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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2200939

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2200939

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2200939
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 mars 2022 et un mémoire en réplique enregistré le 2 décembre 2022, M. B A demande au Tribunal d'annuler l'arrêté du 24 septembre 2021 par lequel le maire de La Seyne-sur-Mer s'est opposé à la déclaration préalable qu'il a déposée en vue de la transformation d'une terrasse en véranda sur un immeuble situé 367 chemin des Barelles - parcelle cadastrée 126 BR 1344 - sur le territoire de cette commune.

Il soutient que :

- l'existence de la terrasse est attestée bien avant l'acquisition de sa propriété ; son vendeur atteste l'avoir bâtie lui-même en 1989 avec l'accord verbal des services de l'urbanisme municipaux pour des raisons de sécurité ;

- cette terrasse ayant été bâtie depuis plus de 10 ans, elle bénéficie de la prescription de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme et en tout état de cause, le bâti principal a été réalisé sur la base d'un permis de construire ;

- son projet respecte toutes les dispositions du PLU que la commune lui reproche de méconnaître ;

- sa maison a été bâtie selon permis du 13 mars 1985 soit 47 ans avant le PLU actuel ; la distance du bâti par rapport à la voie est d'au moins 5m ; l'article UC7 du PLU permet les extensions dans le cas des constructions existantes qui ne respectent déjà pas l'implantation par rapport aux limites séparatives ; le permis initial a validé une surface bâtie de 212,60m².

-

Par un mémoire en défense enregistré le 20 octobre 2022, la commune de La Seyne-sur- Mer, agissant par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 13 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 25 avril 2023 à 12 heures, par application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bonmati ;

- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique ;

- et les observations de M. A, requérant.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 24 septembre 2021 par lequel le maire de La Seyne-sur-Mer s'est opposé à la déclaration préalable qu'il a déposée en vue de la transformation d'une terrasse en véranda sur un immeuble situé 367 chemin des Barelles - parcelle cadastrée 126 BR 1344, en zone UC du PLU - sur le territoire de cette commune.

2. Pour s'opposer à la déclaration préalable, la commune a retenu, en premier lieu, que le plan de masse fourni dans le cadre de la demande de pièces complémentaires fait état d'un auvent et d'un escalier à l'ouest du terrain, d'une terrasse au sud du terrain, d'un bâti et d'un escalier au sud-est de la parcelle et que ces constructions n'ont pas fait l'objet d'autorisations d'urbanisme, que le projet prévoit d'accoler une nouvelle construction à ces bâtis qui ne peuvent être considérées comme légalement existantes, que le pétitionnaire doit déposer une demande portant à la fois sur l'existant et le projet et que l'autorisation ne peut être accordée que si l'ensemble est conforme aux règles d'urbanisme en vigueur au moment de la délivrance.

3. Selon l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'une construction est achevée depuis plus de dix ans, le refus de permis de construire ou la décision d'opposition à déclaration préalable ne peut être fondé sur l'irrégularité de la construction initiale au regard du droit de l'urbanisme. // Les dispositions du premier alinéa ne sont pas applicables : () 5° Lorsque la construction a été réalisée sans qu'aucun permis de construire n'ait été obtenu alors que celui-ci était requis ; (). ". En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le projet de construction d'une véranda n'affecte que la terrasse située au sud-ouest de l'habitation et non les autres éléments de

1.

bâti énumérés par la décision attaquée, lesquels, à supposer qu'ils aient été édifiés sans autorisation, ce qui, au vu du permis de construire délivré le 28 juin 1985, demeure contestable, apparaissent étrangers à la demande en litige. En outre, l'attestation établie par le vendeur de la propriété au pétitionnaire, dont la commune admet explicitement qu'elle constitue un commencement de preuve, mentionne que l'édification de la terrasse a été réalisée par lui-même en 1989 avec l'accord verbal des services chargés de l'urbanisme. Enfin, eu égard à ses caractéristiques, notamment au fait que sa superficie est inférieure à 20m², son édification n'était pas soumise à permis de construire. Il s'ensuit que, comme le soutient le requérant, les dispositions de l'article L.421-9 du code de l'urbanisme trouvaient à s'appliquer et faisaient obstacle à ce que l'éventuelle irrégularité de la construction initiale puisse légalement lui être opposée, de sorte que c'est à tort que la commune a exigé que la demande porte à la fois sur l'existant et sur le projet.

4. Aux termes de l'article UC6 du règlement du PLU : " Sauf marge de recul portée au plan, les constructions doivent respecter un recul de cinq mètres (5 m) par rapport à l'alignement des voies publiques, voies privées ou servitudes desservant plus de deux lots ou logements (lot grevé par la servitude inclus, si la servitude est aussi utilisée par ce dernier). // Toutefois, une implantation différente peut être autorisée ou imposée dans les cas suivants : () Pour permettre l'extension ou la surélévation d'un bâtiment existant, conformément à l'alignement du bâti existant dès lors que ce dernier ne remet pas en cause un élargissement de voirie envisagé, (). ".

5. Aux termes de l'article UC7 : " La distance des constructions comptée horizontalement de tout point d'un bâtiment au point le plus proche des limites séparatives doit être au moins égale à la moitié de la hauteur de la construction par rapport au terrain naturel, avec un minimum de quatre mètres (4 m). () // Des règles alternatives (non cumulables sur une parcelle) sont admises pour permettre des implantations différentes : - Pour les extensions des constructions existantes (cf. lexique) sur la parcelle (ou annexes attenantes) et réalisées dans le prolongement de celles-ci qui ne respectent déjà pas ces distances. Dans ce cas, l'extension pourra s'implanter avec le même retrait que celui de la construction existante, sans excéder le tiers de la limite (et dix mètres maximum) le long de laquelle elle s'implante et ne pas excéder 3,50 mètres par rapport au terrain naturel avant travaux. (). ".

6. Selon le lexique annexé au PLU : " Un bâtiment est une construction couverte et close " et " Une construction est un ouvrage fixe et pérenne, comportant ou non des fondations et générant un espace utilisable par l'Homme en sous-sol ou en surface ".

7. Il ressort de l'examen des pièces du dossier que si la véranda, dont l'édification est projetée, prend appui sur une terrasse contiguë à l'habitation principale dont elle constitue une extension à l'alignement du bâti ne compromettant aucun élargissement de voirie, elle ne pouvait cependant être autorisée sans méconnaître les dispositions précitées de l'article UC6 du PLU, lesquelles réservent cette possibilité aux seuls bâtiments. La terrasse en cause, dont il est constant qu'elle ne respecte pas la distance par rapport à l'alignement de la voie de desserte dénommée chemin de la Forêt et n'a pas le caractère d'un bâtiment, selon la définition qu'en donne le lexique précité, c'est à bon droit que la commune lui a opposé ces dispositions.

8. S'agissant, en revanche, de l'application des règles de retrait par rapport aux limites séparatives, lesquelles, dans le cas d'extension de constructions existantes ou d'annexes attenantes qui ne respectent déjà pas ces distances, peuvent s'implanter avec le même retrait que celui de la construction existante, c'est à tort, dès lors que ladite terrasse constitue bien une construction, selon la définition du lexique ci-dessus rappelée, que la commune a opposé la méconnaissance de l'article UC7 précité.

1.

9. Aux termes de l'article UC 9 : " Définition : voir lexique. L'emprise au sol des constructions ne doit pas excéder : vingt-cinq pour cent (25%) du terrain, pour les constructions à usage d'habitation et leurs annexes.() " et le lexique indique que " L'emprise au sol des constructions correspond à la projection verticale au sol du volume de la construction, exception faite des débords de toiture (s'ils sont inférieurs ou égaux à 40 cm), des balcons si leur profondeur est inférieure ou égale à 1 mètre et des parties de construction (piscines et terrasses incluses) dont la hauteur ne dépasse pas 0,60m au-dessus du sol naturel avant travaux. ".

10. Il ressort de l'examen des pièces du dossier que l'ensemble de la parcelle détenue en indivision par le pétitionnaire et son voisin mitoyen, possède une superficie de 638 ou 668 m², ce qui porte à 159,5 ou 167 m² l'emprise au sol autorisée par le PLU. Il est constant, ainsi que le requérant l'admet lui-même, que l'emprise au sol, calculée en excluant la superficie de la terrasse, telle qu'autorisée par le permis de construire initial délivré en 1985 est de 212,6 m² excédant déjà le maximum admis par le PLU, que l'édification de la véranda sur la terrasse aura pour effet d'excéder davantage encore. Les droits de construire sur la parcelle étant épuisés, c'est, par conséquent, à bon droit que la commune a estimé que le projet envisagé méconnaissait les dispositions de l'article UC9 précité du PLU lequel ne comporte aucune dérogation en faveur des constructions existantes dont l'emprise au sol dépasse déjà l'emprise autorisée.

11. Pour s'opposer à la déclaration préalable, la commune estime enfin que le projet ne faisant pas état de toutes les surfaces de plancher à créer, ne permet pas de vérifier sa conformité à l'article 12.2 des dispositions générales du plan local d'urbanisme, relatif aux normes de stationnement des véhicules motorisés qui dispose que " 1 place par 60 m² de surface de plancher créée entamée et par logement " est à prévoir et que " toutefois et considérant la surface de plancher existante à la date d'approbation du PLU, pour les extensions de construction à usage d'habitation, inférieures ou égales à 20 m2, n'ayant pas pour effet de supprimer une ou des place(s) de stationnement, aucun stationnement supplémentaire n'est exigé". Il ressort toutefois de l'examen des pièces du dossier d'une part, que le projet présenté qui n'a pour objet que d'implanter une véranda de 16,2 m² sur une terrasse existante, fait clairement état de toutes surfaces de plancher à créer, et d'autre part, que ce projet n'avait aucunement pour effet de supprimer une ou des places de stationnement. Ainsi, contrairement à ce qu'a estimé la commune, le service instructeur était en mesure de vérifier que le projet ne méconnaissait pas l'article 12.2 des dispositions générales du PLU. Il s'ensuit que ce dernier motif a été opposé à tort.

12. Il résulte cependant de l'ensemble des considérations qui précèdent que le maire de La Seyne-sur-Mer aurait, en tout état de cause, pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur les seuls motifs tirés de la méconnaissance des articles UC6 et UC9 du PLU. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué portant opposition à déclaration préalable de travaux.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B A et à la commune de La Seyne- sur-Mer.

Délibéré après l'audience du 31 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Harang, président, Mme Martin, conseillère,

Mme Bonmati, magistrat honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

La rapporteure,

signé

D. Bonmati

Le président,

signé

P. Harang

Le greffier,

signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme, Pour la greffière en chef, Et par délégation,

Le greffier.

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