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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2200773

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2200773

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2200773
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantVARRON CHARRIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête enregistrée le 18 mars 2022, M. A B, représenté par Me Varron Charrier, demande au tribunal : 1°) d'annuler la décision du 19 janvier 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier d'Hyères-les-Palmiers l'a suspendu de ses fonctions à compter du 20 janvier 2022, jusqu'à la production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination ; 2°) d'enjoindre au directeur du centre hospitalier d'Hyères-les-Palmiers de procéder à la reconstitution de sa carrière, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ; 3°) de mettre à la charge du centre hospitalier d'Hyères-les-Palmiers la somme de 3 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il soutient que : - il n'a pas été convoqué à un entretien, comme prévu par l'article 1 de la loi du 5 août 2021 ; - la décision attaquée est illégale, dès lors qu'il était en possession d'un certificat de rétablissement, valable jusqu'au 31 juillet 2022 ; - elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il aurait dû être placé en congé de maladie ordinaire. Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2022, le centre hospitalier d'Hyères-les-Palmiers conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ; - le décret n°88-386 du 19 avril 1988 ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Hélayel, conseiller, - les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public, - les observations de Mme C, représentant le centre hospitalier d'Hyères-les-Palmiers. Considérant ce qui suit : 1. M. A B, né le 15 février 1981, était employé par le centre hospitalier d'Hyères-les-Palmiers, en qualité de brancardier. Par une décision du 19 janvier 2022, M. B a été suspendu de ses fonctions à compter du 20 janvier suivant. Le 15 février 2022, la suspension de M. B a été levée à compter du 8 février 2022. Sur le cadre juridique applicable au litige : 2. Aux termes de l'article 1 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " () Lorsqu'un agent public soumis à l'obligation prévue aux 1° et 2° du A du présent II ne présente pas les justificatifs, certificats ou résultats dont ces dispositions lui imposent la présentation et s'il ne choisit pas d'utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés, ce dernier lui notifie, par tout moyen, le jour même, la suspension de ses fonctions ou de son contrat de travail. Cette suspension, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent produit les justificatifs requis. () ". 3. Aux termes de l'article 12 de la même loi : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique () / II. - Un décret, pris après avis de la Haute Autorité de santé, détermine les conditions de vaccination contre la covid-19 des personnes mentionnées au I du présent article. Il précise les différents schémas vaccinaux et, pour chacun d'entre eux, le nombre de doses requises. / Ce décret fixe les éléments permettant d'établir un certificat de statut vaccinal pour les personnes mentionnées au même I et les modalités de présentation de ce certificat sous une forme ne permettant d'identifier que la nature de celui-ci et la satisfaction aux critères requis. Il détermine également les éléments permettant d'établir le résultat d'un examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 et le certificat de rétablissement à la suite d'une contamination par la covid-19. () " Aux termes de l'article 13 de la même loi : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : / 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12. Avant la fin de validité de ce certificat, les personnes concernées présentent le justificatif prévu au premier alinéa du présent 1°. () / () 2° Ne pas être soumises à cette obligation en présentant un certificat médical de contre-indication. () / II. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 justifient avoir satisfait à l'obligation prévue au même I ou ne pas y être soumises auprès de leur employeur lorsqu'elles sont salariées ou agents publics. () ". Enfin, aux termes de l'article 14 de la loi : " () A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. / () III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. () ". Sur les conclusions à fin d'annulation : 4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que ce n'est que le 28 janvier 2022, soit postérieurement à la décision attaquée, que M. B a été diagnostiqué positif au virus de la covid-19. Ainsi, son certificat de rétablissement n'a été transmis à son employeur que le 7 mars 2022. Par suite, ces circonstances sont sans incidence sur la légalité de la décision en litige et ce moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant. 5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 14 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière : " Sous réserve des dispositions de l'article 15 ci-dessous, en cas de maladie dûment constatée le mettant dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, le fonctionnaire hospitalier est de droit placé en congé de maladie. " Aux termes de l'article 15 du même décret, dans sa rédaction applicable au présent litige : " () Les fonctionnaires bénéficiaires d'un congé de maladie doivent se soumettre au contrôle exercé par l'autorité investie du pouvoir de nomination. Cette dernière peut faire procéder à tout moment à la contre-visite de l'intéressé par un médecin agréé ; le fonctionnaire doit se soumettre, sous peine d'interruption de sa rémunération, à cette contre-visite. / Le comité médical compétent peut être saisi par l'administration ou par l'intéressé des conclusions du médecin agréé. " 6. Il ressort des pièces du dossier que M. B a transmis à son employeur des arrêts de travail à compter du 30 août 2021, prolongés jusqu'au 24 janvier 2022. Toutefois, par un courrier du 21 octobre 2021, l'intéressé a été convoqué à un contrôle médical devant se dérouler le 8 décembre 2021. Par un courrier du 6 janvier 2022, le directeur des ressources humaines de l'hôpital l'a informé de ce que le médecin agréé avait considéré que son arrêt de travail n'était plus justifié par des raisons médicales, lui a proposé un poste au sein d'un autre service et l'a informé de ce que la fiche de poste de ce nouvel emploi lui serait proposée le 13 janvier suivant. Dans ces conditions, M. B n'était plus, de droit, placé en congé de maladie. Par suite, le directeur de l'établissement était tenu de le suspendre de ses fonctions. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision attaquée ne peut qu'être écarté comme inopérant. 7. En troisième lieu, il résulte des dispositions de la loi du 5 août 2021 rappelées aux points 2 et 3 du présent jugement que le directeur du centre hospitalier était tenu de prononcer la mesure de suspension attaquée, dès lors que M. B ne s'est pas conformé à l'obligation vaccinale qui s'imposait à lui. Or, l'autre moyen soulevé par le requérant ne tend pas à remettre en cause le principe même de la compétence liée dans laquelle se trouvait l'administration. Par suite, ce moyen doit également être écarté comme inopérant. 8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte : 9. Par voie de conséquence, ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées. Sur les frais du litige : 10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier d'Hyères-les-Palmiers, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. D É C I D E :Article 1er : La requête de M. B est rejetée.Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur du centre hospitalier d'Hyères-les-Palmiers.Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :M. Philippe Harang, président, M. Zouhaïr Karbal, conseiller,M. David Hélayel, conseiller. Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024. Le rapporteur,SignéD. HELAYEL Le président, Signé Ph. HARANGLa greffière,SignéF. POUPLYLa République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.Pour expédition conforme,La greffière,2N° 2200773

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