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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2200950

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2200950

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2200950
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationAide sociale
Avocat requérantROSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et des mémoires enregistrés les 6 avril 2022, 9 décembre 2022 et 27 novembre 2023 sous le n° 2200953, Mme C B, représentée par Me Rosé, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 janvier 2022 de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Var (Caf), confirmant un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 2 817,57 euros pour la période courant du 1er mars 2020 au 30 novembre 2020 ;

2°) de condamner l'Etat à verser une somme de 1 000 euros à Mme B à titre de dommages et intérêts, en réparation du préjudice qu'elle a subi ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser à Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient :

- Ne pas être en situation de vie maritale, de vie commune ni de couple avec M. A qui est un de ses amis, avec qui ses liens se sont renforcés depuis l'inondation de l'Argens qui a endommagé la bergerie de M. A en novembre 2019, ayant conduit à des échanges de bons procédés et des services mutuels, même si elle a reconnu, lors de son entretien avec l'enquêteur, que celui-ci a réglé le montant résiduel de son loyer à plusieurs reprises, et qu'il allait régulièrement chercher ses enfants à l'école et qu'il la sécurise en raison de la crainte de son ex-conjoint l'ayant déjà menacé ;

- que le courrier de dénonciation anonyme ayant conduit la caisse d'allocations familiales du Var à diligenter une enquête à son encontre n'a pas été produit au débat, violant le principe du contradictoire, et que dès lors il ne peut y être fait référence pour statuer ;

- que la lettre de dénonciation anonyme ainsi que la déclaration de la police municipale de la commune de Le Muy ne sont pas produites au dossier, alors que la situation de fraude invoquée se fonde sur ces deux documents ;

- que la présente décision lui a causé un préjudice immédiat.

Par des mémoires en défense enregistrés les 9 novembre 2022 et 2 février 2023, la caisse d'allocations familiales du Var conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- Les documents à l'origine de la décision contestée ont été communiqués dans le cadre du présent recours, respectant ainsi le principe du contradictoire ;

- L'indu de revenu de solidarité active en litige est bien-fondé en raison du constat du contrôleur assermenté qui conclut à l'existence d'une vie maritale depuis le 1er janvier 2020 entre Mme B et M. A, ayant conduit à l'incorporation des ressources de ce dernier dans le calcul des droits de la requérante ;

- La requérante et M. A partagent une communauté d'intérêts et mettent en commun leurs ressources et leurs charges ;

- Les documents demandés par le conseil de Mme B ne peuvent lui être communiqués, puisqu'il s'agit d'une lettre de dénonciation anonyme protégée par le secret quant aux informations communiquées à la CAF et d'un rapport de police oral consigné au rapport de l'agent assermenté qui a effectué le contrôle de situation.

II. Par une requête et des mémoires enregistrés les 6 avril 2022, 9 décembre 2022 et 27 novembre 2023 sous le n° 2200954, Mme C B, représentée par Me Rosé, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 janvier 2022 prise par la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Var, confirmant un indu de revenu de prime d'activité d'un montant de 350,93 euros pour la période courant du 1er décembre 2020 au 30 septembre 2021 ;

2°) de condamner l'Etat à verser une somme de 1 000 euros à Mme B à titre de dommages et intérêts, en réparation du préjudice qu'elle a subi ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser à Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient :

- Ne pas être en situation de vie maritale, de vie commune ni de couple avec M. A qui est un de ses amis, avec qui ses liens se sont renforcés depuis l'inondation de l'Argens qui a endommagé la bergerie de M. A en novembre 2019, ayant conduit à des échanges de bons procédés et des services mutuels, même si elle a reconnu, lors de son entretien avec l'enquêteur, que celui-ci a réglé le montant résiduel de son loyer à plusieurs reprises, et qu'il allait régulièrement chercher ses enfants à l'école et qu'il la sécurise en raison de la crainte de son ex-conjoint l'ayant déjà menacé ;

- que le courrier de dénonciation anonyme ayant conduit la caisse d'allocations familiales du Var à diligenter une enquête à son encontre n'a pas été produit au débat, violant le principe du contradictoire, et que dès lors il ne peut y être fait référence pour statuer ;

- que c'est à tort que la CAF du Var a procédé à un prélèvement sur prestations du mois d'avril 2022, le délai de recours contre cette décision n'ayant pas expiré, et que par conséquent elle entend poursuivre son action en dépit du caractère soldé de sa dette ;

- que la présente décision lui a causé un préjudice immédiat.

Par une lettre et un mémoire en défense enregistrés les 9 novembre 2022 et 18 septembre 2023, la caisse d'allocations familiales du Var conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- Les documents demandés par le conseil de Mme B ne peuvent lui être communiqués, puisqu'il s'agit d'une lettre de dénonciation anonyme protégée par le secret quant aux informations communiquées à la CAF et d'un rapport de police oral consigné au rapport de contrôle de l'agent assermenté ;

- Les documents à l'origine de la décision contestée ont été communiqués dans le cadre du présent recours, respectant ainsi le principe du contradictoire ;

- La requérante et M. A partagent une communauté d'intérêts et mettent en commun leurs ressources et leurs charges ;

- L'indu de prime d'activité en litige est bien-fondé en raison du constat du contrôleur assermenté qui conclut à l'existence d'une vie maritale depuis le 1er janvier 2020 entre Mme B et M. A, ayant conduit à l'incorporation des ressources de ce dernier dans le calcul des droits de la requérante ;

- Si la dette a été soldée par retenues sur prestations en date du 4 avril 2022, elle n'a réceptionné la présente requête qu'en date du 22 avril 2022 et pouvait donc légitimement procéder à ces retenues faute d'avoir connaissance du recours contentieux.

III. Par une requête et des mémoires enregistrés les 6 avril 2022, 9 décembre 2022 et 27 novembre 2023 sous le n° 2200951, Mme C B, représentée par Me Rosé, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 janvier 2022 prise par la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Var, confirmant un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année d'un montant de 274,41 euros pour la période de décembre 2020 ;

2°) de condamner l'Etat à verser une somme de 1 000 euros à Mme B à titre de dommages et intérêts, en réparation du préjudice qu'elle a subi ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros à verser à Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient :

- Ne pas être en situation de vie maritale, de vie commune ni de couple avec M. A qui est un de ses amis, avec qui ses liens se sont renforcés depuis l'inondation de l'Argens qui a endommagé la bergerie de M. A en novembre 2019, ayant conduit à des échanges de bons procédés et des services mutuels, même si elle a reconnu, lors de son entretien avec l'enquêteur, que celui-ci a réglé le montant résiduel de son loyer à plusieurs reprises, et qu'il allait régulièrement chercher ses enfants à l'école et qu'il la sécurise en raison de la crainte de son ex-conjoint l'ayant déjà menacé ;

- que le courrier de dénonciation anonyme ayant conduit la caisse d'allocations familiales du Var à diligenter une enquête à son encontre n'a pas été produit au débat, violant le principe du contradictoire, et que dès lors il ne peut y être fait référence pour statuer ;

- que la présente décision lui a causé un préjudice immédiat.

Par des mémoires en défense enregistrés les 9 novembre 2022 et 22 décembre 2022, la caisse d'allocations familiales du Var conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- Les documents demandés par le conseil de Mme B ne peuvent lui être communiqués, puisqu'il s'agit d'une lettre de dénonciation anonyme protégée par le secret quant aux informations communiquées à la CAF et d'un rapport de police oral consigné au rapport de contrôle de l'agent assermenté ;

- Les documents à l'origine de la décision contestée ont été communiqués dans le cadre du présent recours, respectant ainsi le principe du contradictoire ;

- La requérante et M. A partagent une communauté d'intérêts et mettent en commun leurs ressources et leurs charges ;

- L'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année en litige est bien-fondé, puisque la requérante ne remplissait pas, compte tenu de la réalité de sa situation familiale, non déclarée, des conditions pour pouvoir bénéficier du revenu de solidarité active pour les mois de novembre ni décembre 2020 ;

- La dette a été soldée.

IV. Par une requête et des mémoires enregistrés les 6 avril 2022, 9 décembre 2022 et 27 novembre 2023 sous le n° 2200950, Mme C B, représentée par Me Rosé, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 octobre 2021 prise par la caisse d'allocations familiales du Var lui notifiant une dette de 12 291,77 euros au titre des " prestations familiales " ;

2°) de condamner l'Etat à verser une somme de 3 000 euros à Mme B à titre de dommages et intérêts, en réparation du préjudice qu'elle a subi ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient :

- Ne pas être en situation de vie maritale, de vie commune ni de couple avec M. A qui est un de ses amis, avec qui ses liens se sont renforcés depuis l'inondation de l'Argens qui a endommagé la bergerie de M. A en novembre 2019, ayant conduit à des échanges de bons procédés et des services mutuels, même si elle a reconnu, lors de son entretien avec l'enquêteur, que celui-ci a réglé le montant résiduel de son loyer à plusieurs reprises, et qu'il allait régulièrement chercher ses enfants à l'école et qu'il la sécurise en raison de la crainte de son ex-conjoint l'ayant déjà menacé ;

- que le courrier de dénonciation anonyme ayant conduit la caisse d'allocations familiales du Var à diligenter une enquête à son encontre n'a pas été produit au débat, violant le principe du contradictoire, et que dès lors il ne peut y être fait référence pour statuer ;

- que la présente décision lui a causé un préjudice immédiat.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 octobre 2023, la caisse d'allocations familiales du Var conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- La requête est irrecevable car elle a formé un recours contre la décision attaquée auprès de la commission de recours amiable de la CAF du Var qui a rendu des décisions du 24 janvier 2022 et du 25 janvier 2022 s'étant substituées à la décision du 21 octobre 2021 en litige ;

- Mme B a formé des recours contentieux distincts contre lesdites décisions, rendant la présente requête irrecevable ;

- Le rapport de l'agent assermenté conclut à une communauté de vie et d'intérêts entre Mme B et M. A depuis janvier 2020.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

La présidente, juge statuant seule, a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Doumergue et les observations de Mme D pour la caisse d'allocations familiales (CAF) du Var.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après les observations présentées pour la CAF du Var à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, bénéficiaire du revenu de solidarité active, de l'aide exceptionnelle de fin d'année, et de la prime d'activité, était connue de la caisse d'allocations familiales (CAF) du Var, depuis le 25 mars 2012, comme personne isolée, après une vie maritale. A la suite d'un contrôle de situation réalisé par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales du Var en date du 22 mars 2021, ce dernier a établi un rapport selon lequel Mme B a vécu en couple à partir de janvier 2020. Par la suite, Mme B a été informée par une décision du 21 octobre 2021, que suite au contrôle de sa situation et des éléments recueillis par le contrôleur assermenté de la CAF du Var, elle était considérée comme vivant maritalement du 1er janvier 2020 au 30 septembre 2021 et redevable en conséquence, après un nouveau calcul de ses droits, d'une dette de 12 291,77 euros au titre des " prestations familiales " perçues. Mme B a effectué un recours contre cette notification. La commission de recours amiable de la CAF a rejeté le recours de Mme B par décisions distinctes datées du 21 janvier 2022, respectivement en matière de RSA, d'aide exceptionnelle de fin d'année et de prime d'activité. Par les requêtes n°2200951, 2200953 et 2200954 susvisées, Mme B demande principalement l'annulation de ces décisions. Par la requête n°2200950 également visée ci-dessus, Mme B demande l'annulation de la décision du 21 octobre 2021.

2. Les requêtes susvisées présentent à juger la situation d'une même personne et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu par suite de joindre ces quatre affaires pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation des indus :

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance du contradictoire :

3. Mme B soutient que la CAF du Var a méconnu le principe du contradictoire en ne lui communiquant pas la dénonciation anonyme qui a déclenché le contrôle de sa situation familiale ni le rapport de la police municipale de la commune du Muy selon lequel elle ne vivait pas seule. Toutefois, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à la caisse d'allocations familiales du Var de communiquer à l'allocataire, la lettre anonyme à l'origine du contrôle de situation ni le rapport établi à l'issue du contrôle, dans lequel au cas d'espèce l'agent assermenté de la CAF a fait référence aux déclarations orales de la police municipale qu'il a interrogée sur la situation familiale exacte de Mme B. Dès lors, le moyen tiré de la violation du principe du contradictoire doit être écarté dans les quatre requêtes présentées par Mme B.

En ce qui concerne le bien- fondé de l'indu de RSA (requête n° 2200953) :

4. Lorsque le juge administratif est saisi d'un recours dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de RSA, il entre dans son office d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

5. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article L. 262-9 du même code : " () Est considérée comme isolée une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui notamment ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent () l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. () ". Aux termes de l'article R. 262-37 de ce même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ". Par ailleurs, selon les dispositions de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale, " Les directeurs des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale ou du service des allocations et prestations mentionnées au présent code confient à des agents chargés du contrôle, assermentés et agréés dans des conditions définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité sociale ou par arrêté du ministre chargé de l'agriculture, le soin de procéder à toutes vérifications ou enquêtes administratives concernant l'attribution des prestations, le contrôle du respect des conditions de résidence et la tarification des accidents du travail et des maladies professionnelles. Des praticiens-conseils et auditeurs comptables peuvent, à ce titre, être assermentés et agréés dans des conditions définies par le même arrêté. Les constatations établies à cette occasion par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire ".

6. Il résulte des dispositions précitées au point précédent que, pour le bénéfice du RSA, le foyer s'entend du demandeur, ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin, et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge qui remplissent les conditions précisées par l'article R. 262-3 du code de l'action sociale et des familles. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.

7. Il résulte de l'instruction que Mme B a confirmé le 2 octobre 2020 aux services de la CAF du Var être célibataire et isolée depuis le 25 mars 2012. La caisse d'allocations familiales du Var a diligenté un contrôle en date du 22 mars 2021. Il ressort de ce contrôle, et en particulier du rapport établi le 20 août 2021 par le contrôleur assermenté de la CAF, que Mme B a vécu en couple avec M. A, à compter du 1er janvier 2020.

8. Ainsi, il résulte du rapport du contrôleur assermenté, que les relevés bancaires de M. A révèlent, à partir de janvier 2020, des paiements par chèque réguliers du montant résiduel du loyer de Mme B, à l'agence immobilière. En outre, le rapport précise que M. A a donné une procuration à Mme B sur son compte bancaire et que l'adresse qu'il a communiquée à l'organisme bancaire est celle de Mme B. Enfin, il résulte de ce rapport que la police municipale a déclaré le 30 mars 2021 à l'agent assermenté que l'intéressée était en couple avec M.A.

9. Mme B pour sa part nie être en couple avec M. A, qui n'est selon elle qu'un ami de longue date, et soutient que c'est suite aux inondations de l'Argens en novembre 2019 que leurs liens se sont renforcés par des services rendus mutuellement. Elle explique que M. A, qui ne pouvait plus habiter sa bergerie, et avait été contraint d'habiter dans un camping pendant le temps des travaux, lui avait demandé de réceptionner son courrier à son domicile, ce qu'elle avait accepté. Mme B indique également que M. A lui rendait des services tels courses alimentaires ou achats de produits pharmaceutiques, allait chercher ses enfants à l'école et déjeunait chez elle, avec ses enfants.

10. A l'appui de ses écrits Mme B, a produit quatre attestations, peu circonstanciées, de voisins, habitants de la commune du Muy, établies au mois de novembre 2021 selon lesquelles Mme B vit seule avec ses enfants et aurait des problèmes avec le père de ses enfants dont elle est séparée. A elles seules, ces attestations ne sont pas suffisantes pour contredire utilement les éléments relevés par l'agent assermenté, cités au point 8.

11. Il résulte de tout ce qui a été dit aux points précédents un faisceau d'indices suffisamment concordants pour établir que Mme B vivait maritalement à compter de janvier 2020, contrairement à ce qu'elle allègue. L'intéressée n'étant pas en situation isolée pendant la période considérée, la caisse d'allocations familiales du Var était fondée à prendre en compte les ressources de son compagnon, M. A, pour calculer les droits de Mme B au RSA sur cette période. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours amiable de la CAF du Var en date du 21 janvier 2022 doivent donc être rejetées.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année :

12. Aux termes de l'article 3 du décret du 29 décembre 2020 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2020 ou, à défaut, du mois de décembre 2020 () ". Aux termes de l'article 6 du même décret : " I. - Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'État par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle l'aide exceptionnelle a été perçue. () ".

13. Ainsi qu'il a été dit au point 11 de la présente décision, Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 21 janvier 2022 par laquelle la commission de recours amiable de la CAF du Var a confirmé un indu de RSA pour la période courant de janvier 2020 à octobre 2021. Par suite, en l'absence de droit au RSA en décembre 2020, Mme B ne pouvait pas bénéficier de l'aide exceptionnelle de fin d'année 2020. C'est donc à bon droit qu'un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année a été mis à sa charge pour le mois de décembre 2020.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision relative à la requête n°2200951 doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de ces conclusions.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu de prime d'activité :

15. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 842-7 du même code : " () Est considérée comme isolée une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire, qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui, notamment, ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité ses ressources et ses charges () ". Aux termes de l'article R. 842-3 du même code : " Le foyer mentionné au 1° de l'article L. 842-3 est composé : 1° Du bénéficiaire ; 2° De son conjoint, concubin, ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité ;() ". Aux termes de l'article R.846-5 de ce code : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ".

16. Pour contester le bien-fondé de l'indu de prime d'activité mis à sa charge, Mme B soutient qu'elle n'avait pas de vie maritale et qu'elle était toujours une personne isolée avec ses deux enfants durant la période en litige. Toutefois, il résulte des motifs qui précèdent et notamment du point 11 de la présente décision, que Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'avait pas de vie maritale. Par suite, c'est à bon droit que la CAF du Var a pris en compte les revenus de celui avec lequel elle était en couple pour calculer le droit à la prime d'activité, tel que défini par les dispositions précitées au point précédent.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de la décision confirmant l'indu de prime d'activité du 21 janvier 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 21 octobre 2021 notifiant une dette de 12 291,77 euros au titre des " " prestations familiales :

18. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ". L'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que les décisions prises à la suite du recours se substituent en principe à la décision initiale, et qu'elles sont seules susceptibles d'être déférées au juge.

19. D'une part, les recours administratifs obligatoires que Mme B a formé contre la décision du 21 octobre 2021 intitulée " notification de dette ", par laquelle le directeur de la CAF du Var a mis à sa charge des indus de " prestations familiales ", d'un montant de 12 291,77 euros ont été rejetés par des décisions du directeur de la CAF du Var du 21 janvier 2022, décisions qui se sont substituées à la décision initiale du 21 octobre 2021 en matière de RSA et de prime d'activité. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'annulation de la décision initiale du 21 octobre 2021 sont irrecevables en tant qu'elles sont dirigées contre les indus de RSA et de prime d'activité et doivent être rejetées. D'autre part, s'agissant l'indu d'aide exceptionnelle de fin d'année, non soumis à recours administratif préalable obligatoire, le rejet, le 21 janvier 2022, par la commission de recours amiable de la CAF, du recours exercé par Mme B contre cet indu le 21 octobre 2021, n'a en revanche pas fait disparaître la décision initiale de notification de cet indu. Toutefois, il résulte des motifs qui précèdent, exposés aux points 11 et 13 que Mme B ne remplissait pas les conditions pour bénéficier de l'aide exceptionnelle de fin d'année pour 2020. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la décision du 21 octobre 2021 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin de condamnation de l'Etat au versement des dommages et intérêts en réparation du préjudice de Mme B :

20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions attaquées ayant été rejetées, il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions à fin de condamnation de l'Etat au versement de dommages et intérêts, sans même qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de telles conclusions.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

21. Les dispositions de l'article L761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement à Mme B de quelque somme que ce soit au titre de ces dispositions en qui concerne les litiges relatifs à la prime d'activité et à l'aide exceptionnelle de fin d'année. Enfin, les conclusions de Mme B tendant à l'application de l'article L761-1 du code de justice administrative, mal dirigées contre l'Etat s'agissant du litige relatif au RSA, doivent également être rejetées, suite au rejet des conclusions à fin d'annulation de l'indu de RSA.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°2200950, n°2200951, n°2200953 et n°2200954 de Mme B sont rejetées.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme C B, à la ministre des solidarités et des familles et au département du Var.

Copie de la présente décision sera faite à la caisse d'allocations familiales du Var.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 22 décembre 2023.

La présidente-rapporteure,

Signé

M. Doumergue

La greffière,

Signé

G. Guth

La République mande et ordonne à la ministre des solidarités et des familles et au préfet du Var, en ce qui les concernent ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière,

2, 2200951, 2200953, 2200954

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