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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2200834

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2200834

vendredi 7 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2200834
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantFOURMEAUX LAMBERT ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 28 mars 2022 et 5 décembre 2023, la société par actions simplifiée EST VAR IMMOBILIER E.V.I.M., représentée par Me Fourmeaux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2021 par lequel le maire de la commune de Saint-Raphaël a refusé de lui délivrer un permis de construire ;

2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Raphaël de lui délivrer le permis de construire sollicité ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Raphaël la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que le projet ne méconnaît pas les dispositions des articles DG 14-5 du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Raphaël et R. 111-27 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 mai 2022, la commune de Saint-Raphaël conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- à titre subsidiaire, elle se trouvait en situation de compétence liée par l'avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France ;

- à titre infiniment subsidiaire, l'unique moyen est infondé.

La requête a été communiquée au préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur le 6 avril 2022, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code du patrimoine ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Martin, rapporteure,

- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique,

- les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée EST VAR IMMOBILIER E.V.I.M. a déposé, le 13 juillet 2021, une demande de permis de construire sur les parcelles cadastrées section AR nos 786 et 787 situées 48 impasse des lierres à Saint-Raphaël en vue de la démolition de deux bâtiments existants et de la création d'un immeuble de logement avec stationnement en rez-de-chaussée et en sous-sol, ainsi que la création d'une crèche en R+1. Après avoir recueilli l'avis conforme défavorable de l'architecte des bâtiments de France du 28 septembre 2021, le maire de la commune de Saint-Raphaël a, par un arrêté du 4 octobre 2021, refusé de lui délivrer ledit permis de construire. Par un courrier du 2 décembre 2021, la société a exercé un recours administratif préalable obligatoire à l'encontre de l'avis de l'ABF précité auprès du préfet de région. Par sa requête, la société demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 4 octobre 2021.

Sur le cadre du litige :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 621-30 du code du patrimoine :

" I. - Les immeubles ou ensembles d'immeubles qui forment avec un monument historique un ensemble cohérent ou qui sont susceptibles de contribuer à sa conservation ou à sa mise en valeur sont protégés au titre des abords. () / II. - La protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, situé dans un périmètre délimité par l'autorité administrative dans les conditions fixées à l'article L. 621-31. Ce périmètre peut être commun à plusieurs monuments historiques. / En l'absence de périmètre délimité, la protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, visible du monument historique ou visible en même temps que lui et situé à moins de cinq cents mètres de celui-ci () ". Aux termes de l'article L. 621-32 du code précité : " Les travaux susceptibles de modifier l'aspect extérieur d'un immeuble, bâti ou non bâti, protégé au titre des abords sont soumis à une autorisation préalable ".

3. Lorsque la délivrance d'une autorisation administrative est subordonnée à l'accord préalable d'une autre autorité, le refus d'un tel accord, qui s'impose à l'autorité compétente

pour statuer sur la demande d'autorisation, ne constitue pas une décision susceptible de recours, des moyens tirés de sa régularité et de son bien-fondé peuvent, quel que soit le sens de la décision prise par l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, être invoqués devant le juge saisi de cette décision.

4. Il est constant que le projet se situe dans le périmètre délimité des abords d'un monument historique tenant à l'église et la tour attenante San Rafeu, ainsi qu'au palais épiscopal. En application des dispositions précitées du code du patrimoine, le maire de la commune de Saint-Raphaël a transmis la demande de permis de construire à l'architecte des Bâtiments de France, lequel a émis un avis conforme défavorable le 28 septembre 2021. Dans ces conditions, le maire de la commune de Saint-Raphaël était tenu de rejeter la demande de permis de construire déposée par la société EST VAR IMMOBILIER E.V.I.M. le 13 juillet 2021.

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme : " Lorsque

le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le demandeur peut, en cas d'opposition à une déclaration préalable ou de refus de permis fondé sur un refus d'accord de l'architecte des Bâtiments de France, saisir le préfet de région, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, d'un recours contre cette décision dans le délai de deux mois à compter de la notification de l'opposition ou du refus.

Le demandeur précise lors de sa saisine s'il souhaite faire appel à un médiateur désigné dans les conditions prévues au III de l'article L. 632-2 du code du patrimoine. Dans ce cas, le préfet de région saisit le médiateur qui transmet son avis dans le délai d'un mois à compter de cette saisine. () / Le délai à l'issue duquel le préfet de région est réputé avoir confirmé la décision de l'autorité compétente en cas de recours du demandeur est de deux mois à compter de la réception de ce recours ". Il résulte de ces dispositions que le pétitionnaire doit, avant de former un recours pour excès de pouvoir contre une décision d'opposition à déclaration préalable de travaux ou de refus de permis dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou aux bords d'un monument historique et faisant suite à un avis négatif de l'architecte des bâtiments de France (ABF), saisir le préfet de région d'une contestation de cet avis. L'avis émis par le préfet, qu'il soit exprès ou tacite, se substitue à celui de l'ABF.

6. Les dispositions très particulières de l'article R. 424-14 du code de l'urbanisme impliquent que, si le recours administratif préalable obligatoire formé contre une décision de refus de permis faisant suite à un avis négatif de l'ABF fait l'objet d'un avis implicite de rejet par

le préfet de région, cet avis implicite, qui se substitue à celui de l'ABF initial, doit être regardé comme s'étant approprié les motifs de l'avis initial.

7. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 2 décembre 2021, la société EST VAR IMMOBILIER E.V.I.M. a exercé un recours administratif auprès du préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, qui en a accusé réception le 3 décembre suivant, à l'encontre de l'avis de l'architecte de Bâtiments de France. Il résulte des dispositions précitées que le silence gardé par le préfet de région a fait naître un avis défavorable confirmatif le 3 février 2022, qui doit être regardé comme ayant repris les motifs de l'avis négatif de l'ABF. En soutenant l'atteinte à

la séquence architecturale et urbaine de son projet, motif fondant l'avis défavorable de l'ABF,

la société EST VAR IMMOBILIER E.V.I.M. doit être regardée comme soulevant, par la voie de l'exception, l'illégalité de l'avis du préfet de région.

Sur les conclusions de la requête :

8. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt

des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation

des perspectives monumentales ".

9. Aux termes de l'article DG 14-5 du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Raphaël : " Les constructions nouvelles, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, ne doivent pas porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

10. Dès lors que les dispositions du règlement d'un plan local d'urbanisme invoquées

par le requérant ont le même objet que celles, également invoquées, d'un article du code de l'urbanisme posant les règles nationales d'urbanisme et prévoient des exigences qui ne sont pas moindres, c'est par rapport aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme que doit être appréciée la légalité de la décision attaquée.

11. Si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou encore à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

12. Il est constant que le projet est situé sur la commune de Saint-Raphaël dans

le périmètre des abords de monuments historiques caractérisés par l'église et la tour attenante San Rafeu, ainsi que par le palais épiscopal situé 15 passage du Peyron, à moins de 500 mètres sur

le côté ouest du projet. Il ressort des pièces du dossier et notamment du constat d'huissier produit par la société pétitionnaire que du côté est de ladite tour, sont présents de nombreux immeubles à usage d'habitation collective dont la hauteur varie entre R+3 et R+5, caractérisant une urbanisation relativement dense. Toutefois, l'environnement immédiat du projet, et notamment l'impasse

des Lierres, si elle se caractérise par un immeuble en R+5 sur un de ses deux angles d'entrée et un immeuble en R+4 sur un de ses deux angles sans issue, qui est mitoyen à l'est du projet, le reste de cette impasse, qui se situe au pied de la falaise Saint-Sébastien, se caractérise par des maisons ou immeubles dont la hauteur moyenne constitue du R+2, tel est le cas de la construction dont

le projet prévoit la démolition ainsi que de la construction mitoyenne sur le côté ouest du projet. Or, il ressort des pièces du dossier que le projet consiste dans la démolition de l'immeuble existant et la construction d'un immeuble en R+5 avec une hauteur de 15 mètres depuis l'égout du toit. Dans ces conditions, le projet litigieux, compte tenu de ses volumes, est de nature à porter atteinte à l'intérêt des lieux avoisinants, en méconnaissance des dispositions de l'article DG 14-5 du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Raphaël. Par suite, le moyen doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société EST VAR IMMOBILIER E.V.I.M. doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application

des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société EST VAR IMMOBILIER E.V.I.M. est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée EST VAR IMMOBILIER E.V.I.M., au maire de la commune de Saint-Raphaël et au préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2025 à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

M. Quaglierini, premier conseiller,

Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2025.

La rapporteure,

signé

K. Martin

Le président,

signé

J.-F. Sauton

Le greffier,

signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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