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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2201078

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2201078

jeudi 9 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2201078
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantVARRON CHARRIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête et des mémoires, enregistrés les 20 avril 2022, 20 mars 2024 et 12 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Varron Charrier, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures : 1°) à titre principal, de condamner le centre hospitalier intercommunal Toulon - La Seyne-sur-Mer (CHITS) à lui verser la somme de 152 432,50 euros, ainsi que les intérêts au taux légal à compter de la date de réception de sa demande préalable et la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices qu'elles estime avoir subis en raison de sa pathologie d'origine professionnelle ; 2°) à titre subsidiaire, de désigner un expert afin d'évaluer ses préjudices physiques et psychologiques ; 3°) de mettre à la charge du CHITS la somme de 3 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient que : - l'inaction du CHITS est constitutive d'une faute, de nature à engager sa responsabilité ; - à défaut, la responsabilité sans faute de l'établissement sera engagée ; - ses préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux doivent être réparés. Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2024, le CHITS, représenté par Me Pontier, conclut : 1°) à titre principal, au rejet de la requête ; 2°) à titre subsidiaire, à ce que l'indemnisation soit ramenée à de plus justes proportions, sans excéder la somme de 59 491,50 euros ; 3°) à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme A, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés. La procédure a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie du Var, qui n'a pas produit de mémoire. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - le code civil ; - le code général de la fonction publique ; - le décret n° 2005-442 du 2 mai 2005 ; - le décret n° 2016-1704 du 12 décembre 2016 ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Hélayel, conseiller, - les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public, - les observations de Me Varron Charrier, représentant Mme A, - les observations de Me Haddad, substituant Me Pontier, représentant le CHITS. Considérant ce qui suit : 1. Mme B A, née le 4 septembre 1955, était adjointe administrative de deuxième classe au centre hospitalier intercommunal Toulon - La Seyne-sur-Mer (CHITS). Le 17 décembre 2021, elle a adressé une demande indemnitaire à cet établissement, du fait de l'imputabilité au service de son état de santé, laquelle a été implicitement rejetée. Sur la responsabilité du CHITS : 2. Aux termes de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun agent public ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. " 3. Pour être qualifiés de harcèlement moral, de tels faits répétés doivent excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. 4. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. 5. Mme A soutient avoir été victime d'un harcèlement de la part du directeur du service informatique recruté par le CHITS à compter du mois de juin 2010 et avoir alerté à plusieurs reprises sa hiérarchie, en vain, sur ces agissements. Elle fait valoir que l'hôpital a dès lors commis une faute en ne prenant aucune mesure pour éviter qu'elle ne subisse le harcèlement de son supérieur hiérarchique direct. A l'appui de ses allégations, Mme A verse au dossier les attestations de quatre anciens agents travaillant au sein de son service, faisant état d'une entreprise de dévalorisation et de mise à l'écart, de menaces, de hurlements, de chantage, d'humiliations, d'un comportement agressif, irrationnel et, partant, d'une nette dégradation des conditions de travail au sein du service. Mme A produit également une lettre du 3 octobre 2011 de la cheffe de centre informatique, adressée au directeur de l'hôpital, faisant état de menaces du même directeur, des répercussions de ce comportement sur son état de santé et de son sentiment d'abandon de la part de la hiérarchie. Cette lettre mentionne le congé de maladie de Mme A mais aussi le suicide d'un agent du service informatique. Ces divers éléments, qui concordent quant à la gravité de la situation prévalant alors au sein du service informatique du CHITS, sont suffisants pour faire présumer un dépassement des limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique à l'encontre, notamment, de Mme A. 6. Or, en défense, le CHITS se borne à faire valoir, d'une part, que le jugement du 5 février 2016, statuant sur une première demande indemnitaire et sur une demande infructueuse de proposition de poste, ne retient aucune faute à son encontre et, d'autre part, que l'inaction de l'établissement n'est pas démontrée par les éléments produits à l'appui de la requête, qui repose sur des " conjectures non étayées ". Dès lors, il doit être tenu pour établi que Mme A a été victime d'agissements constitutifs d'un harcèlement moral, faits que l'établissement a, d'ailleurs, laissé perdurer. Sur les préjudices de Mme A : En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux : S'agissant de l'absence de versement de l'allocation temporaire d'invalidité : 7. L'article L. 824-1 du code général de la fonction publique dispose que : " Le fonctionnaire qui a été atteint d'une invalidité résultant d'un accident de service ayant entraîné une incapacité permanente d'au moins 10 % ou d'une maladie professionnelle peut prétendre à une allocation temporaire d'invalidité cumulable avec son traitement dont le montant est fixé à la fraction du traitement minimal de la grille fixée par décret, correspondant au pourcentage d'invalidité. " 8. Aux termes de l'article 2 du décret du 2 mai 2005 relatif à l'attribution de l'allocation temporaire d'invalidité aux fonctionnaires relevant de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " L'allocation est attribuée aux fonctionnaires maintenus en activité qui justifient d'une invalidité permanente résultant : / () b) Soit de l'une des maladies d'origine professionnelle énumérées par les tableaux mentionnés à l'article L. 461-2 du code de la sécurité sociale ; / c) Soit d'une maladie reconnue d'origine professionnelle dans les conditions mentionnées aux alinéas 3 et 4 de l'article L. 461-1 du code de la sécurité sociale, sous réserve des dispositions de l'article 6 du présent décret. / Les fonctionnaires justifiant se trouver dans les cas prévus aux b et c ne peuvent bénéficier de cette allocation que dans la mesure où l'affection contractée serait susceptible, s'ils relevaient du régime général de sécurité sociale, de leur ouvrir droit à une rente en application des dispositions du livre IV dudit code et de ses textes d'application. " Aux termes de l'article 4 de ce décret : " Le montant de l'allocation temporaire est fixé à la fraction de traitement brut afférent à l'indice 100 prévu par l'article 1er du décret n° 48-1108 du 10 juillet 1948 portant classement hiérarchique des grades et emplois des personnels et militaires de l'Etat relevant du régime général des retraites et par l'article 7 du décret n° 85-1148 du 24 octobre 1985 relatif à la rémunération des personnels civils et militaires de l'Etat, des personnels des collectivités territoriales et des personnels des établissements publics d'hospitalisation, correspondant au taux d'invalidité. " Enfin, l'article 6 du décret précise que : " La réalité des infirmités invoquées par le fonctionnaire, leur imputabilité au service, la reconnaissance du caractère professionnel des maladies, leurs conséquences ainsi que le taux d'invalidité qu'elles entraînent sont appréciés par le conseil médical prévu par l'article 31 du décret du 26 décembre 2003 susvisé. / Le pouvoir de décision appartient, sous réserve de l'avis conforme de la Caisse des dépôts et consignations, à l'autorité qui a qualité pour procéder à la nomination. " 9. En l'espèce, Mme A, qui n'a pas sollicité le versement de l'allocation temporaire d'invalidité, ne démontre pas qu'elle remplissait effectivement les conditions posées par le décret précité, de sorte que le préjudice allégué ne revêt pas un caractère certain. Par suite, la demande présentée à ce titre doit être rejetée. S'agissant de l'absence de versement de primes : 10. Mme A soutient avoir été privée du versement de primes de service à compter de 2017 et ce, jusqu'à sa mise à la retraite à compter du 1er juin 2021. Il résulte de l'instruction que les arrêts de travail de Mme A, prolongés jusqu'au 30 juin 2021, sont consécutifs à la faute commise par le CHITS, le lien entre sa dépression et le service ayant été médicalement constaté. Contrairement à ce que fait valoir l'hôpital en défense, la règle du service fait n'est pas de nature à remettre en cause la chance sérieuse que l'intéressée avait de bénéficier de ses primes jusqu'à la date prévisible de sa retraite. Il ne résulte pas de l'instruction que de telles primes avaient pour objet de compenser des frais, charges ou contraintes liées à l'exercice effectif de ses anciennes fonctions. Il sera fait une exacte appréciation du préjudice subi par Mme A à ce titre, compte tenu de la prime d'un montant de 2 151,61 euros qui lui a été versée au mois de novembre 2016 et de la date à laquelle elle a été mise à la retraite, en condamnant le CHITS à lui verser une somme de 9 502,94 euros. S'agissant de l'incidence professionnelle : 11. Mme A fait valoir qu'elle a été déclarée inapte à l'exercice de toute fonction alors même qu'elle n'avait pas atteint l'âge légal de départ à la retraite et qu'elle n'a bénéficié d'aucun avancement de grade. Il résulte de l'instruction, notamment du tableau récapitulatif de ses appréciations professionnelles dont la teneur n'est pas contestée, que Mme A était en dernier lieu adjointe administrative de 2ème classe, considérée comme un excellent élément et une personne de confiance au sein de son service. Il sera fait une juste appréciation de son préjudice en condamnant le CHITS à lui verser une somme de 4 500 euros. S'agissant des dépenses de santé futures : 12. Mme A ne produit aucun élément à l'appui de sa demande tendant à l'indemnisation de ses dépenses de santé futures et n'établit donc pas le caractère certain du préjudice allégué. Dès lors, la demande présentée sur ce fondement doit être rejetée. En ce qui concerne les préjudices personnels : S'agissant du déficit fonctionnel temporaire : 13. Mme A soutient qu'elle a subi, entre le 12 septembre 2011 et le 19 décembre 2017, 2 291 jours de déficit fonctionnel à 50%, sans toutefois l'établir. Il résulte néanmoins de l'instruction, et notamment du certificat médical établi le 14 septembre 2015, que sa pathologie a causé d'importantes répercussions dans sa vie personnelle et conjugale. Dans les circonstances de l'espèce et sur la base d'un montant journalier de 13 euros pour un déficit total, ainsi que le propose le CHITS, il sera fait une exacte appréciation du préjudice subi, qui comprend la demande formulée au titre des troubles dans les conditions d'existence, en l'évaluant à la somme de 14 891,5 euros. S'agissant des souffrances endurées : 14. Il résulte des documents médicaux produits par Mme A comme des attestations versées au dossier que le harcèlement moral subi par celle-ci a entraîné une dégradation de son état de santé, dont d'importantes souffrances morales. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice, qui comprend le préjudice moral, en condamnant le CHITS à lui verser une somme de 28 000 euros. S'agissant du déficit fonctionnel permanent : 15. Il résulte de l'instruction que le déficit fonctionnel permanent de Mme A, initialement fixé à 5%, a finalement été évalué à 30% à compter de l'expertise du 19 décembre 2017, ce taux figurant notamment sur l'avis du 26 mars 2019 de la commission de réforme. Il résulte de l'instruction que, le 19 décembre 2017, date de la consolidation de son état de santé, Mme A avait 62 ans. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 46 000 euros. S'agissant du préjudice d'agrément : 16. Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu des attestations produites par Mme A, faisant état de l'abandon d'une vie sociale normale, de la pratique du bridge et de ses activités associatives, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 2 000 euros. Sur le total des indemnités dues par le CHITS : 17. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise, que le CHITS doit verser à Mme A une somme de 104 894,44 euros. Sur les intérêts : 18. Mme A a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 104 894,44 euros à compter du 20 décembre 2022, date de réception de sa demande préalable par le CHITS. 19. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 20 avril 2022. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 20 décembre 2023, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date. Sur les frais du litige : 20. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHITS la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens. D É C I D E :Article 1er : Le centre hospitalier intercommunal Toulon - La Seyne-sur-Mer est condamné à verser à Mme A une somme de 104 894,44 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 20 décembre 2022. Les intérêts échus à la date du 20 décembre 2023 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.Article 2 : Le centre hospitalier intercommunal Toulon - La Seyne-sur-Mer versera à Mme A une somme de 1 500 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au directeur du centre hospitalier intercommunal Toulon - La Seyne-sur-Mer.Copie en sera adressée à la caisse primaire d'assurance maladie du Var.Délibéré après l'audience du 19 décembre 2024, à laquelle siégeaient :M. Philippe Harang, président, M. Zouhaïr Karbal, conseiller,M. David Hélayel, conseiller. Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2025. Le rapporteur,SignéD. HELAYEL Le président, Signé Ph. HARANGLa greffière,SignéA. CAILLEAUX La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.Pour expédition conforme,La greffière.2N° 2201078

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