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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2201062

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2201062

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2201062
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantGIRAUDON VÉRONIQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 avril 2022 et 24 février 2023, la société par actions simplifiée (SAS) Sobeca, représentée par Me Ducrot, doit être regardée comme demandant au tribunal : 1°) à titre principal, d'annuler le titre exécutoire émis le 12 janvier 2022 par la commune de Toulon, d'un montant de 56 643,13 euros, correspondant au solde du décompte général et définitif du marché de travaux notifié le 5 février 2015 ; 2°) à titre subsidiaire, de ramener cette somme à de plus justes proportions ; 3°) de mettre à la charge de la commune de Toulon la somme de 3 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient que : - le titre a été émis par une autorité incompétente ; il n'est pas établi que le bordereau a été signé ; - il est insuffisamment motivé ; - la créance de la commune est prescrite, en vertu des dispositions de la loi du 31 décembre 1968 ; - les révisions négatives de prix sont tardives et excessives. Par deux mémoires en défense, enregistrés les 24 novembre 2022 et 11 avril 2023, la commune de Toulon conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la SAS Sobeca, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - le code général des collectivités territoriales ; - la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ; - le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Hélayel, conseiller, - les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public, - les observations de Me Barbier, représentant la SAS Sobeca, - les observations de Mme B, représentant la commune de Toulon. Considérant ce qui suit : 1. Le 5 février 2015, la commune de Toulon a conclu un marché public de travaux avec la société Sobeca, mandataire d'un groupement solidaire constitué des sociétés Guintoli, Colas et EHTP, ayant pour objet la création et la rénovation de l'ensemble des réseaux du site de " Font Pré ". Le 13 février 2017, la date de réception des travaux a été fixée au 2 mars 2016. Par un courrier du 3 juin 2021, la commune de Toulon a rectifié le projet de décompte général établi par la requérante. Par un courrier du 30 juillet 2021, la commune a informé la requérante qu'en l'absence de contestation présentée dans un délai de trente jours, le décompte notifié par le courrier du 3 juin 2021 était devenu définitif. Le 12 janvier 2022, la commune de Toulon a émis un titre de recette d'un montant de 56 643,13 euros, correspondant à la révision des prix du marché. 2. En premier lieu, l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales dispose que : " () 4° Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. L'envoi sous pli simple ou par voie électronique au redevable de cette ampliation à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître à la collectivité territoriale, à l'établissement public local ou au comptable public vaut notification de ladite ampliation. / En application des articles L. 111-2 et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. () ". 3. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que l'ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif adressée au redevable doit mentionner les nom, prénoms et qualité de la personne qu'il l'a émis et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de l'émetteur. 4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le titre de recette a été signé par M. A, adjoint au maire et que le bordereau de ce titre a été signé électroniquement par l'intéressé, le 13 janvier 2022, via l'application informatique de gestion comptable et financière " Hélios ". Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté. 5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". 6. En vertu de ces dispositions, la mise en recouvrement d'une créance doit comporter, soit dans le titre de perception lui-même, soit par la référence précise à un document joint à ce titre ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul ayant servi à déterminer le montant de la créance. 7. En l'espèce, le titre exécutoire contesté a pour objet " REV PRIX NEG 2015RL2 INVENT V001-TX2016-12/01/2022 ", correspondant au solde du marché public de travaux dont était titulaire la société requérante, à la suite de la révision négative des prix. Cet objet, qui comporte la référence du marché en cause, est donc suffisamment explicite. En outre, le montant figurant sur le titre de recettes est identique au montant de la révision, arrêtée dans le projet de décompte notifié par la commune de Toulon en annexe du courrier du 3 juin 2021. Enfin, par deux courriers datés des 30 juillet et 6 septembre 2021, la commune a informé la requérante de ce qu'un titre de recettes du même montant allait être émis. Dans ces conditions, la société Sobeca n'est pas fondée à soutenir que le montant figurant sur le titre est erroné ou que les modalités de calcul n'ont pas été explicitées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. 8. En troisième lieu, l'article 1 de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics dispose que : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. () ". 9. Il résulte de l'instruction que la somme de 56 643,13 euros figurant sur le titre de recettes contesté est une créance détenue par la commune de Toulon sur la société requérante, de sorte que la loi du 31 décembre 1968 est inapplicable au présent litige. Par suite, le moyen tiré de la prescription de la créance en cause ne peut qu'être écarté. 10. En quatrième et dernier lieu, il n'est pas contesté que le décompte général du marché notifié par la commune de Toulon est devenu définitif, à compter du 28 juillet 2021. Il s'ensuit que la société requérante ne saurait, à l'appui de conclusions dirigées contre le titre exécutoire en litige, présenter des conclusions à fin de modulation de la révision ainsi opérée. 11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Sobeca doit être rejetée. 12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Toulon présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la commune ne faisant au demeurant pas état de l'existence de frais spécifiques dont elle aurait eu la charge. D É C I D E :Article 1er : La requête de la SAS Sobeca est rejetée.Article 2 : Les conclusions de la commune de Toulon présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Sobeca et à la commune de Toulon.Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :M. Philippe Harang, président, M. Zouhaïr Karbal, conseiller,M. David Hélayel, conseiller.Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024. Le rapporteur,SignéD. HELAYEL Le président, Signé Ph. HARANGLa greffière,SignéF. POUPLYLa République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.Pour expédition conforme,La greffière,2N° 220106

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