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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2200747

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2200747

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2200747
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMARION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 mars 2022 et 7 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Marion, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 septembre 2021 par lequel le maire de la commune d'Ollioules lui a refusé un permis de construire modificatif ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Ollioules la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est illégal dès lors que les modifications apportées à son projet initial rentraient dans le champ matériel du permis de construire modificatif ;

- il est illégal dès lors qu'il justifie, par le recours à un architecte en cours d'instance,

de la régularisation de la méconnaissance de l'article R. 431-2 du code de l'urbanisme ;

- il est illégal dès lors que les modifications apportées au projet s'insèrent dans l'environnement.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 14 juin 2022 et 10 janvier 2024,

la commune d'Ollioules, représentée par Me Faure-Bonaccorsi, conclut au rejet de la requête et

à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Martin, rapporteure,

- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique,

- les observations de Me Haas, substituant Me Faure-Bonaccorsi, représentant la commune de Saint-Cyr-sur-Mer,

- le requérant n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A est propriétaire des parcelles cadastrées section CZ n° 205 et n° 206 situées 1295 chemin de la Courtine, dans le lieu-dit de La Courtine, dans la commune d'Ollioules. Le 6 août 2021, il a déposé auprès des services communaux un dossier de permis de construire modificatif en vue de la création d'un étage, de la modification de la hauteur, de l'emprise au sol et de la surface de plancher, du changement d'affectation du garage en habitation et de la modification des façades et de la toiture. Le maire de la commune d'Ollioules a, par un arrêté du 2 septembre 2021, refusé le permis de construire modificatif sollicité. Par sa requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Pour refuser la délivrance du permis de construire modificatif sollicité par M. A, le maire de la commune d'Ollioules s'est fondé sur la circonstance que les modifications apportées au projet étaient de nature à remettre en cause l'économie générale du projet ne pouvant dès lors faire l'objet d'un permis de construire modificatif, sur la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-2 du code de l'urbanisme en raison de l'absence de recours à un architecte, ainsi que de celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme en raison de l'absence d'insertion du projet dans son environnement.

3. En premier lieu, l'autorité compétente, saisie d'une demande en ce sens, peut délivrer au titulaire d'un permis de construire en cours de validité un permis modificatif, tant que la construction que ce permis autorise n'est pas achevée, dès lors que les modifications envisagées n'apportent pas à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

4. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 8 novembre 2019, le maire de la commune d'Ollioules a délivré à M. A un permis de construire en vue de la construction d'une villa en rez-de-chaussée d'une surface plancher de 149,58 m². Le 6 août 2021, M. A a déposé une demande de permis de construire modificatif en vue de la modification des ouvertures, de la transformation de destination de son garage en surface habitable, de l'ajout d'un étage partiel avec solarium incorporé dans le bâti et de la modification de la toiture, ramenant ainsi la surface plancher à 232,98 m². Si de telles modifications sont de nature à remettre en cause la conception générale du projet, elles ne sont pas de nature à en changer la nature même, seul critère relatif à l'ampleur et la consistance des travaux permettant d'identifier le champ d'application du permis de construire modificatif. Dans ces conditions, le maire de la commune d'Ollioules ne pouvait légalement opposer le motif tiré de ce que les modifications ne pouvaient pas faire l'objet d'un permis modificatif. Par suite, le moyen doit être accueilli.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-2 du code de l'urbanisme : " Pour l'application de l'article 4 de la loi n° 77-2 du 3 janvier 1977 sur l'architecture, ne sont toutefois pas tenues de recourir à un architecte les personnes physiques, les exploitations agricoles ou les coopératives d'utilisation de matériel agricole agréées au titre de l'article L. 525-1 du code rural et de la pêche maritime qui déclarent vouloir édifier ou modifier pour elles-mêmes : / a) Une construction à usage autre qu'agricole dont la surface de plancher n'excède pas cent cinquante mètres carrés ; () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que, par sa demande de permis modificatif, la surface de plancher du projet de M. A, dont il est constant qu'il n'a pas de vocation agricole, passe de 149,52 m² à 232,98 m², imposant ainsi le recours à un architecte. Or, il est constant que M. A n'a pas eu recours au service d'un architecte pour le dépôt de sa demande de permis de construire modificative du 6 août 2021. S'il soutient qu'il a régularisé cette irrégularité par le recours au service d'un architecte pour redessiner les plans du projet, cette circonstance, si elle est de nature à régulariser l'irrégularité dans le cadre d'un nouveau permis modificatif, est postérieure à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, et alors qu'il n'est ni allégué ni établi que M. A aurait déposé une demande de permis modificatif à ce titre, le maire d'Ollioules pouvait légalement refuser la demande de M. A du 6 août 2021 au motif de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-2 du code de l'urbanisme.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

8. Il résulte de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme que, si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou encore à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé, dans le second temps du raisonnement, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux mentionnés par cet article et, le cas échéant, par le plan local d'urbanisme de la commune. Pour apprécier aussi bien la qualité du site que l'impact de la construction projetée sur ce site,

il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, de prendre en compte l'ensemble des éléments pertinents et notamment, le cas échéant, la covisibilité du projet avec des bâtiments remarquables, quelle que soit la protection dont ils bénéficient par ailleurs au titre d'autres législations.

9. Aux termes de l'article UD 11 du plan local d'urbanisme de la commune d'Ollioules : " Les constructions sur toutes leurs faces doivent présenter un aspect en harmonie avec le site, le paysage, les lieux, les formes, les couleurs, les matériaux. Une palette de couleurs est disponible en mairie pour choisir la couleur des matériaux des constructions. / L'aspect et l'implantation des constructions doivent s'intégrer dans le paysage en respectant la morphologie des lieux. En particulier, l'implantation des constructions devra s'intégrer dans l'ordonnancement de la structure urbaine (rues, parcellaire, bâti existant, etc ). () ".

10. Il est constant que le projet est situé dans le hameau agricole de la Courtine, secteur caractérisé comme accueillant des corps de fermes, classés en bâtiments remarquables et accueille plusieurs exploitations agricoles. Le terrain d'assiette du projet est bordé au nord par une vaste étendue d'arbres, à l'ouest et à l'est, par des constructions à usage d'habitation, et au sud, par une ferme imposante classée. Toutefois, eu égard à la nature du projet, qui consiste dans

la modification des ouvertures, le remplacement d'un garage par de la surface habitable, l'ajout d'un seul étage, seulement partiel avec solarium incorporé au bâti, et la modification de la toiture par une toiture à trois pentes, ledit projet, qui est certes en covisibilité de la ferme classée

en bâtiment remarquable, n'est pas de nature à porter atteinte à l'intérêt des lieux avoisinants,

en méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et

de l'article UD 11 du plan local d'urbanisme de la commune d'Ollioules. Dans ces conditions,

le maire de cette commune ne pouvait légalement refuser le permis de construire modificatif sur ce motif. Par suite, le moyen doit être accueilli.

11. Il résulte de ce qui précède que les motifs tirés de la méconnaissance du champ

du permis de construire modificatif et des dispositions des articles R. 111-27 du code de l'urbanisme et UD 11 du plan local d'urbanisme de la commune d'Ollioules sont illégaux. Toutefois, le maire de cette commune aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que le seul motif, légal, tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-2 du code de l'urbanisme.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 2 septembre 2021 doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la commune d'Ollioules qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. A la somme demandée par la commune d'Ollioules au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune d'Ollioules présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune d'Ollioules.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024 à laquelle siégeaient :

J.-F. Sauton, président,

B. Quaglierini, premier conseiller,

K. Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

La rapporteure,

signé

K. Martin

Le président,

signé

J.-F. Sauton

Le greffier,

signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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