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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2201151

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2201151

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2201151
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantVEDESI ASSOCIATION D' AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 avril 2022 et 14 février 2024, M. B C, représenté par Me Varron Charrier, demande au tribunal :

1°) d'annuler les titres exécutoires émis les 15 décembre 2020 par lesquels le président de la métropole Toulon Provence Méditerranée a mis à sa charge la somme totale de 5 237,69 euros ;

2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer cette somme ;

3°) de mettre à la charge de la métropole Toulon Provence Méditerranée la somme de 3 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il appartiendra à la métropole de démontrer que les titres émis respectent les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- lesdits titres ne comportent pas les bases de liquidation de la créance et les modalités de calcul permettant de comprendre les montants réclamés ;

- le montant des redevances est disproportionné.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 février 2023 et 5 mars 2024, la métropole Toulon Provence Méditerranée, représentée par Me Vergnon, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. C, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté comme inopérant ;

- le surplus des moyens de la requête n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hélayel, rapporteur,

- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,

- les observations de Me Body, substituant Me Varron Charrier, représentant M. C,

- les observations de Me Vergnon, représentant la métropole Toulon Provence Méditerranée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C est propriétaire d'un bateau de plaisance qu'il a amarré au port du Lazaret, sur le territoire de la commune de La Seyne-sur-Mer. Le 15 décembre 2020, le président de la métropole Toulon Provence Méditerranée (TPM) a émis deux titres de recettes, d'un montant de 788,95 et de 4 448,74 euros, au titre de l'occupation sans titre du domaine public, pour l'année 2019 et pour la période allant du mois de janvier au 18 mai 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ". Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dans sa version applicable au litige : " () 4° Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressé aux redevables. () / En application des articles L. 111-2 et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. () ".

3. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doivent mentionner les nom, prénoms et qualité de l'auteur de cette décision de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les noms, prénoms et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.

4. Il résulte de l'instruction que les bordereaux des titres contestés ont été signés électroniquement, le 16 décembre 2020, via l'application informatique de gestion comptable et financière " Hélios ". Toutefois, alors que les titres de recettes et avis des sommes à payer ont été signés par le président de la métropole TPM, les bordereaux comportent la signature de M. A. Or, il résulte de ce qui a été dit précédemment que les nom, prénom et qualité de la personne qui a émis et rendu exécutoire un titre individuel doivent être identiques à ceux qui apparaissent dans le bordereau de titres correspondant. Par suite, les titres en litige ont été adoptés en méconnaissance des dispositions précitées.

5. En second lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". En vertu de ces dispositions, la mise en recouvrement d'une créance doit comporter, soit dans le titre de perception lui-même, soit par la référence précise à un document joint à ce titre ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul ayant servi à déterminer le montant de la créance.

6. En l'espèce, les objets des titres de recettes contestés indiquent, d'une part, " Facture 620/002119 Bateau Solea Impayés 01/01/2019-31/12/2019 " et, d'autre part " Facture 620/001958 Bateau Solea Impayés 01/01/2020 au 18/05/2020 ". Toutefois, il n'est pas établi que ces factures ou tout autre document dans lequel seraient indiquées les bases de liquidation et les modalités de calcul de la somme totale réclamée, auraient été précédemment adressés au requérant. La métropole n'établit que la transmission des titres et factures postérieure à l'émission des titres, en date du 19 mai 2021. Il s'ensuit que le requérant est fondé à soutenir que les titres en litige n'indiquent pas avec suffisamment de clarté les bases de la liquidation.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation des deux titres de recettes émis le 15 décembre 2020.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

8. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions aux fins de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre, statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.

9. Il résulte de l'instruction que les titres de recettes émis le 15 décembre 2020 ne peuvent être annulés que pour des motifs de forme et qu'ils peuvent être régularisés par l'émission de nouveaux titres exécutoires. Par suite, les conclusions tendant à la décharge de l'obligation de payer la somme de 5 237,69 euros doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la métropole TPM demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. C, présentées sur le même fondement.

D É C I D E :

Article 1er : Les titres de recettes émis le 15 décembre 2020 par le président de la métropole Toulon Provence Méditerranée sont annulés.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la métropole Toulon Provence Méditerranée.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

M. Zouhaïr Karbal, conseiller,

M. David Hélayel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

Le rapporteur,

Signé

D. HELAYEL

Le président,

Signé

Ph. HARANG

La greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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