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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2201220

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2201220

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2201220
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 mai 2022, M. D B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a rejeté sa demande tendant à la reprise des services qu'il a effectués en qualité de militaire pour le calcul de son ancienneté à la date de sa titularisation dans le corps des personnels d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire.

Il soutient que :

- il a effectué un certain nombre d'années au sein de l'armée de terre du 7 janvier 1997 au 7 janvier 2008 ; toutefois, l'administration lui refuse la prise en compte de ces services pour le calcul de son ancienneté dans le corps des personnels d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire ;

- or, les agents nommés dans le même corps que le sien, issus des nouvelles promotions, peuvent désormais faire valoir leurs services accomplis dans l'armée en vue d'une reprise d'ancienneté même en cas d'une interruption entre leur nomination en qualité d'élève et l'accomplissement de ces services dans l'armée ;

- le décret n° 2019-1038 du 9 octobre 2019 modifiant le décret n° 2006-441 du 14 avril 2006 portant statut particulier des corps du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire n'est pas rétroactif, ce qui est constitutif d'une rupture d'égalité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 août 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable en l'absence de moyen et à raison de sa tardiveté ;

- à titre subsidiaire, elle n'est pas fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 2006-441 du 14 avril 2006 ;

- le décret n° 2019-1038 du 9 octobre 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bernabeu, présidente-rapporteure,

- et les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteur publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. B, actuellement surveillant pénitentiaire au centre pénitentiaire de Toulon-La Farlède, doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a rejeté sa demande tendant à la reprise des services qu'il a effectués en qualité de militaire pour le calcul de son ancienneté à la date de sa titularisation dans le corps des personnels d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire.

2. Aux termes de l'article 10 du décret du 14 avril 2006 visé ci-dessus, dans sa version applicable à la date de la titularisation de M. B, le 3 décembre 2018, dans le corps des personnels d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire : " I. Sous réserve des dispositions du II, du III et du IV, les surveillants titularisés sont classés au 1er échelon de leur grade. () V. - Les surveillants qui avaient, à la date de leur nomination en tant qu'élève, la qualité de militaire sont classés en application des dispositions des articles L. 4139-1 et L. 4139-3 du code de la défense et des textes réglementaires pris pour leur application. Les surveillants qui avaient, au moment de leur intégration, la qualité de militaire sont classés en application des dispositions de l'article L. 4139-2 du code de la défense et des textes réglementaires pris pour leur application. / Les surveillants qui avaient, au moment de leur intégration, la qualité de militaire sont classés en application des dispositions de l'article L. 4139-2 du code de la défense et des textes réglementaires pris pour leur application ". Et, aux termes de cet article 10 tel que modifié par les dispositions de l'article 4 du décret 2019-10308 du 9 octobre 2019 : " I.-Sous réserve des dispositions du II au VII, les surveillants titularisés sont classés au 1er échelon de leur grade. () V.-Les surveillants qui avaient, à la date de leur nomination en tant qu'élève, la qualité de militaire sont classés en application des dispositions des articles L. 4139-1 et L. 4139-3 du code de la défense. / Ceux qui avaient, au moment de leur intégration, la qualité de militaire sont classés en application des dispositions de l'article L. 4139-2 du même code. / Lorsqu'ils ne peuvent être pris en compte, lors de la titularisation, en application des dispositions des articles L. 4139-1, L. 4139-2, L. 4139-3, R. 4138-39, R. 4139-5, R. 4139-7, R. 4139-9, R. 4139-20 et R. 4139-20-1 du même code, les services accomplis en qualité de militaire autres que ceux accomplis en qualité d'appelé sont pris en compte lors de la nomination à raison des trois quarts de leur durée, s'ils ont été accomplis en qualité d'officier ou de sous-officier, et, sinon, à raison de la moitié de leur durée. () ".

3. Le droit pour un agent public, ancien militaire, à la prise en compte de ses services militaires antérieurs pour le calcul de son ancienneté est régi par les dispositions en vigueur à la date de sa titularisation dans la fonction publique civile, sauf dispositions contraires. Le décret du 9 octobre 2019 ne prévoit aucun effet rétroactif pour l'application de ses dispositions aux fonctionnaires nommés dans le corps du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire avant son entrée en vigueur.

4. M. B, qui a été titularisé le 3 décembre 2018 en tant que surveillant pénitentiaire, ne saurait utilement se prévaloir des dispositions de l'article 10 du décret du 14 avril 2006 susvisé, dans sa version modifiée par les dispositions de l'article 4 du décret du 9 octobre 2029 visé ci-dessus, celles-ci ne présentant pas un caractère rétroactif. Le requérant fait valoir que l'absence de rétroactivité de ces dispositions est constitutive d'une inégalité dès lors que les agents nommés dans le même corps issus des nouvelles promotions peuvent faire valoir leurs services accomplis dans l'armée en vue d'une reprise d'ancienneté, même dans l'hypothèse d'une interruption entre leur nomination en qualité d'élève surveillant et l'accomplissement de ces services dans l'armée. Cependant, le principe d'égalité ne s'oppose ni à ce que le législateur règle de façon différente des situations différentes, ni à ce qu'il déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général, pourvu que dans l'un ou l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la loi qui l'établit. Les agents publics n'ont aucun droit acquis au maintien des dispositions de leur statut. Ainsi, le droit, pour le gouvernement, de modifier ce dernier implique que les agents qui ont été recrutés dans le corps avant la date à laquelle intervient la modification statutaire, ne se trouvent pas dans la même situation que ceux qui y sont recrutés après cette date. Par suite, la circonstance que ni le V de l'article 10 du décret du 14 avril 2006 portant statut particulier des corps du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire, dans sa rédaction issue du décret du 9 octobre 2019, ni aucune autre disposition de ce décret, ne comporte de disposition permettant d'en faire bénéficier les agents du corps du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire déjà en fonction ne méconnaît pas le principe de l'égalité de traitement entre fonctionnaires d'un même corps.

5. Il résulte des dispositions citées au point 2 ci-dessus, de l'article 10 du décret du 14 avril 2006 dans sa version applicable à la situation de M. B, que la reprise d'ancienneté en faveur des militaires est réservée à ceux qui avaient conservé cette qualité à la date de leur nomination comme élève ou leur intégration. En l'espèce, il n'est pas contesté que le requérant a été radié des contrôles le 6 janvier 2008, alors qu'il a été nommé élève surveillant à compter du 3 avril 2017. Il ne pouvait dès lors prétendre à une reprise de son ancienneté de service en qualité de militaire. Par suite, c'est à bon droit que le garde des sceaux, ministre de la justice, a rejeté sa demande tendant à la reprise des services qu'il a effectués en qualité de militaire pour le calcul de son ancienneté à la date de sa titularisation dans le corps des personnels d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B ne peut qu'être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bernabeu, présidente-rapporteure,

- M. A et M. C, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

M. BERNABEUL'assesseur le plus ancien,

Signé

F. ALa greffière,

Signé

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Et par délégation,

Le greffier,

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