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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2201035

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2201035

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2201035
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantHACHEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 avril 2022 et des mémoires enregistrés le 10 mars et

le 1er juin 2023, la SCI Nohu agissant par son gérant, M. B A, et représentée par Me Hachem, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 février 2022 par lequel le maire de la commune d'Hyères lui a refusé la délivrance d'un permis de construire en vue de l'édification d'une petite maison d'habitation d'une surface de plancher de 39 m², sur une parcelle cadastrée section HI n°166 située 1986 route de la Madrague, sur le territoire de cette commune ;

2°) d'enjoindre au maire d'Hyères de lui délivrer le permis de construire sollicité, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Hyères une somme de 3 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- faute de justification de la délégation régulière accordée à son signataire, la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente mais admet que la justification a été apportée ;

- le motif tiré de l'insuffisance du dossier de demande de permis de construire est illégal ; il appartenait au service instructeur de solliciter soit les pièces obligatoires manquantes dans le délai d'un mois à compter de l'enregistrement de la demande, soit de demander les précisions nécessaires pour fonder son appréciation du respect ou non de l'article UE13 du PLU ; le dossier et notamment la notice descriptive, comporte en outre, les renseignements utiles ;

- le projet ne se situe pas en discontinuité des agglomérations et villages existants au sens de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, disposition qui n'est pas applicable en tant que telle dans la bande des 100 m où se situe le projet ; il ne constitue qu'une densification très limitée de l'urbanisation dans cet espace proche du rivage et non pas une extension de l'urbanisation dès lors qu'il ne se situe pas en dehors des espaces déjà urbanisés dans la bande des 100 m ; le projet devait être analysé au regard de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme et non de l'article L. 121-8 ; ainsi la décision est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation ; si un refus devait être opposé sur ces fondements, il aurait dû l'être au stade de la division parcellaire.

Par des mémoires en défense enregistrés le 10 février 2023 et le 2 mai 2023, la commune d'Hyères, agissant par son maire en exercice et représentée par la SCP d'avocats CGCB et Associés, par Me Barbeau, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de la SCI Nohu une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés et demande qu'au besoin, soit substitué, à raison des mêmes circonstances factuelles, au motif tiré de la méconnaissance de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme celui de la méconnaissance de l'article L. 121-16 du même code.

Par une ordonnance du 23 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 7 décembre 2023 à 12 heures, par application de l'article R.613-1 du code de justice administrative.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bonmati ;

- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Guasch substituant Me Hachem pour la requérante et

de Me Micallef pour la commune de Hyères.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, la SCI Nohu demande l'annulation de l'arrêté du 22 février 2022 par lequel le maire de la commune d'Hyères lui a refusé la délivrance d'un permis de construire en vue de l'édification d'une petite maison d'habitation d'une surface de plancher de 39 m², sur une parcelle cadastrée section HI n°166 située 1986 route de la Madrague, sur le territoire de cette commune.

2. Pour refuser le permis de construire sollicité, la commune a, en premier lieu, relevé que " selon les dispositions de l'article UE 13 du règlement du PLU, le coefficient d'espace libre doit être au minimum égal à 70% de la superficie totale du terrain en zone UEf ", soit en l'espèce une surface minimum de 280 m² " et qu'elles précisent que " les espaces libres doivent être traités en espaces verts de pleine terre. Ils doivent comporter au minimum un arbre de haute tige par 100 m². Les zones laissées libres de toutes constructions et aménagements (aires de stationnements, etc.) seront aménagées en espaces paysagers ou jardins non étanchés non revêtus (arbres de haute tige et arbustes) et pourront intégrer des noues paysagères ou des bassins de rétention pour la gestion des eaux de ruissellement. Les noues et bassins de rétention (qui y sont admis) doivent être végétalisés de façon naturelle (pas de végétation synthétique). ", que " les éléments fournis dans le dossier ne permettent pas de vérifier que les espaces libres sont traités en pleine terre et qu'au vu des éléments susvisés, il ne peut être fait application des dispositions UE 13 du règlement du PLU. "

3. Il ressort de l'examen des pièces du dossier que, contrairement à ce qu'indique la commune, le dossier de demande de permis de construire, notamment les plans de coupe et la notice descriptive, fait clairement apparaître les modalités de traitement des espaces laissés libres, notamment celui de l'aire d'accès et de stationnement, et permettait au service instructeur de s'assurer du respect des dispositions de l'article UE 13 ou, le cas échéant, d'opposer au pétitionnaire le non-respect de ces dispositions par le projet envisagé, ce que la commune n'a pas fait. Il s'ensuit que la requérante est fondée à soutenir que le motif ci-dessus reproduit au point 2 ne pouvait justifier légalement le refus attaqué.

4. La commune relève, en deuxième lieu, que le projet constitue une extension de l'urbanisation méconnaissant l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme aux termes duquel " l'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants ", lequel est effectivement applicable sur l'ensemble du territoire des communes littorales, telle la commune d'Hyères. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'en admettant même, comme le fait valoir la commune, que le terrain se situerait entre la mer et la route de la Madrague, dans un compartiment faiblement urbanisé, il n'en demeure pas moins, au vu notamment des éléments photographiques et cartographiques produits, que cet espace, bien qu'un peu plus faiblement en effet, est néanmoins significativement urbanisé sur toute sa longueur, de part et d'autre de la route de la Madrague, laquelle ne délimite pas réellement un compartiment distinct, et de part et d'autre de la parcelle d'assiette du projet, lequel ne peut ainsi être considéré comme se situant en dehors de cette continuité. Il s'ensuit que la requérante est fondée à soutenir que la décision attaquée, en ce qu'elle oppose la méconnaissance de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, est entachée d'erreur d'appréciation.

5. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

6. La requérante se prévalant également de l'erreur de droit consistant à lui opposer l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme alors que l'article L. 121-16 du même code était applicable, la commune, qui admet que le terrain d'assiette du projet se situe dans la bande littorale des 100 m et présente le caractère d'un espace proche du rivage, demande, en cours d'instance, qu'au motif analysé au point 4, soit substitué celui tiré de la méconnaissance de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme aux termes duquel : " En dehors des espaces urbanisés, les constructions ou installations sont interdites sur une bande littorale de cent mètres à compter de la limite haute du rivage ou des plus hautes eaux pour les plans d'eau intérieurs désignés au 1° de l'article L. 321-2 du code de l'environnement. ".

7. Il résulte de ces dispositions que ne peuvent déroger à l'interdiction de toute construction sur la bande littorale des cent mètres que les projets réalisés dans des espaces urbanisés, caractérisés par un nombre et une densité significatifs de constructions, à la condition qu'ils n'entraînent pas une densification significative de ces espaces.

8. En l'espèce, comme il vient d'être dit, il ressort des pièces du dossier que l'espace dans lequel se situe le projet, en zone urbaine UE du PLU, comporte, sur toute sa longueur, de part et d'autre de la route de la Madrague, incluant la partie comprise entre la route et la mer, à droite comme à gauche du terrain d'assiette, des parcelles bâties, bien que plus ou moins densément selon le côté et les courbes de la route. Il s'ensuit que le projet qui, compte tenu de sa très faible ampleur, n'emporte pas une densification supplémentaire significative de l'urbanisation dans ce secteur, ne peut être considéré comme situé en dehors d'un espace urbanisé au sens des dispositions précitées de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme et que la commune d'Hyères ne peut légalement fonder son refus sur ces dispositions. Il ne peut, par suite, être fait droit à la substitution demandée.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI Nohu est fondée à soutenir que l'arrêté susvisé du 22 février 2022, par lequel le maire de la commune d'Hyères lui a refusé la délivrance d'un permis de construire, est entaché d'illégalité. Il y a lieu, par suite d'en prononcer l'annulation.

10. Pour l'application de l'article L. 600-4 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens soulevés par la requête n'est de nature à fonder l'annulation demandée.

Sur les conclusions d'injonction :

11. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. // La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

12. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction ou d'office en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 citées au point 2 demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle. L'autorisation d'occuper ou utiliser le sol délivrée dans ces conditions peut être contestée par les tiers sans qu'ils puissent se voir opposer les termes du jugement ou de l'arrêt.

13. Eu égard aux motifs d'annulation retenus ci-dessus, il y a lieu, en l'espèce, de faire droit aux conclusions de la SCI Nohu et d'enjoindre à la commune d'Hyères de lui délivrer le permis de construire sollicité, dans le délai de deux mois à compter de la notification qui lui sera faite du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais relatifs au litige :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la commune d'Hyères une somme

de 2 000 euros à verser à la SCI Nohu et de rejeter les conclusions présentées sur ce fondement par la commune d'Hyères, partie perdante à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 22 février 2022 par lequel le maire de la commune d'Hyères a refusé à la SCI Nohu la délivrance d'un permis de construire en vue de l'édification d'une petite maison d'habitation d'une surface de plancher de 39 m², sur une parcelle cadastrée section HI n°166 située 1986 route de la Madrague, sur le territoire de cette commune est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la commune d'Hyères de délivrer à la SCI Nohu le permis de construire qu'elle sollicite en vue de l'édification d'une petite maison d'habitation d'une surface de plancher de 39 m², sur une parcelle cadastrée section HI n°166 située 1986 route de la Madrague sur le territoire de la commune, dans le délai de deux mois à compter de la notification qui lui sera faite du présent jugement.

Article 3 : La commune d'Hyères versera à la SCI Nohu une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête et les conclusions de la commune d'Hyères tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetés.

Article 5 : La présente décision sera notifiée à la SCI Nohu et à la commune de Hyères.

Copie en sera adressée au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Toulon.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

Mme Martin, conseillère,

Mme Bonmati, magistrate honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

D. Bonmati

Le président,

signé

J.F. Sauton

Le greffier,

signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

Le greffier.

N°2201035

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