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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2201206

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2201206

mardi 12 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2201206
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantDURAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 mai 2022, et un mémoire, enregistré le 22 avril 2024, Mme D A veuve H, Mme G H veuve B, Mme F H épouse C et M. E H, représentés par Me Durand, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 septembre 2021 par lequel le maire de la commune du Beausset ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par la société Free Mobile en vue de l'installation d'une antenne de radiotéléphonie sur la parcelle cadastrée section AK n° 193, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux formé le 30 décembre 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune du Beausset la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils justifient d'un intérêt à agir dès lors qu'ils sont propriétaires de parcelles jouxtant l'unité foncière sur laquelle va être implantée l'antenne concernée ;

- la commune du Beausset est concernée par un plan de prévention des risques naturels portant sur le risque de glissement de terrain ; en l'espèce, l'installation d'une antenne en bord de falaise les expose à un risque de mouvement de terrain ; en l'absence d'étude géotechnique préalable, il appartenait au maire de la commune de s'opposer au projet sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- l'installation de l'antenne en bordure de propriété les obligera à débroussailler une partie de leurs parcelles, ce qui contribuera à accroître le risque de glissement de terrain ;

- le maire aurait également dû s'opposer au projet qui prévoit l'installation de l'antenne en bordure d'une zone densément boisée au regard du risque d'incendie ; la décision attaquée méconnaît ainsi ce risque et dans cette mesure les dispositions précitées de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- en l'absence d'étude géotechnique, la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard du risque de retrait et de gonflement des argiles ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme eu égard à la visibilité du projet autorisé et à son impact sur le site ; les documents produits par le pétitionnaire ne permettent pas d'apprécier l'impact visuel du projet sous l'angle de vue sud/nord, c'est-à-dire de la plaine vers le sommet de la colline ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article A 10 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU).

Par des mémoires en défense, enregistrés le 31 octobre 2022 et le 26 juillet 2024, la société par actions simplifiée (SAS) Free Mobile, représentée par Me Martin, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge des requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du règlement du PLU n'est pas recevable en application des dispositions de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme et, en toute hypothèse, il n'est pas fondé ;

- pour le reste, les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 mars 2023 et le 7 mai 2024, la commune du Beausset, représentée par la Selarl Item Avocats agissant par Me Faure-Bonaccorsi, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête n'est pas recevable en l'absence d'intérêt à agir des requérants ;

- le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du règlement du PLU n'est pas recevable en application des dispositions de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme et, en toute hypothèse, il n'est pas fondé ;

- à titre subsidiaire, les autres moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martin,

- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique,

- les observations de Me Durand pour les consorts H ;

- et les observations de Me Faure-Bonaccorsi pour la commune du Beausset.

Considérant ce qui suit :

1. La société Free Mobile a déposé le 10 août 2021 une déclaration préalable en vue de l'installation d'une antenne de radiotéléphonie sur la parcelle cadastrée section AK n°193 au lieu-dit " La Migua " sur le territoire de la commune du Beausset. Par un arrêté en date du 10 septembre 2021, le maire de la commune du Beausset ne s'est pas opposé à cette déclaration préalable. Les consorts H demandent l'annulation de cet arrêté ainsi que de la décision implicite de rejet de leur recours gracieux formé le 30 décembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet ne peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la commune du Beausset fait l'objet d'un plan de prévention des risques de mouvements de terrain résultant d'un arrêté préfectoral du 29 octobre 1981. Toutefois, il résulte de ce plan de prévention des risques que le terrain d'assiette du projet en litige ne se situe pas dans une zone d'aléa de mouvement de terrain. En conséquence, le projet d'antenne radiotéléphonique n'avait pas à faire l'objet d'une étude géotechnique préalable, de telles études n'étant, en tout état de cause rendues obligatoires par le plan de prévention des risques que pour les projets soumis à un permis de construire.

4. Par ailleurs, la circonstance que la parcelle cadastrée section AK n° 313, classée en zone d'aléa de mouvements de terrain, contrairement au terrain d'assiette du projet, comporte des cavités et présente un affaissement du flanc de colline, ne permet pas, en l'état du dossier et en l'absence de tout autre élément, de mettre en relation l'installation de l'antenne en litige avec une augmentation future du risque de mouvements de terrain. En outre, il n'est également pas démontré que l'obligation de débroussaillage au sein des parcelles appartenant aux intéressés, dans un rayon de 50 mètres autour de l'antenne, serait susceptible d'accroître le risque de mouvements de terrain, les opérations de débroussaillage ne visant ni le déboisement des parcelles concernées ni l'éradication définitive de la végétation. Par suite, les intéressés ne sont pas fondés à soutenir qu'en raison de l'existence d'un risque de mouvements de terrain, le projet litigieux serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

5. En deuxième lieu, les requérants font valoir que la parcelle sur laquelle doit être édifiée l'antenne ainsi qu'une partie des parcelles voisines leur appartenant sont situées en zone d'aléa fort de risque d'incendie. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet qui porte sur une installation technique de service public d'intérêt général et prévoit autour de l'antenne une zone de débroussaillement, serait de nature à augmenter la vulnérabilité du secteur au risque d'incendie. Par suite, le maire de la commune du Beausset n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard des exigences de la sécurité publique prescrites par l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

6. En tout état de cause, il résulte du porter à connaissance relatif au risque d'incendie de forêt du 22 novembre 2021 que lorsqu'un porteur de projet sollicite la commune pour la future implantation de son projet, celle-ci se réfère en amont à la carte d'aléa ainsi qu'aux principes d'urbanisation dudit document afin d'évaluer la faisabilité du projet. A ce titre, si la parcelle d'implantation de l'antenne est classée en zone " F1 " du fait d'un aléa de feu de forêt élevé à très élevé, les principes d'urbanisation de ce document admettent, s'agissant de cette zone, l'installation des antennes et relais de télécommunication. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que la commune du Beausset ne dispose d'aucun plan de prévention des risques relatif au retrait-gonflement des sols argileux mais simplement d'un porter à connaissance relatif à cet aléa. Il résulte de ce document que la parcelle d'assiette du projet est à ce titre soumise à un aléa faible et que le risque en résultant concerne, pour l'essentiel, les constructions à fin d'habitation et non les installations techniques telles que les antennes radiotéléphoniques. Dans ces conditions, et alors qu'aucune étude géotechnique préalable n'était requise pour l'appréciation du dossier de déclaration préalable par le service instructeur, il ne résulte pas des pièces du dossier que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en l'absence de réalisation d'une étude géotechnique préalable. Un tel moyen doit ainsi être écarté.

8. En quatrième lieu, l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme dispose que : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

9. Pour apprécier si un projet porte atteinte, en méconnaissance des dispositions précitées, au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que ce projet, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur ce site.

10. En l'espèce, les intéressés font valoir que l'implantation de l'antenne en bordure de falaise sur un point culminant renforce la visibilité du projet. Toutefois, il ne résulte pas des pièces du dossier que le site d'implantation serait concerné par des prescriptions particulières en matière de protection des paysages de sorte que l'intérêt et le caractère des lieux avoisinants ne sont pas établis. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'antenne, d'une hauteur de 18 mètres, aura un impact visuel limité de par sa composition en treillis métallique et son coloris vert, ces caractéristiques contribuant à son intégration dans le paysage boisé environnant. Par suite, le moyen tiré de ce que le maire de la commune du Beausset aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article R. 111-27 du code l'urbanisme ne peut être accueilli.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code, ou d'une demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant une telle décision, les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. Cette communication s'effectue dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 611-3 du code de justice administrative. () ".

12. Ainsi que le font valoir en défense la commune et la société pétitionnaire, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article A 10 du règlement du PLU est irrecevable dès lors qu'il a été invoqué pour la première fois par les consorts H dans un mémoire complémentaire, enregistré le 27 avril 2024, postérieurement à l'expiration du délai de deux mois mentionné par les dispositions du premier alinéa de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme, qui est intervenue le 3 janvier 2023. En tout état de cause, en l'absence de disposition particulière du PLU de la commune du Beausset relatives aux constructions ne comportant pas de niveaux, la règle fixant la hauteur maximale des constructions à l'égout du toit ne s'applique pas à l'antenne radiotéléphonique en cause.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense par la commune du Beausset, que les consorts H ne sont pas fondés à demander l'annulation, d'une part, de l'arrêté du 10 septembre 2021 par lequel le maire de la commune du Beausset ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par la société Free Mobile et, d'autre part, de la décision implicite de rejet de leur recours gracieux formé le 30 septembre 2021.

Sur les frais relatifs au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune du Beausset, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée à ce titre par les requérants.

15. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des consorts H la somme demandée au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative respectivement par la commune du Beausset et la société Free Mobile.

D E C I D E :

Article 1er : La requête des consorts H est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées au titre de dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative respectivement par la commune du Beausset et par la société Free Mobile sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A veuve H, Mme G H veuve B, Mme F H épouse C et M. E H, à la commune du Beausset et à la société par actions simplifiée Free Mobile.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bernabeu, présidente,

- M. Cros, premier conseiller,

- M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

La présidente,

Signé

M. BERNABEULa greffière,

Signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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