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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2200786

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2200786

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2200786
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantHOFFMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 mars 2022, Mme A C, représentée par Me Hoffmann, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 janvier 2022 par laquelle le centre hospitalier de Hyères a refusé sa réintégration et son reclassement ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier de la réintégrer et de la reclasser dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Hyères une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure de réintégration n'a pas été respectée dès lors que les propositions de postes n'étaient pas claires et précises et, au surplus, son administration n'a pas tenu compte de son statut de travailleur-handicapé ;

- la décision de lui refuser le reclassement est illégale dès lors que le comité médical n'a pas été saisi préalablement ;

- le centre hospitalier, dans le cadre d'une procédure de reclassement, est tenu de lui proposer un poste.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juin 2022, le centre hospitalier de Hyères, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le courrier du 24 janvier 2022 ne constitue pas une décision de refus par l'établissement mais simplement une réponse au courrier transmis par son conseil ;

- les moyens ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 12 mars 2024 la clôture de l'instruction a été fixée au 2 avril 2024 à 12h00.

Par un courrier du 24 mai 2024, les parties ont été informées, en application de l'article

R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité de la requête, dès lors que le courrier en cause ne constitue pas une décision faisant grief.

Par un mémoire enregistré le 30 mai 2024, la requérante a formulé des observations sur le moyen d'ordre public soulevé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 modifiée ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

- le décret n° 88-976 du 13 octobre 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 juin 2022 :

- le rapport de M. Karbal ;

- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,

- et les observations de Me Hoffmann, représentant la requérante, et de Mme B, représentant le centre hospitalier.

Une note en délibéré présentée par le centre hospitalier d'Hyères-les-Palmiers a été enregistrée le 7 juin 2024 et non communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, employée par le centre hospitalier de Hyères en qualité d'infirmière titulaire depuis le 1er septembre 2010, a été placée le 1er mars 2012 en position de disponibilité d'office pour convenances personnelles. Son maintien en disponibilité, pour le même motif, a été renouvelé jusqu'au 28 février 2021. Par un courrier du 21 décembre 2020,

Mme C a sollicité sa réintégration au sein du centre hospitalier de Hyères à compter du 1er mars 2021. Elle a renouvelé sa demande de réintégration par courrier du 14 juin 2021 et du 27 septembre 2021. Par un courrier du 25 octobre 2021, le centre hospitalier de Hyères a proposé de la réintégrer sur trois postes. Par un courrier du 2 décembre 2021, elle a réitéré sa demande de réintégration en la complétant par une demande de reclassement, laquelle a fait l'objet d'une réponse par le centre hospitalier par un courrier du 24 janvier 2022 dont elle demande l'annulation.

2. Aux termes de l'article 62 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, alors applicable : " La disponibilité est la position du fonctionnaire qui, placé hors de son établissement, cesse de bénéficier, dans cette position, de ses droits à l'avancement et à la retraite. / () / La disponibilité est prononcée soit à la demande de l'intéressé, soit d'office (). Le fonctionnaire mis en disponibilité qui refuse successivement trois postes qui lui sont proposés en vue de sa réintégration peut être licencié après avis de la commission administrative paritaire. / Un décret en Conseil d'Etat détermine les cas et conditions de mise en disponibilité, sa durée ainsi que les modalités de réintégration des fonctionnaires intéressés à l'expiration de la période de disponibilité. ". Aux termes de l'article 37 du décret du 13 octobre 1988 relatif à certaines positions des fonctionnaires hospitaliers, à l'intégration et à certaines modalités de mise à disposition : " Deux mois au moins avant l'expiration de la période de disponibilité en cours, le fonctionnaire doit solliciter soit le renouvellement de sa disponibilité soit sa réintégration. Faute d'une telle demande, l'intéressé est rayé des cadres, à la date d'expiration de la période de disponibilité. / Sous réserve des dispositions des troisième et quatrième alinéas ci-dessous, la réintégration est de droit à la première vacance lorsque la disponibilité n'a pas excédé trois ans. Le fonctionnaire qui refuse l'emploi proposé est maintenu en disponibilité. / Le fonctionnaire qui ne peut être réintégré faute de poste vacant est maintenu en disponibilité jusqu'à sa réintégration et au plus tard jusqu'à ce que trois postes lui aient été proposés. () ".

3. Si le fonctionnaire hospitalier en disponibilité depuis plus de trois ans ne bénéficie pas du droit à la réintégration dès la première vacance, prévu par les dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 du décret du 13 octobre 1988, il a toutefois droit à ce que des mesures soient prises dans un délai raisonnable, courant du jour à compter duquel il a demandé sa réintégration, pour que trois postes lui soient proposés comme le prévoient les dispositions du troisième alinéa du même article. A l'expiration de ce délai, le fonctionnaire a droit à ce que les emplois vacants correspondant à son grade lui soient proposés

4. En premier lieu, Mme C se trouvait en disponibilité pour convenances personnelles depuis plus de trois ans lorsqu'elle a demandé, par courrier du 21 décembre 2020 sa réintégration anticipée à compter du 1er mars 2021. Elle ne bénéficiait pas, dès lors, d'un droit à réintégration dès la première vacance de poste correspondant à son grade. Eu égard au grade dont la requérante était titulaire et au nombre d'emplois correspondant à ce grade dans un centre hospitalier de l'importance de l'établissement en cause, le CH de Hyères disposait d'un délai raisonnable devant être fixé à un an, courant à compter de la date à laquelle Mme C a demandé sa réintégration, soit à compter du 21 décembre 2020, pour lui proposer trois postes. Il suit de là que le CH de Hyères était tenu de faire droit à sa demande en lui proposant trois postes au plus tard le 21 décembre 2021.

5. En dernier lieu, si Mme C soutient que le CH de Hyères n'a pas respecté ses obligations dès lors que les propositions de postes ne sont pas claires et précises, que les propositions de postes n'ont pas tenu compte de son statut de travailleurs-handicapés, toutefois, comme indiqué au point précédent, le CH de Hyères était seulement tenu de lui proposer, dans un délai raisonnable, trois postes. Il ressort ainsi des pièces du dossier que, par un courrier du

25 octobre 2021, le CH de Hyères lui a proposé de choisir parmi trois postes dans le cadre de sa réintégration. Dès lors, le centre hospitalier de Hyères n'a pas méconnu les dispositions précitées relatives au droit à la réintégration.

6. Aux termes de l'article 71 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, dans sa version applicable en l'espèce : " Lorsque les fonctionnaires sont reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions, le poste de travail auquel ils sont affectés est adapté à leur état physique. Lorsque l'adaptation du poste de travail n'est pas possible, ces fonctionnaires peuvent être reclassés dans des emplois d'un autre corps, s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes. / Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande par l'intéressé ". Aux termes de l'article 2 du décret du 8 juin 1989 pris pour l'application de la loi du 9 janvier 1986 et relatif au reclassement des fonctionnaires pour raisons de santé : " Dans le cas où l'état physique d'un fonctionnaire, sans lui interdire d'exercer toute activité, ne lui permet pas de remplir les fonctions correspondant aux emplois de son grade, l'intéressé peut présenter une demande de reclassement dans un emploi relevant d'un autre grade de son corps ou dans un emploi relevant d'un autre corps. / L'autorité investie du pouvoir de nomination recueille l'avis du comité médical départemental ".

7. Il ressort des pièces du dossier que, Mme C se trouvait en disponibilité pour convenances personnelles depuis plus de trois ans lorsqu'elle a demandé, par courrier du

21 décembre 2020 sa réintégration anticipée à compter du 1er mars 2021. Elle a également, par la voie de son conseil, assorti sa demande de réintégration, d'une demande de reclassement par un courrier du 2 décembre 2021, au motif que, depuis le 10 novembre 2016, elle a obtenu le statut de travailleur handicapé et que les postes qui lui ont été proposés sont incompatibles avec son état de santé. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le centre hospitalier aurait mis en œuvre à la procédure de reclassement à l'encontre de la requérante. Par conséquent, le centre hospitalier a entaché sa décision d'illégalité.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la décision du 24 janvier 2022, par laquelle le directeur du centre hospitalier de Hyères a refusé de reclasser Mme C, doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, qui annule la décision du 24 janvier 2022 par laquelle le centre hospitalier de Hyères a refusé son reclassement, implique nécessairement, sous réserve de l'absence de changement dans les circonstances de droit ou de fait, et en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, le réexamen de la demande de reclassement de Mme C, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Hyères la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.

DECIDE

Article 1er : La décision du 24 janvier 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Hyères en tant qu'elle a refusé le reclassement de Mme C est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier de Hyères de réexaminer la demande de reclassement de Mme C, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 3 : Le centre hospitalier de Hyères versera à Mme C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C et au centre hospitalier de Hyères.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

M. Zouhaïr Karbal, conseiller,

M. David Hélayel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 20 juin 2024.

Le rapporteur,

Signé

Z. KARBAL

Le président,

Signé

Ph. HARANG La greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et de la solidarité en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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