vendredi 7 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2201196 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CUNIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 mai 2022, M. A B et la SCI Forio, représentés par Me Cunin, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle la commune de Roquebrune-sur-Argens a donné ordre à la société ENEDIS de procéder à la coupure du raccordement au réseau électrique de ses parcelles situées sur le territoire de la commune ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Roquebrune-sur-Argens d'ordonner à la société ENEDIS de rétablir le raccordement au réseau électrique des parcelles précitées, dans un délai de 48 heures à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Roquebrune-sur-Argens une somme de
3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision est irrégulière dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;
- le maire ne dispose pas du pouvoir de s'opposer à un raccordement au réseau électrique déjà raccordé ;
- une telle décision constitue un retrait illégal d'une décision créatrice de droit ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 novembre 2022, la commune de Roquebrune-sur-Argens, représentée par Me Rota, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors qu'il n'est pas établi qu'un ordre de couper le raccordement électrique des parcelles ait été donné à la société ENEDIS ;
- à titre subsidiaire, les moyens invoqués sont infondés.
Par une ordonnance du 5 août 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 janvier 2025 :
- le rapport de M. Quaglierini, rapporteur,
- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique,
- et les observations de Me Cunin pour M. B C, ainsi que celles de
Me Lhotellier, substituant Me Rota, pour la commune de Roquebrune-sur-Argens.
Considérant ce qui suit :
1. M. B est gérant de la SCI Forio, laquelle possède deux parcelles cadastrées AM n°32 et n°35, situées sur le territoire de la commune de Roquebrune-sur-Argens. Le 8 avril 2022, il a appris que ses parcelles n'étaient plus raccordées au réseau électrique et il déclare que la société ENEDIS, contactée par téléphone le 19 avril 2022, lui a précisé avoir procédé à la coupure sur demande de la commune de Roquebrune-sur-Argens. Par leur requête, les intéressés demandent l'annulation de l'ordre donné à ladite commune de couper le raccordement au réseau électrique de leurs parcelles.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
2. La commune de Roquebrune-sur-Argens oppose l'irrecevabilité de la requête dès lors que la décision attaquée est inexistante. Elle fait valoir que les requérants n'établissent pas la matérialité de la décision attaquée et que, si elle a bien interrogé la société ENEDIS sur la nature du raccordement au réseau électrique des parcelles en cause, par un courrier du 18 novembre 2020, il ne résulte pas dudit courrier qu'elle lui ait ordonné de procéder à la coupure du réseau public électrique desservant lesdites parcelles.
3. Les requérants soutiennent, quant à eux, que l'ordre a été donné par la commune de Roquebrune-sur-Argens dès lors que la société ENEDIS l'a affirmé lors d'un entretien téléphonique avec M. B du 19 avril 2022, dont la conversation a été enregistrée et retranscrite dans un procès-verbal de constat de commissaire de justice, produit à l'instance. En outre, les requérants justifient de factures d'électricité rendant peu plausible l'intervention spontanée de la société ENEDIS.
4. Il ressort des pièces du dossier que, d'une part, dans un courrier du 18 novembre 2020 adressé à la société ENEDIS, la commune de Roquebrune-sur-Argens a indiqué ne jamais avoir autorisé de raccordement définitif des fonds en cause. D'autre part, la conversation entre
M. B et un agent de la société ENEDIS du 19 avril 2022 révèle que ce dernier affirme avoir agi sur demande de la commune de Roquebrune-sur-Argens. Il s'ensuit qu'il y a lieu de considérer que l'intervention de la société ENEDIS en litige procède d'une décision de la commune de Roquebrune-sur-Argens, laquelle fait grief aux requérants, quand bien même elle serait non-écrite. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée par la commune doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". L'article L. 121- 2 du même code prévoit toutefois que : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; / 2° Lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public ou la conduite des relations internationales () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 211-11 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ".
6. Tel qu'il a été dit au point 4, la coupure du raccordement au réseau public électrique en litige procède d'une décision de la commune de Roquebrune-sur-Argens. La défenderesse fait valoir que les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ne s'appliquent pas à la décision en litige dès lors qu'elle est motivée par l'urgence et par des nécessités d'ordre public. Elle expose ainsi que les parcelles en cause se situent en zone rouge définie par le plan de prévention des risques inondations, dont l'article 1er proscrit " tous travaux, remblais, constructions et installations de quelque nature qu'ils soient ". Elle expose également que le caravanage est interdit dans cette zone pour la sécurité des personnes, tel que le prévoit son arrêté n°2021/180 du 1er juin 2021, et que deux procès-verbaux d'infraction, du 10 juillet 2020 et du 19 octobre 2021, ont mis en évidence des violations à ces prescriptions, relatant divers aménagements dont un mur en parpaing comportant un compteur électrique ainsi que plusieurs caravanes accueillant des familles à proximité de la berge du cours d'eau " La Fond des Anguilles ".
7. Toutefois, il résulte du procès-verbal d'infraction du 24 janvier 2020 que les aménagements en cause " ont des effets limités sur le fonctionnement naturel du cours d'eau et l'exposition aux phénomènes d'inondation des biens et des personnes placés à l'aval ". Ainsi, les conditions prévues à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration précité ne sont pas remplies et le moyen tiré du vice de procédure, à défaut de procédure contradictoire préalable, doit être accueilli.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision de la commune de faire procéder à la coupure du raccordement au réseau public d'électricité des fonds des requérants, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens invoqués
Sur l'injonction et l'astreinte :
9. Eu égard au motif d'annulation des décisions attaquées, tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire, le présent jugement n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.
Sur les frais liés à l'instance :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de Roquebrune-sur-Argens la somme demandée par M. B C au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
11. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B C, qui ne sont pas la partie perdante, la somme demandée par la commune de Roquebrune-sur-Argens au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la commune de Roquebrune-sur-Argens d'ordonner la coupure du raccordement en réseau électrique des parcelles cadastrées AM n°32, 35 est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Les conclusions de la commune de Roquebrune-sur-Argens au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la SCI Forio et à la commune de Roquebrune-sur-Argens.
Copie en sera adressée pour information au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 7 février 2025 à laquelle siégeaient :
M. Sauton, président,
M. Quaglierini, premier conseiller,
Mme Martin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2025.
Le rapporteur,
Signé
B. Quaglierini
Le président,
Signé
J.-F. Sauton
La greffière,
Signé
B. Ballestracci
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026