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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2201182

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2201182

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2201182
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMGR AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 2 et 25 mai 2022, 29 juin 2022 et 20 octobre 2022, M. D A, représenté par Me Reghin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2021 par lequel le maire de la commune du Pradet a délivré à M. C B le permis de construire n° PC 083 098 21 10032 en vue de la réalisation d'une maison individuelle sur la parcelle cadastrée section BE n° 99, sise 81, place des Oursinières au Pradet (83 220), ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune du Pradet et de M. B la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme en l'absence de document ayant permis au service instructeur d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement lointain ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article R. 451-1 du code de l'urbanisme en l'absence de mention de la date approximative de construction du bâtiment dont la démolition est envisagée ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article UD 4 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune du Pradet en l'absence de lieu de stockage de déchets adéquat ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article UD 10 du règlement de PLU de la commune du Pradet relatif aux hauteurs des constructions dès lors que la hauteur est limitée à 5 mètres dans le secteur UDo ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article UD 11 du règlement de PLU de la commune du Pradet relatif à l'aspect extérieur des constructions et à l'aménagement de leurs abords dès lors que les constructions projetées portent atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mai 2022, la commune du Pradet, représentée par Me Gravé, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge du requérant la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soulève à titre principal, une fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir du requérant et fait valoir, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2022, M. C B conclut au rejet de la requête.

Il soulève, à titre principal, une fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir du requérant et fait valoir, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le plan local d'urbanisme de la commune du Pradet ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 janvier 2024 :

- le rapport de Mme Le Gars ;

- les conclusions de M. Riffard, rapporteur public ;

- les observations de Me Gonzalez-Lopez, représentant M. A ;

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 24 novembre 2021, le maire de la commune du Pradet a délivré le permis de construire sollicité par M. C B en vue de la réalisation d'une maison individuelle de 181 mètres carrés sur la parcelle cadastrée section BE n° 99, au 81, place des Oursinières au Pradet. M. A demande l'annulation de cet arrêté, ensemble de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'une autorisation d'occupation du sol de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance et à la localisation du projet de construction.

4. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle de M. A, bien que non contigüe au terrain d'assiette du projet, est située, compte-tenu du dénivelé, en amont et à proximité immédiate de la construction projetée. En outre, compte-tenu de la hauteur et la configuration du projet qui prévoit l'installation d'une toiture-terrasse à sept mètres de hauteur, le requérant est fondé à se prévaloir d'un préjudice de vue à raison d'une perte de sa vue mer et d'un trouble de jouissance résultant d'une perte d'intimité. Dans ces conditions, le permis de construire attaqué est de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de M. A. Par suite, la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir du requérant est écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article UD 11 du règlement de PLU de la commune du Pradet : " Les constructions, de par leur situation, leur dimension ou leur aspect extérieur ne doivent pas être de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants aux sites et aux paysages. () Secteur UDo : Dans le secteur UDo, un soin particulier devra être apporté à l'intégration des constructions dans le site. L'aspect architectural des constructions devra respecter l'identité et l'ambiance originelle des lieux liée à la vocation de port de pêche. Les couleurs des façades devront s'inscrire dans les gammes de couleur froide, de préférence d'aspect vieilli. Les couleurs vives sont proscrites. L'architecture contemporaine est autorisée sous condition de respecter l'identité des lieux et notamment les formes, couleurs et matériaux de l'architecture traditionnelle du Port des Oursinières. Volume : Les constructions doivent présenter une simplicité de volume, une unité d'aspect et de matériaux compatible avec la tenue générale de l'agglomération, des bâtiments voisins et l'harmonie des paysages. () ". Par ailleurs, le projet d'aménagement et de développement durable précise que : " Le PLU propose de valoriser et d'embellir le cadre urbain des quartiers littoraux : () - Les Oursinières : () prévoir des prescriptions architecturales particulières pour maintenir le charme des lieux (). ". Enfin, le rapport de présentation du PLU précise que : " Plusieurs secteurs ont été créés afin de prendre en compte la spécificité des lieux : () un secteur UDo correspondant au site pittoresque des maisons du Port des Oursinières où des règles spécifiques sont mises en place afin de préserver l'identité paysagère et architecturale des lieux. (). ".

6. Il résulte de ces dispositions que les auteurs du PLU de la commune du Pradet ont entendu soigner l'insertion des constructions nouvelles dans les sites et paysages, en particulier dans le secteur UDo du port des Oursinières afin d'entretenir et restaurer l'ambiance originelle des lieux caractéristiques d'un petit port de pêche. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, notamment des plans et photographies du dossier de demande, que la construction projetée a un volume de répartition cubique et irrégulière qui n'épouse pas la déclivité du terrain en rupture avec les constructions avoisinantes qui sont de dimensions modestes. De plus, il ressort de ces mêmes pièces que l'aspect extérieur de la construction projetée, entièrement moderne par notamment ses grandes ouvertures, ses piliers, sa toiture-terrasse et la répartition des volumes, ne comporte aucun élément de rappel de l'architecture provençale permettant d'assurer une unité d'aspect et de matériaux avec les bâtiments voisins alors même que les auteurs du PLU de la commune du Pradet ont entendu préserver l'architecture traditionnelle du port des Oursinières. Par ailleurs, le pétitionnaire ne peut utilement se prévaloir d'une photographie d'insertion qui est postérieure à l'arrêté attaqué, qui ne figurait par conséquent pas au dossier de permis de construire et ne permet, dès lors, pas d'apprécier l'insertion de la construction dans l'environnement existant à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, M. A est fondé à soutenir que le maire du Pradet a fait une inexacte application des dispositions précitées en délivrant le permis sollicité.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 novembre 2021 ainsi que, par voie de conséquence, celle de la décision rejetant son recours gracieux. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen soulevé n'est de nature à entraîner l'annulation des décisions attaquées.

Sur la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

8. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à régularisation n'impliquent pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

9. En l'espèce, ni M. B ni la commune du Pradet n'allèguent que les vices retenus sont susceptibles de faire l'objet d'une mesure de régularisation. Au surplus, il résulte des motifs du présent jugement que le vice retenu, qui a trait au parti pris architectural dans un environnement de bord de mer particulièrement protégé par les règles d'urbanisme, affecte l'intégralité du permis de construire en litige et n'est pas susceptible d'être régularisé sans en changer la nature même. Par suite, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, dont le bénéfice n'a pas, au demeurant, pas été sollicité par la défense.

Sur les frais d'instance :

10. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de la commune du Pradet la somme de 1 000 euros à verser à M. A. Il y a également lieu de mettre à la charge de M. B la somme de 1 000 euros, en application de ces mêmes dispositions, à verser à M. A. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge du requérant, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais liés au litige.

DECIDE

Article 1er : L'arrêté susvisé en date du 24 novembre 2021 du maire du Pradet, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux sont annulés.

Article 2 : La commune du Pradet versera à M. A la somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. M. B versera à M. A la somme de 1 000 (mille) euros en application de ces mêmes dispositions. Le surplus des conclusions sur ce fondement est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à la commune du Pradet et à M. C B.

Copie du présent jugement sera transmise au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Toulon, en application des dispositions de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Bailleux, premier conseiller,

Mme Le Gars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.

La rapporteure,

Signé :

H. LE GARS

Le président,

Signé :

J-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

G. RICCI

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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