitentiaire ;
- son supérieur hiérarchique a donné en février 2021 un avis favorable à sa demande de détachement dans le corps de commandement du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire ;
- à la date de présentation de ses demandes de détachement, les postes d'officier et de chef des services pénitentiaires étaient vacants.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 février 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant sont inopérants ou infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 2006-441 du 14 avril 2006 ;
- le décret n° 2019-50 du 30 janvier 2019 ;
- la circulaire du 19 novembre 2009 du ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales, du ministre du budget, des comptes publics, de la fonction publique et de la réforme de l'Etat, de la ministre de la santé et des sports et du secrétaire d'Etat à l'intérieur et aux collectivités territoriale, relative aux modalités d'application de la loi n° 2009-972 du 3 août 2009 relative à la mobilité et aux parcours professionnels dans la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 juin 2024 :
- le rapport de M. Cros ;
- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Trojman pour M. C A.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A est agent titulaire de la fonction publique de l'Etat au sein de l'administration pénitentiaire. Initialement titularisé le 29 juillet 2003 dans le corps des gradés et surveillants au grade de surveillant, il a été recruté le 31 août 2015 au sein du corps des conseillers pénitentiaires d'insertion et de probation, au grade de conseiller pénitentiaire d'insertion et de probation de classe normale. A compter du 1er septembre 2018, il a été affecté à l'antenne de Toulon du service pénitentiaire d'insertion et de probation du Var. Par une lettre du 10 janvier 2020, renouvelée le 15 mars 2021, il a sollicité son détachement dans le corps de commandement du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire. Par une décision expresse du 11 mai 2021, le garde des sceaux, ministre de la justice a rejeté sa demande. Puis, par une lettre du 26 mai 2021, renouvelée par une lettre du 3 novembre 2021 reçue le 15 novembre suivant, l'intéressé a demandé son détachement dans le corps des chefs des services pénitentiaires. Le silence gardé par le garde des sceaux, ministre de la justice a fait naître une décision implicite de rejet le 15 janvier 2022. M. C A demande principalement l'annulation de ces deux décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le cadre juridique du litige :
2. Aux termes de l'article 32 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, alors applicable : " Tout fonctionnaire est placé dans une des positions suivantes : / () 2° Détachement () ". Selon l'article 45 de la même loi : " Le détachement est la position du fonctionnaire placé hors de son corps d'origine mais continuant à bénéficier, dans ce corps, de ses droits à l'avancement et à la retraite. / Il est prononcé sur la demande du fonctionnaire () ". Aux termes de l'article 29 de cette loi : " Les fonctionnaires appartiennent à des corps qui comprennent un ou plusieurs grades et sont classés, selon leur niveau de recrutement, en catégories. / Ces corps groupent les fonctionnaires soumis au même statut particulier et ayant vocation aux mêmes grades ".
3. Aux termes de l'article 12 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicable : " I.-Le fonctionnaire est placé dans une des positions suivantes : / () 2° Détachement () ". Selon l'article 13 de la même loi : " Les corps () de fonctionnaires sont répartis en trois catégories désignées, dans l'ordre hiérarchique décroissant, par les lettres A, B et C. Ils sont régis par des statuts particuliers à caractère national, qui fixent le classement de chaque corps () dans l'une de ces catégories () ". L'article 13 bis de cette loi dispose que : " Tous les corps () sont accessibles aux fonctionnaires civils régis par le présent titre par la voie du détachement suivi, le cas échéant, d'une intégration, () nonobstant l'absence de disposition ou toute disposition contraire prévue par leurs statuts particuliers. / Le détachement () s'effectue entre corps () appartenant à la même catégorie et de niveau comparable, apprécié au regard des conditions de recrutement ou du niveau des missions prévues par les statuts particuliers. Le présent alinéa s'applique sans préjudice des dispositions plus favorables prévues par les statuts particuliers. / () Lorsque le corps () d'origine ou le corps () d'accueil ne relève pas d'une catégorie, le détachement () s'effectue entre corps () de niveau comparable () ".
4. Enfin, la circulaire du 19 novembre 2009 visée ci-dessus prévoit que : " I- Les dispositions d'application directe / () 1° Les nouveaux droits à la mobilité / () 1.1 L'assouplissement des conditions statutaires de détachement et d'intégration entre corps et cadres d'emplois de la fonction publique (art. 1er) / L'article 13 bis de la loi du 13 juillet 1983 élargit notablement les possibilités de détachement et d'intégration entre corps et cadres d'emplois de la fonction publique. / () D'autre part, cet article inscrit dans le statut général les conditions statutaires à respecter pour prononcer le détachement, suivi le cas échéant d'une intégration (). Il prévaut sur toute disposition contraire prévue par les statuts particuliers. / Deux conditions cumulatives sont fixées dans la loi : les corps () doivent être d'une part de même catégorie et d'autre part de niveau comparable. / La catégorie d'appartenance du corps () est définie dans le statut particulier. Pour les corps ne relevant pas de catégorie hiérarchique, par dérogation à l'article 29 de la loi du 11 janvier 1984, la loi prévoit que la mobilité, qu'elle soit "entrante" ou "sortante", doit s'accomplir entre corps () de niveau comparable. Seul ce critère doit ainsi être pris en compte. Sont notamment concernés les corps sous statut spécial () de l'administration pénitentiaire () ".
5. M. C A se prévaut des dispositions relatives aux conditions du détachement prévues non seulement par l'article 13 bis de la loi du 13 juillet 1983 mais aussi par le 1.1 du 1° du I de la circulaire du 19 novembre 2009. Si le garde des sceaux, ministre de la justice soutient que les dispositions de cette circulaire ne peuvent être utilement invoquées à défaut de caractère impératif, il résulte de leurs propres termes qu'en tout état de cause, ces dispositions se bornent à reprendre, sans y ajouter, celles de l'article 13 bis de la loi du 13 juillet 1983 selon lesquelles, par principe, le détachement est soumis à deux conditions cumulatives tenant à ce que le corps d'origine et le corps d'accueil appartiennent à la même catégorie et soient de niveau comparable, ce niveau étant apprécié au regard des conditions de recrutement ou du niveau des missions prévues par les statuts particuliers et, par exception, lorsque le corps d'origine ou le corps d'accueil ne relève pas d'une catégorie, le détachement est soumis à la seule condition que ces deux corps soient de niveau comparable.
En ce qui concerne la décision expresse du 11 mai 2021 refusant le détachement dans le corps de commandement du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire :
6. Aux termes de l'article 1er du décret du 30 janvier 2019 portant statut particulier du corps des conseillers pénitentiaires d'insertion et de probation : " Le corps des conseillers pénitentiaires d'insertion et de probation du ministère de la justice, régi par les dispositions du présent décret, est classé en catégorie A prévue à l'article 13 de la loi du 13 juillet 1983 ".
7. Il résulte des dispositions citées au point précédent que le corps des conseillers pénitentiaires d'insertion et de probation, qui est le corps d'origine de M. C A dans le cadre de sa demande de détachement, appartient à la catégorie A. Par ailleurs, il ressort des dispositions du titre II du décret du 14 avril 2006 portant statut particulier des corps du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire, qui régissent le corps de commandement du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire, que ce dernier, qui est celui dans lequel le requérant a demandé son détachement, ne relève pas d'une catégorie. Par suite, c'est à tort que la décision attaquée indique que le corps de commandement du personnel de surveillance appartiendrait à la catégorie B et que la " condition de similarité des catégories ", qui est en réalité une condition d'identité, ne serait pas remplie. Ce motif, qui est le seul mentionné dans la décision attaquée, est donc erroné.
8. Toutefois, dès lors que le corps d'accueil ne relève pas d'une catégorie, le détachement sollicité par M. C A est subordonné, en application des dispositions précitées de l'article 13 bis de la loi du 13 juillet 1983 reprises dans la circulaire du 19 novembre 2019, à la seule condition que les corps d'origine et d'accueil soient de niveau comparable, ce niveau étant apprécié au regard des conditions de recrutement ou du niveau des missions prévues par les statuts particuliers. Dans son mémoire en défense, le garde des sceaux, ministre de la justice soutient que ces deux corps ne sont pas de niveau comparable. Dès lors, il peut être regardé comme demandant une substitution de motifs sur ce point, consistant à substituer le motif tiré du défaut de niveau comparable entre corps d'origine et d'accueil, au motif erroné, censuré ci-dessus, tiré du défaut d'identité de catégorie entre les deux corps.
9. Il convient donc d'apprécier si le corps des conseillers pénitentiaires d'insertion et de probation, corps d'origine de M. C A, et le corps de commandement du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire, corps d'accueil, sont de niveau comparable au regard des conditions de recrutement ou du niveau des missions prévues par les statuts particuliers.
10. S'agissant du recrutement, l'article 6 du décret du 30 janvier 2019 portant statut particulier du corps des conseillers pénitentiaires d'insertion et de probation dispose, dans sa rédaction applicable à la date de la décision en litige, que : " Les conseillers pénitentiaires d'insertion et de probation sont recrutés : / 1° Par la voie d'un concours externe sur épreuves ouvert aux candidats titulaires d'un titre ou diplôme homologué au moins au niveau II ou qui justifient d'un diplôme, d'un titre ou d'une qualification professionnelle reconnus comme équivalents dans les conditions prévues par le décret du 13 février 2007 susvisé ; / 2° Par la voie d'un concours externe sur titres ouvert aux candidats titulaires d'un diplôme homologué au moins au niveau II dans les domaines social ou éducatif ou d'une qualification reconnue comme équivalente à ce diplôme par une commission dont la composition et le fonctionnement sont fixés par arrêté conjoint du garde des sceaux, ministre de la justice et du ministre chargé de la fonction publique ; / 3° Par la voie d'un concours interne sur épreuve ouverts aux fonctionnaires et agents de l'Etat et de ses établissements publics, des collectivités territoriales et des établissements publics qui en dépendent, de la fonction publique hospitalière, aux militaires et aux agents en fonction dans une organisation intergouvernementale internationale qui justifient de quatre ans de services publics à la date d'ouverture du concours ; / 4° Par la voie d'un concours ouvert aux candidats justifiant de l'exercice, pendant au moins cinq ans au cours des dix années précédant la date d'ouverture du concours, d'une ou plusieurs des activités mentionnées au 3° de l'article 19 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée. Les périodes au cours desquelles l'exercice d'une ou plusieurs activités ou d'un ou plusieurs mandats aura été simultané ne sont prises en compte qu'à un seul titre () ". Aux termes de l'article 21 du décret du 14 avril 2006 portant statut particulier des corps du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire : " Le corps de commandement comprend deux grades : / 1° Un grade de lieutenant et capitaine pénitentiaires () ; les lieutenants prennent le titre de capitaine lorsqu'ils atteignent le 5e échelon de leur grade ; / 2° Un grade de commandant pénitentiaire () ". Selon l'article 23 du même décret : " Les lieutenants pénitentiaires sont recrutés : / 1° Par deux concours distincts : / a) Le premier, dans la limite de 30 % des emplois à pourvoir, ouvert aux candidats titulaires d'un diplôme au moins de niveau 5 ou justifiant d'un autre titre ou diplôme ou d'une qualification professionnelle reconnus comme équivalents dans les conditions prévues par le décret n° 2007-196 du 13 février 2007 relatif aux équivalences de diplômes requises pour se présenter aux concours d'accès aux corps et cadres d'emplois de la fonction publique (). / b) Le second, dans la limite de 40 % des emplois à pourvoir, ouvert aux fonctionnaires et agents de l'Etat et de ses établissements publics, des collectivités territoriales et des établissements publics qui en dépendent, des établissements publics mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relative à la fonction publique hospitalière, aux militaires et aux agents en fonction dans une organisation intergouvernementale internationale. Ces candidats doivent justifier de quatre ans de services publics à la date d'ouverture du concours. / () 2° Dans la limite de 25 % des emplois à pourvoir, par examen professionnel sur épreuves ouvert aux premiers surveillants et majors pénitentiaires qui comptent douze ans de services effectifs dans le corps d'encadrement et d'application régi par le titre Ier du présent décret, dont quatre ans au moins en qualité de premier surveillant ou de major pénitentiaire ; / 3° Dans la limite de 5 % des emplois à pourvoir, au choix, parmi les majors et les premiers surveillants pénitentiaires et qui, au 1er janvier de l'année d'établissement de la liste d'aptitude, ont accompli au moins douze ans de services effectifs dans le corps d'encadrement et d'application, dont cinq ans en qualité de premier surveillant ou de major pénitentiaire () ".
11. Ainsi qu'en conviennent les parties, le recrutement dans le corps de commandement du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire, qui est de niveau 5 c'est-à-dire Bac +2, est de niveau inférieur à celui du corps des conseillers pénitentiaires d'insertion et de probation, qui est de niveau II c'est-à dire Bac +3/+4. Dès lors, les conditions de recrutement entre corps d'origine et corps d'accueil ne sont pas comparables. Contrairement à ce que soutient M. C A, cette circonstance n'est pas indifférente, aux termes des dispositions de l'article 13 bis de la loi du 13 juillet 1983 comme d'ailleurs de celles de la circulaire du 19 novembre 2019, pour apprécier le respect de la condition de niveau comparable entre les deux corps.
12. S'agissant du niveau des missions statutaires, l'article 4 du décret du 30 janvier 2019 portant statut particulier du corps des conseillers pénitentiaires d'insertion et de probation dispose que : " Les conseillers pénitentiaires d'insertion et de probation exercent les attributions qui leur sont conférées par les lois et règlements dans l'objectif de prévention de la commission de nouvelles infractions et d'insertion ou de réinsertion sociale des personnes placées sous main de justice. / Dans le cadre des mesures alternatives aux poursuites pénales, des mesures ou peines restrictives ou privatives de liberté, ils procèdent à l'évaluation initiale et continue de la situation globale des personnes confiées par l'autorité judiciaire. Ils sont chargés de la conception et de la mise en œuvre du parcours et de l'accompagnement individualisé de l'exécution de la ou des peines et des mesures des personnes confiées, incluant le cas échéant le respect de leurs obligations judiciaires. / Compte tenu de leur expertise en matière de décisions de justice et d'accompagnement socio-éducatif, de leurs connaissances en criminologie et de l'impact de leurs actions sur l'exercice des libertés individuelles des personnes qui leur sont confiés, ils contribuent à la politique d'individualisation des peines ainsi qu'au développement des alternatives à l'incarcération et des aménagements de peine, selon les conditions prévues par le code de procédure pénale. / Ils contribuent à la conception, à la mise en œuvre et à l'animation de partenariats de proximité répondant aux besoins des personnes accompagnées. Ils œuvrent plus particulièrement au travail sur le sens de la peine afin de concourir au maintien ou à la restauration de l'autonomie et à la responsabilisation des personnes suivies. Au sein des établissements pénitentiaires, ils contribuent notamment à la prévention des effets désocialisants de l'incarcération et à la préparation à la sortie des personnes détenues. / Placés sous l'autorité hiérarchique des directeurs pénitentiaires d'insertion et de probation, ils sont à titre principal affectés au sein d'un service pénitentiaire d'insertion et de probation. Ils peuvent également être affectés en direction interrégionale, à l'Ecole nationale d'administration pénitentiaire, dans l'un des centres nationaux d'évaluation ou à l'administration centrale ". Aux termes de l'article 22 du décret du 14 avril 2006 portant statut particulier des corps du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire : " Les fonctionnaires du corps de commandement participent à l'élaboration de la politique définie par le chef d'établissement pour la prise en charge des personnes faisant l'objet d'une mesure privative ou restrictive de liberté. Ils coordonnent sa mise en oeuvre, dans le cadre de l'exécution des décisions et sentences pénales et du maintien de la sécurité générale de l'établissement. / Ils sont chargés du commandement des fonctionnaires du corps d'encadrement et d'application. Ils assurent les fonctions de responsable d'un service dans les établissements pénitentiaires. Ils peuvent être affectés dans tout autre service relevant de l'administration pénitentiaire. / Ils peuvent également exercer la fonction de chef d'établissement , d'adjoint au chef d'établissement, de chef de détention ou d'adjoint au chef de détention dans les établissements pénitentiaires dont la liste est fixée par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, en fonction de leur type et de leur capacité d'accueil. Ils ne peuvent occuper le même poste que pour une durée maximale de sept ans. / Ils exercent leurs missions en tenue ou en civil selon la nature des fonctions assurées ".
13. Il ressort de ces dispositions, d'une part, que les membres du corps des conseillers pénitentiaires d'insertion et de probation ont notamment pour missions d'aider à la prise de décision judiciaire, de participer à l'individualisation des peines et à leur exécution, de proposer des mesures d'aménagement de peine au magistrat compétent, de veiller au respect des obligations prononcées par l'autorité judiciaire et d'aider les personnes incarcérées dans leurs démarches d'insertion. Ils exercent ces missions aussi bien en milieu fermé au sein des établissements pénitentiaires, qu'en milieu ouvert dans le cadre des mesures alternatives à l'incarcération. D'autre part, les membres du corps de commandement du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire ont notamment pour missions, au sein des établissements pénitentiaires, d'encadrer les équipes de surveillance afin d'assurer la sécurité générale et l'exécution des décisions de l'autorité judiciaire, de participer à l'élaboration et de coordonner la mise en œuvre de la politique définie par le chef d'établissement et, dans certains établissements énumérés par arrêté, d'exercer des fonctions de direction. Bien que ces deux corps relèvent de deux filières différentes, d'insertion et de probation pour le premier et de surveillance pour le second, ils font tous deux partie, ainsi que le soutient le requérant, des personnels pénitentiaires chargés d'assurer la prise en charge des personnes placées sous main de justice, qu'elles soient condamnées à une peine ou prévenues. Le garde des sceaux, ministre de la justice, qui se borne à citer les dispositions mentionnées au point précédent, n'apporte aucun argument de nature à démontrer la différence de niveau qu'il allègue. Dans ces conditions, le niveau des missions prévues par les statuts particuliers du corps d'origine de M. C A doit être regardé comme comparable à celui du corps d'accueil dans lequel l'intéressé a sollicité son détachement. Ce critère du niveau des missions statutaires étant, aux termes mêmes de des dispositions de l'article 13 bis de la loi du 13 juillet 1983, alternatif à celui des conditions de recrutement, la condition tenant au niveau comparable des corps d'origine et d'accueil est satisfaite. Par suite, la décision attaquée méconnaît ces dispositions et la demande de substitution de motifs doit être écartée.
14. Il résulte de ce qui précède que la décision expresse du 11 mai 2021 doit être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre cette décision.
En ce qui concerne la décision implicite du 15 janvier 2022 refusant le détachement dans le corps des chefs des services pénitentiaires :
15. Il ressort des dispositions du titre II bis du décret du 14 avril 2006 portant statut particulier des corps du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire que le corps des chefs des services pénitentiaires, dans lequel M. C A a sollicité son détachement, ne relève pas d'une catégorie. L'intéressé n'est donc pas fondé à soutenir que ce corps serait de la même catégorie que celui des conseillers pénitentiaires d'insertion et de probation.
16. Toutefois, dès lors que le corps d'accueil ne relève pas d'une catégorie, il convient d'apprécier si, comme le soutient le requérant, ce corps et son corps d'origine sont de niveau comparable au regard des conditions de recrutement ou du niveau des missions prévues par les statuts particuliers.
17. S'agissant du recrutement, aux termes de l'article 38-2 du décret du 14 avril 2006 portant statut particulier des corps du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire, alors applicable : " 1° Un grade de chef des services pénitentiaires de classe normale () ; / 2° Un grade de chef des services pénitentiaires hors classe () ; / 3° Un grade de chef des services pénitentiaires de classe exceptionnelle () / Le grade de chef des services pénitentiaires de classe exceptionnelle donne vocation à exercer des fonctions correspondant à un niveau élevé de responsabilité ". Selon l'article 38-4 du même décret : " Les membres du corps des chefs des services pénitentiaires sont recrutés dans le grade de classe normale : / 1° Par deux concours distincts () : / a) Le premier, dans la limite de 50 % des emplois à pourvoir, ouvert aux candidats titulaires d'un titre ou diplôme au moins de niveau 6 ou justifiant d'un titre ou diplôme ou d'une qualification professionnelle reconnus comme équivalents dans les conditions prévues par le décret du 13 février 2007 précité (). / b) Le second, dans la limite de 20 % des emplois à pourvoir, ouvert aux fonctionnaires et agents de l'Etat, des collectivités territoriales et des établissements publics qui en dépendent, des établissements publics mentionnés à l'article 2 de la loi du 9 janvier 1986 précitée, aux militaires et aux agents en fonction dans une organisation intergouvernementale internationale. Ces candidats doivent justifier de quatre ans de services publics à la date d'ouverture du concours. / () 2° Dans la limite de 25 % des emplois à pourvoir, par examen professionnel ouvert aux fonctionnaires du corps de commandement du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire prévu au titre II du présent décret détenant le grade de commandant pénitentiaire ou justifiant d'au moins treize ans de services dans le corps de commandement ; / 3° Dans la limite de 5 % des emplois à pourvoir par voie d'inscription sur une liste d'aptitude, parmi les commandants pénitentiaires justifiant au 1er janvier de l'année d'établissement de la liste d'aptitude de vingt ans au moins de services effectifs au sein de l'administration pénitentiaire, dont deux ans au moins en qualité de commandant pénitentiaire () ".
18. Il résulte de ces dispositions que le recrutement dans le corps des chefs des services pénitentiaires, qui est de niveau 6 c'est-à-dire Bac +3/+4, est de même niveau que celui du corps des conseillers pénitentiaires d'insertion et de probation, qui est de niveau II c'est-à dire également Bac +3/+4. Dès lors, les conditions de recrutement entre corps d'origine et corps d'accueil sont comparables. Compte tenu de son caractère alternatif, ce critère suffit à permettre de regarder ces deux corps comme étant de niveau comparable au sens des dispositions de l'article 13 bis de la loi du 13 juillet 1983, ce que le garde des sceaux, ministre de la justice, qui n'a pas défendu sur les conclusions dirigées contre la décision implicite du 15 janvier 2022, ne conteste pas. Par suite, cette décision méconnaît ces dernières dispositions.
19. Il résulte de ce qui précède que la décision implicite du 15 janvier 2022 doit être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre cette décision.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
20. La double annulation prononcée par le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice de réexaminer les demandes de détachement de M. C A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
21. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. C A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision expresse du 11 mai 2021 et la décision implicite du 15 janvier 2022 par lesquelles le garde des sceaux, ministre de la justice a rejeté les demandes de M. C A tendant à son détachement respectivement dans le corps de commandement du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire et dans le corps des chefs des services pénitentiaires, sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice de réexaminer les demandes de détachement de M. C A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. C A une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions à fin d'injonction de M. C A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 17 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bernabeu, présidente,
M. Cros et M. B, premiers conseillers.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.
Le rapporteur,
Signé
F. CROS
La présidente,
Signé
M. BERNABEU
La greffière,
Signé
E. PERROUDON
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026