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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2200879

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2200879

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2200879
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantLENDOM ROSANNA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mars 2022, M. D B, représenté par Me Lendom, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 mars 2022 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille a rejeté le recours administratif préalable obligatoire qu'il a formé contre la décision du 16 février 2022 prise par la commission de discipline de la maison d'arrêt de Draguignan et lui infligeant un avertissement ;

2°) d'enjoindre à l'administration pénitentiaire d'effacer toute mention relative à la sanction prononcée de son dossier ;

3°) d'enjoindre à l'administration pénitentiaire de remettre à son conseil l'attestation de fin de mission correspondant à son assistance dans le cadre de la commission de discipline du 16 février 2022 ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est irrégulière dès lors le rédacteur du compte-rendu d'incident n'est pas identifiable, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, de sorte qu'il n'est pas possible de vérifier qu'il ne siégeait pas à la commission disciplinaire ;

- elle méconnaît le principe d'impartialité ;

- la matérialité des faits reprochés n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 août 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 août 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulon.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Montalieu,

- et les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public ;

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Par décision du 16 février 2022, la présidente de la commission de discipline de la maison d'arrêt de Draguignan a prononcé à l'encontre de M. B, détenu dans cette maison d'arrêt, un avertissement pour des faits de violences physiques ou tentative de violences physiques à l'encontre d'une personne détenue commis le 11 février 2022. Suite au recours préalable obligatoire formé par M. B, le 21 février 2022, le directeur de la direction interrégionale des services pénitentiaires de Marseille a confirmé cette décision le 16 mars 2022.

Sur les conclusions relatives à la sanction disciplinaire :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-13 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline. ".

3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le compte rendu d'incident a été rédigé par le surveillant dont les initiales sont " J B ", alors que l'assesseur pénitentiaire lors de la commission de discipline du 16 février 2022 a pour première lettre du nom de famille " A ". Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la composition de la commission de discipline manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute personne a le droit de connaître le prénom, le nom, la qualité et l'adresse administratives de l'agent chargé d'instruire sa demande ou de traiter l'affaire qui la concerne ; ces éléments figurent sur les correspondances qui lui sont adressées. Si des motifs intéressant la sécurité publique ou la sécurité des personnes le justifient, l'anonymat de l'agent est respecté. ".

5. Si ces dispositions sont applicables à toutes les procédures dans le cadre desquelles un agent est chargé du traitement d'une affaire, y compris les procédures disciplinaires, leur méconnaissance est, par elle-même, sans incidence sur la légalité de la décision prise, au terme de la procédure, par l'autorité administrative compétente dès lors qu'il est établi que l'agent en cause n'a pas siégé dans le cadre de la commission de discipline. De la même manière, la circonstance que l'administration pénitentiaire ne justifierait pas des motifs l'ayant conduit à user de la faculté dont elle dispose de rendre anonyme le compte rendu d'incident est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

6. Compte tenu de ce qui a été dit au point 3, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté comme inopérant.

7. En troisième lieu, aux termes des dispositions des articles R. 57-7-5 du code de procédure pénale, dans sa rédaction alors applicable : " Pour l'exercice de ses compétences en matière disciplinaire, le chef d'établissement peut déléguer sa signature à son adjoint, à un fonctionnaire appartenant à un corps de catégorie A ou à un membre du corps de commandement du personnel de surveillance placé sous son autorité. () ". Aux termes de l'article R. 57-7-6 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs ". Par ailleurs, l'article R. 57-7-7 du même code prévoit, dans sa rédaction alors applicable, que : " Les sanctions disciplinaires sont prononcées, en commission, par le président de la commission de discipline. Les membres assesseurs ont voix consultative ". L'article R. 57-7-13 ajoute, dans sa rédaction alors applicable " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline. " Enfin, aux termes de l'article R. 57-7-15 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " Le chef d'établissement ou son délégataire apprécie, au vu des rapports et après s'être fait communiquer, le cas échéant, tout élément d'information complémentaire, l'opportunité de poursuivre la procédure. Les poursuites disciplinaires ne peuvent être exercées plus de six mois après la découverte des faits reprochés à la personne détenue. ".

8. La circonstance que le chef d'établissement ou son délégataire apprécie, sur la base du rapport d'enquête rédigé à la suite du compte rendu d'incident et en application de l'article R. 57-7-15 du code de procédure pénale, l'opportunité de poursuivre la procédure disciplinaire puis prononce le cas échéant, en tant que président de la commission de discipline et en vertu de l'article R. 57-7-7 du même code, les sanctions disciplinaires retenues contre la personne détenue, ne méconnaît ni le principe de valeur constitutionnelle du respect des droits de la défense ni le principe général du droit d'impartialité, applicable en matière de procédures administratives disciplinaires. Toutefois, la lecture de l'acte par lequel le chef d'établissement ou son délégataire décide de l'opportunité de poursuivre la procédure disciplinaire ne saurait, sous peine d'irrégularité de la décision à rendre au regard de l'exigence d'impartialité, donner à penser que les faits visés sont d'ores et déjà établis ou que leur caractère répréhensible au regard des règles à appliquer est d'ores et déjà reconnu.

9. En l'espèce, d'une part, il ressort des pièces du dossier que le rapport d'enquête a été rédigé par M. C F, 1er surveillant, et que le compte rendu d'incident l'a été par un surveillant portant les initiales " J B ". Dans ces conditions, la circonstance que Mme E, cheffe de la maison d'arrêt de Draguignan, ait décidé d'engager les poursuites sur la base dudit rapport d'enquête puis qu'elle ait présidé la commission de discipline ne méconnaît ni le principe de valeur constitutionnelle du respect des droits de la défense ni le principe général du droit d'impartialité, applicable en matière de procédures administratives disciplinaires, ni l'article 16 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ni les dispositions précitées. D'autre part, la seule circonstance que la décision sur rapport d'enquête ait repris, mot pour mot, l'exposé des faits mentionnés dans le compte rendu d'incident et le rapport d'enquête ne permet pas de donner à penser que ces faits étaient tenus pour établis ni que leur caractère répréhensible était d'ores et déjà reconnu. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces principes et des dispositions précitées doit être écarté.

10. En dernier lieu, en faisant valoir qu'il n'y a eu aucune violence ou tentative de violence physique dans son geste envers un autre détenu, M. B ne conteste pas utilement la matérialité des faits qui lui ont été reprochés et qu'il a reconnus devant la commission de discipline selon lesquels, suite à une altercation avec un autre détenu, il s'est dirigé vers celui-ci et a levé sa main en sa direction en tenant des propos agressifs. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction d'effacer toute mention relative à la sanction prononcée de son dossier et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions à fin d'injonction relatives à l'attestation de fin de mission :

12. Les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration pénitentiaire de remettre à Me Lendom l'attestation de fin de mission correspondant à son assistance dans le cadre de la commission de discipline du 16 février 2022 relèvent d'un litige distinct. Dès lors, ces conclusions doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

M. Zouhaïr Karbal, conseiller,

Mme Mathilde Montalieu, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

M. MONTALIEU

Le président,

Signé

Ph. HARANGLa greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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