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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2200673

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2200673

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2200673
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantREINHART - MARVILLE - TORRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 mars 2022 et le 13 mars 2023, la société Corsica Ferries, représentée par Me Levain, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 décembre 2021 du préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) portant règlement local de la station de pilotage de Toulon-La Seyne ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice substantiel dès lors que les informations communiquées aux membres de l'assemblée commerciale concernant les modalités de répartition de la masse partageable ont été insuffisantes ;

- il ne fixe pas les conditions de partage des rémunérations entre les pilotes, en méconnaissance de l'article L. 5341-10 du code des transports ;

- les tarifs de pilotage sont disproportionnés au regard du service rendu.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2023, le préfet de la région PACA conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que la société requérante ne justifie pas de la qualité de la personne physique qui la représente ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une intervention en défense, enregistrée le 23 décembre 2022, la Fédération française des pilotes maritimes et le syndicat professionnel des pilotes pratiques agréés du port de Toulon-La Seyne, représentés par le cabinet HFW, demandent au tribunal de rejeter la requête et de mettre à la charge de la société requérante la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la requête est irrecevable comme tardive ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des transports ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Montalieu, conseillère,

- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,

- et les observations de M. A, représentant le syndicat professionnel des pilotes pratiques agréés du port de Toulon-La Seyne ;

- les parties et la Fédération française des pilotes maritimes n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par l'arrêté contesté du 23 décembre 2021, le préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur a adopté le nouveau règlement local de la station de pilotage de Toulon-La Seyne.

Sur l'intervention de la Fédération Française des Pilots Maritimes et du syndicat professionnel des pilotes pratiques agréés du port de Toulon-La Seyne-sur-Mer :

2. La Fédération Française des Pilotes Maritimes et le Syndicat professionnel des pilotes pratiques agréés du port de Toulon-La Seyne-sur-Mer ont intérêt au maintien de la décision attaquée. Par suite, leur intervention est recevable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 5341-10 du code des transports : " Pour l'application de la présente section, l'autorité administrative compétente de l'Etat détermine les stations de pilotage. / Elle prend un règlement particulier à chaque station. / Ce règlement détermine notamment : / 1° Lorsque les rémunérations des pilotes sont mises en commun, les conditions de leur partage ; / 2° Les taux et les conditions d'allocations des pensions, le régime financier des caisses de pensions et le montant des retenues à opérer sur les recettes de la station pour l'alimentation de ces caisses. ". Aux termes de l'article R. 5341-56 de ce code : " Sauf les exceptions prévues par les règlements locaux, les rémunérations sont mises en commun dans les stations où le service se fait au tour de liste. Un règlement intérieur, arrêté d'accord avec les intéressés, fixe les conditions dans lesquelles sont réparties aux ayants droit les recettes du pilotage. ".

4. La société requérante soutient que les dispositions relatives aux pensions du pilotage ne pouvaient être retirées du règlement local de la station pour être insérées dans son règlement intérieur. Toutefois, il résulte de la lecture combinée des dispositions précitées que les éléments relatifs aux salaires des pilotes et aux pensions de retraite, notamment les modalités de répartition de la masse partageable, sont fixées par le règlement intérieur de la station de pilotage, et non par le règlement local dont le contenu est défini par l'article R. 5341-47 du code des transports. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 5341-10 du code des transports doit être écarté.

5. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui vient d'être dit au point précédent et dès lors que le poste des dépenses relatives aux charges de personnel, qui inclut la " masse partageable ", est exclusivement consacré au financement des prestations du service de pilotage, de sorte que le seul chiffre global de ces dépenses permet aux membres de l'assemblée commerciale de se prononcer utilement sur les tarifs envisagés, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que les informations transmises aux membres de l'assemblée commerciale concernant les modalités de répartition de la masse partageable étaient insuffisantes. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure doit être écarté.

6. En dernier lieu, une redevance pour service rendu doit essentiellement trouver une contrepartie directe dans la prestation fournie par le service et, par conséquent, correspondre à la valeur économique de la prestation ou du service.

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que pour fixer les tarifs du service de pilotage de Toulon-La Seyne pour l'année 2022, il a été tenu compte de la dette d'amortissement de 2020, faisant suite à la pandémie de covid-19, de l'inflation, notamment de la hausse des prix de l'énergie, et de l'augmentation prévisionnelle de l'activité de la station. Il ressort également des pièces du dossier que les dépenses de la station de pilotage sont composées des frais de fonctionnement, des dotations aux amortissements, du remboursement de la dette d'amortissement de 2020 et des traitements et pensions chargées. L'ensemble de ces charges sont exclusivement liées au coût du service, de sorte que la société requérante n'est pas fondée à soutenir que certains postes de dépenses, en particulier celui relatif aux charges de personnel, qui inclut " la masse partageable ", doivent être détaillés pour pouvoir être utilement pris en compte dans la fixation des tarifs. D'autre part, la société requérante soutient que les tarifs fixés ne trouvent pas de contrepartie directe dans les services fournis aux usagers dans la mesure où les coûts de la station ne correspondent pas à ceux qu'engagerait " une entreprise efficace ". En particulier, elle soutient que le coût lié à la rémunération des pilotes actifs est trop important compte tenu de la baisse d'activité par rapport à 2019. Toutefois, la société requérante n'apporte, au soutien de ses allégations, aucun élément de nature à démontrer que les montants des redevances sont supérieurs à la valeur économique du service, notamment en procédant à une comparaison entre les revenus des pilotes et ceux des commandants de navire et non entre les coûts de fonctionnement de différentes stations de pilotage. En outre, il ressort au contraire des comptes de résultats établis pour les années 2019 à 2022 que les charges de personnel prévisionnelles pour 2022, tenant compte de l'augmentation des tarifs, sont inférieures à celles de 2019 de 25 %, alors que la différence prévisionnelle de recettes entre 2019 et 2022 n'est que de moins 20 %. Dans ces conditions, le moyen tiré du caractère manifestement disproportionné des tarifs de pilotage doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 23 décembre 2021 portant règlement local de la station de pilotage de Toulon-La Seyne doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que la société requérante demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Les conclusions présentées au même titre par la Fédération française des pilotes maritimes et le syndicat professionnel des pilotes pratiques agréés du port de Toulon-La Seyne, qui ne sont pas parties au litige, ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : L'intervention de la Fédération française des pilotes maritimes et du syndicat professionnel des pilotes pratiques agréés du port de Toulon-La Seyne est admise.

Article 2 : La requête de la société Corsica Ferries est rejetée.

Article 3 : Les conclusions de la Fédération française des pilotes maritimes et du syndicat professionnel des pilotes pratiques agréés du port de Toulon-La Seyne présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Corsica Ferries, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, à la Fédération française des pilotes maritimes et au syndicat professionnel des pilotes pratiques agréés du port de Toulon-La Seyne

Copie en sera adressée au préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2021, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

M. Zouhaïr Karbal, conseiller,

Mme Mathilde Montalieu, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

M. MONTALIEU

Le président,

Signé

Ph. HARANG

La greffière,

Signé

A. CAILLEAUX

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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