vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2200837 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | PLENOT - SUARES - BLANCO - ORLANDINI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 mars 2022, M. et Mme B A, représentés par la SELARL Plenot-Suares-Orlandini par Me Orlandini, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2021 par lequel le maire de Varages leur a refusé la délivrance d'un permis de construire en vue de la régularisation de la reconstruction d'une partie d'un bâtiment, pour une surface de plancher créée de 17 m², sur un terrain cadastré section C n°108 à 110, situé La Blaque du Deffends, sur le territoire de cette commune, ensemble la décision implicite, acquise le 29 janvier 2022, de rejet de leur recours gracieux présenté le 29 novembre 2021 ;
2°) d'enjoindre à la commune de procéder à une nouvelle instruction de leur demande et prendre une nouvelle décision dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Varages une somme de 2 000 euros à leur verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- les travaux sollicités et refusés ne concernent pas la bergerie mais l'autre bâtiment édifié sur les parcelles d'assiette, dénommé " bastidon " ; la commune ne peut les refuser au titre de travaux effectués sur l'autre construction en vertu d'une déclaration préalable acceptée ; les travaux effectués par ailleurs sur la bergerie n'entraînent pas son changement de destination et ne peuvent avoir d'incidence sur la reconstruction du bastidon ;
- le supposé changement de destination aurait dû fonder non pas l'acceptation mais l'opposition de la commune à la déclaration préalable déposée pour la bergerie ;
or, cette déclaration a été acceptée ; c'est ce qu'ont également jugé les juridictions répressives saisies des poursuites engagées par le maire à l'encontre des requérants ;
- les dispositions de l'article L. 111-15 du code de l'urbanisme permettent la reconstruction à l'identique, laquelle peut toutefois comporter quelques adaptations mineures, même lorsque le PLU interdit la construction ; en l'espèce l'article DC2 du PLU accorde le bénéfice de ces dispositions à la condition qu'il ne soit pas porté atteinte à la sécurité publique ; l'article N5 du PLU admet les extensions mesurées des bâtiments existants ; de plus l'extension de 15 m² sollicitée correspond à la reconstruction des combles en mezzanine qui préexistaient ; la commune n'a pas justifié en quoi la façade nord-ouest n'aurait pas été reconstruite à l'identique ;
- contrairement à ce qu'estime la commune, la bergerie et le bastidon ne constituent pas un ensemble immobilier unique, les deux bâtiments n'ont aucun lien physique ou fonctionnel entre eux ;
- les dispositions de l'article L. 111-15 du code de l'urbanisme dans leur rédaction applicable, n'exigent pas que la reconstruction soit nécessairement consécutive à la survenue d'un sinistre.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 août 2022, la commune de Varages, agissant par son maire en exercice et représentée par la SELAS LLC et Associés, devenue Item Avocats,
par Me Garcia, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de M. et Mme A une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 23 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée
au 7 décembre 2023 à 12 heures, par application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
Un mémoire présenté par M. et Mme B A, représentés par Me Orlandini, a été enregistré le 7 décembre 2023, sans être communiqué, en application des dispositions de l'article R. 613-3 du code de justice administrative.
Par courrier du 6 septembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R.611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de prononcer d'office l'injonction à la commune de délivrer le permis de construire sollicité.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bonmati ;
- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Orlandini pour les requérants et de Me Baudino pour la commune de Varages.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, M. et Mme A demandent l'annulation de l'arrêté
du 7 octobre 2021 par lequel le maire de Varages leur a refusé la délivrance d'un permis
de construire en vue de la régularisation de la reconstruction d'une partie d'un bâtiment, pour
une surface de plancher créée de 17 m², sur un terrain cadastré section C n°108 à 110, situé
La Blaque du Deffends, sur le territoire de cette commune, ensemble de la décision implicite, acquise le 29 janvier 2022, de rejet de leur recours gracieux présenté le 29 novembre 2022.
2. Aux termes de l'article L. 111-15 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'un bâtiment régulièrement édifié vient à être détruit ou démoli, sa reconstruction à l'identique est autorisée dans un délai de dix ans nonobstant toute disposition d'urbanisme contraire, sauf si la carte communale, le plan local d'urbanisme ou le plan de prévention des risques naturels prévisibles en dispose autrement. ". Il résulte de ces dispositions que, dès lors qu'un bâtiment a été régulièrement construit, seules des dispositions expresses de la réglementation locale d'urbanisme prévoyant l'interdiction de la reconstruction à l'identique de bâtiments détruits par sinistre ou démolis peuvent faire légalement obstacle à sa reconstruction.
3. Selon l'article DC2 des dispositions générales du PLU de Varages : " () Dans toutes les zones, sont admis les usages et affectations des sols suivants : La reconstruction à l'identique : application de l'article L111-15 du code de l'urbanisme qui dispose : " Lorsqu'un bâtiment régulièrement édifié vient à être détruit ou démoli, sa reconstruction à l'identique est autorisée dans un délai de dix ans (). ". Le droit de reconstruire sera refusé en cas d'atteinte grave à la sécurité publique. (). " et selon l'article NC2 du même PLU, sont autorisées en zone N : " () En cas de sinistre, la reconstruction à l'identique des constructions existantes. / Les travaux confortatifs et l'agrandissement des constructions existantes à destination d'habitation à condition que ces travaux n'entraînent pas un accroissement supérieur à 30% de la surface de plancher et sans que la surface de plancher finale, extension comprise, ne dépasse 300 m² () ". Il suit de là que, dès lors que l'existence légale du bâtiment n'est pas contestée et que le PLU de Varages ne contient pas de disposition prévoyant l'interdiction de la reconstruction, celle-ci pouvait valablement être sollicitée et obtenue, que la démolition ait résulté ou non d'un sinistre.
4. Pour refuser le permis de construire sollicité, le maire de Varages a retenu que
les constructions existantes auraient subi des modifications et extensions ainsi qu'un changement de destination non autorisés, sur lesquels la demande de permis de construire aurait dû également porter et qu'en l'état, l'autorisation ne pouvait être délivrée.
5. Les requérants soutiennent que la demande de permis de construire ne concerne que
le seul bâtiment dénommé " bastidon " et non le second bâtiment dit " bergerie " et qu'ainsi,
la commune ne saurait lui opposer aucun élément qui soit tiré de la situation de cette " bergerie ".
6. Il ressort, en effet, des pièces du dossier, notamment de la notice descriptive,
que la demande de permis de construire en litige porte exclusivement sur des travaux à réaliser sur le bastidon et non sur la bergerie. Il apparaît également que le local dénommé " bergerie ", déjà désaffecté de son usage agricole lors de l'acquisition de la propriété ainsi qu'il résulte des termes de l'acte notarié, constitue une annexe de rangement ou de stockage non reliée physiquement à l'autre construction et ne présentant aucun lien fonctionnel avec elle, de sorte que les deux bâtiments ne peuvent être regardés comme formant un ensemble indissociable. Il s'ensuit que les requérants sont fondés à soutenir que, à les supposer avérés, les motifs tirés de ce que les éventuelles modifications apportées à la bergerie et son potentiel changement de destination n'auraient pas été autorisés ne pouvaient légalement fonder la décision de refus attaquée.
7. Pour refuser l'autorisation sollicitée, le maire de Varages a également relevé que, s'agissant du bastidon, " les photographies jointes au dossier laissent apparaître des modifications (réhausse de toiture et potentielle création d'un étage) et une extension de la construction non mentionnées dans le dossier et non prévues par la DP n°08314513A0012 ", que " la note de présentation du projet mentionne des " toitures monopentes refaites à l'identique " " et que " les plans " avant travaux " font état d'une façade Nord-Ouest inchangée ce que ne confirment pas les photographies datées d'avant 2017 ".
8. Il ressort toutefois du dossier, comme le font valoir les requérants sans être formellement contredits par la commune, que la réhausse de toiture reprochée résulte de la pose, dans le cadre de la déclaration de travaux de réfection de la toiture, validée le 9 juin 2016, de matériaux d'isolation et de couverture modernes d'une épaisseur plus importante que la couverture d'origine, que l'extension relevée par la commune correspond à l'emplacement de la citerne mentionnée à l'acte de vente comme " cuve à eau attenante ", ayant fait l'objet d'une consolidation et que la " potentielle création d'un étage " correspond aux combles existants, également mentionnés à l'acte de vente. Si la commune rappelle que " la note de présentation du projet mentionne des " toitures monopentes refaites à l'identique " ", il est constant, comme le font également valoir les requérants, qu'elle ne tire aucune conclusion de cette constatation. Si, enfin, la commune indique que
" les plans " avant travaux " font état d'une façade Nord-Ouest inchangée ce que ne confirment pas les photographies datées d'avant 2017 ", aucune des pièces du dossier de demande de permis de construire tel que produit à l'instance, ne permet de corroborer ce constat.
9. Il résulte des considérations qui précèdent que les motifs rappelés au point 5,
qui n'établissent aucunement que des modifications non autorisées auraient été apportées sur le bastidon, ne sont pas davantage de nature à fonder légalement le refus de permis de construire contesté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté attaqué du 7 octobre 2021 portant refus de permis de construire, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux présenté par M. et Mme A sont entachés d'illégalité et qu'il y a lieu d'en prononcer l'annulation.
Sur l'injonction :
11. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. // La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".
12. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction ou d'office en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 citées au point 2 demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle. L'autorisation d'occuper ou utiliser le sol délivrée dans ces conditions peut être contestée par les tiers sans qu'ils puissent se voir opposer les termes du jugement ou de l'arrêt.
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, eu égard aux motifs d'annulation et à l'ensemble de ce qui précède, d'enjoindre au maire de Varages de délivrer à M. et Mme A le permis de construire qu'ils sollicitent en vue de la régularisation de la reconstruction d'une partie d'un bâtiment, pour une surface de plancher créée de 17 m², sur un terrain cadastré section C n°108 à 110, situé La Blaque du Deffends, sur le territoire de la commune, dans le délai de deux mois à compter de la notification, qui lui sera faite, du présent jugement.
Sur les frais relatifs au litige :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune de Varages une somme de 2 000 euros à verser à M. et Mme A et de rejeter les conclusions présentées sur ce fondement par la commune de Varages, partie perdante à l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 7 octobre 2021 par lequel le maire de Varages a refusé à M. et Mme A la délivrance d'un permis de construire en vue de la régularisation de la reconstruction d'une partie d'un bâtiment, pour une surface de plancher créée de 17 m², sur un terrain cadastré section C n°108 à 110, situé La Blaque du Deffends, sur le territoire de cette commune, ensemble la décision implicite, acquise le 29 janvier 2022, de rejet de leur recours gracieux présenté le 29 novembre 2022, sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Varages de délivrer à M. et Mme A le permis de construire qu'ils sollicitent en vue de la régularisation de la reconstruction d'une partie d'un bâtiment, pour une surface de plancher créée de 17 m², sur un terrain cadastré section C n°108 à 110, situé La Blaque du Deffends, sur le territoire de la commune, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Varages versera à M. et Mme A une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la commune de Varages tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : La présente décision sera notifiée à M. et Mme B A et à la commune de Varages.
Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Draguignan.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Sauton, président,
Mme Martin, conseillère,
Mme Bonmati, magistrate honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
La rapporteure,
signé
D. Bonmati
Le président,
signé
J.F. Sauton
Le greffier,
signé
P. Bérenger
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
Le greffier.
N°2200837
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026