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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2201237

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2201237

mercredi 17 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2201237
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantVERGELONI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mai 2022, M. A D, représenté par Me Yoann Laisné, demande au juge des référés :

1°) de prescrire, en application des dispositions de l'article R.532-1 du code de justice administrative, une mesure d'expertise relative à sa prise en charge par l'hôpital d'Instruction des Armées Sainte-Anne (HIA Sainte-Anne) les 27 et 28 mars 2020 ;

2°) de condamner le HIA Sainte-Anne à lui verser la somme de 900 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a été pris en charge au HIA Sainte-Anne le 27 mars 2020 en raison de douleurs qu'il présentait au niveau des jambes et des pieds et a été renvoyé à son domicile avec la prescription d'une radiographie et d'un échodoppler des membres inférieurs afin de rechercher des signes d'insuffisance veineuse ;

- il a ensuite consulté son médecin traitant le 27 mars 2020 qui lui a prescrit une ordonnance de dépistage du covid 19 en raison de signes respiratoires, de troubles digestifs et d'un syndrome grippal ;

- il a été conduit par les pompiers au HIA Sainte-Anne le 28 mars 2020 à 1h13 en raison de sa gêne respiratoire, de la toux et de la fièvre puis, il a été autorisé à sortir de l'établissement hospitalier à 12h52 avec la prescription d'une solution aérosol ;

- en raison de l'aggravation de son état de santé, il a été de nouveau conduit au HIA Sainte-Anne le 28 mars 2020 à 18h00 mais l'établissement a refusé de le prendre en charge ; il a été ensuite conduit en ambulance au centre hospitalier Sainte-Musse le 29 mars 2020 à 5h00 puis hospitalisé en réanimation à la Polyclinique Les Fleurs le même jusqu'au 8 avril 2020 pour une détresse respiratoire aigüe avec tétraparésie sur syndrome de Guillain Barré avec atteinte de l'ensemble des paires crâniennes ; il a été ensuite transféré au centre hospitalier de La Timone où le syndrome de Guillain Barré a été confirmé ;enfin, il est retourné au service de réanimation à la Polyclinique Les Fleurs le 4 juin 2020 avant d'être transféré à l'hôpital René Sabran le

27 octobre 2020 ;

- depuis le 23 avril 2021, il est admis en hospitalisation de jour à l'hôpital René Sabran trois fois par semaine car il est atteint d'une tétraplégie à la suite d'une polyradiculonévrite

sévère survenue au mois de mars 2020 non diagnostiquée par le HIA Sainte-Anne ;

- par suite, l'expertise sollicitée a pour objet de déterminer les fautes commises par le HIA Sainte-Anne lors de sa prise en charge le 28 mars 2020 et du refus d'une nouvelle prise en charge le même jour malgré l'aggravation de son état ainsi que les préjudices subis en raison de cette erreur de diagnostic.

Par un mémoire enregistré le 20 mai 2022, la ministre des armées ne s'oppose pas à la mesure d'expertise sollicitée et émet les réserves d'usage sur le fond.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 mai 2022, la caisse primaire d'assurance maladie du Var, représentée par me Céline Vergeloni, demande de statuer ce que de droit sur la demande d'expertise et informe le tribunal que le montant provisoire de ses débours s'élève à la somme de 422 368,25 euros.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Harang, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur la mesure d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission () ". Le juge des référés peut, sur le fondement de ces dispositions, ordonner une mission d'expertise dès lors que la demande qui lui est présentée n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence de la juridiction administrative et qu'elle n'est pas dépourvue d'utilité.

2. La mesure d'expertise demandée par M. D tend à déterminer les responsabilités encourues à la suite de sa prise en charge par le HIA Sainte-Anne entre les 27 et 28 mars 2020 et le refus de sa nouvelle prise en charge le 28 mars 2020 par le même établissement hospitalier malgré l'aggravation de son état de santé alors qu'il était atteint du syndrome de Guillain-Barré diagnostiqué postérieurement par un autre centre hospitalier. La mesure d'expertise sollicitée, qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues et qui est susceptible de se rattacher à une action ultérieure devant le juge du fond, présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice. Dès lors, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les protestations et réserves :

3. La présente ordonnance n'ayant ni pour objet ni pour effet de mettre en cause la responsabilité des parties précitées, les protestations et réserves formulées par la ministre des Armées sont dépourvues d'objet et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

4. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de

M. D présentées sur ce fondement.

O R D O N N E :

Article 1er : Le Docteur B C, demeurant Polyclinique Saint Jean, 53 avenue desAlpes à Cagnes sur Mer, spécialisé en neurologie, est désigné. Il aura pour mission de procéder, en présence de M. D, de la ministre des armées et de la caisse primaire d'assurance maladie du Var à une expertise médicale à l'effet de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. D et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins, et aux diagnostics pratiqués sur lui lors sa prise en charge par le HIA Sainte-Anne entre les 27 et 28 mars 2020 ainsi que tous documents et pièces qu'il estimera utiles à l'accomplissement de sa mission ;

2°) procéder à l'examen médical de M. D, décrire son état de santé actuel et son état de santé antérieur à son admission au HIA Sainte-Anne à compter du 27 mars 2020, en ne retenant que les seuls antécédents qui peuvent avoir une incidence sur les séquelles en lien avec les soins dispensés ;

3°) décrire les conditions dans lesquelles il a été pris en charge et soigné au HIA Sainte-Anne ainsi que l'état pathologique du requérant ayant conduit aux soins, aux interventions et aux traitements pratiqués,

4°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs diligents et conformes aux données acquises de la science et s'ils étaient adaptés à l'état de M. D et aux symptômes qu'il présentait, donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales du HIA Sainte-Anne,

5°) de manière générale, réunir tous les éléments devant permettre de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation du service ont été commises lors des admissions de M. D au HIA Sainte-Anne, rechercher si les diligences nécessaires pour l'établissement d'un diagnostic exact ont été mises en œuvre, si une recherche du syndrome de Guillain-Barré dont M. D est atteint a été effectuée, rechercher si les interventions et les actes médicaux pratiqués ont été exécutés conformément aux règles de l'art, déterminer les raisons de la dégradation de l'état de santé de M. D et des complications dont il souffre depuis ses hospitalisations,

6°) donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté a un rapport avec l'état initial de M. D ou avec l'évolution prévisible de cet état ; le cas échéant, déterminer la part du préjudice présentant un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement reproché à l'établissement, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale, son évolution ou toute autre cause extérieure,

7°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à M. D une chance sérieuse de guérison des lésions dont il était atteint lors de son admission au HIA Sainte-Anne, donner son avis sur l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue de M. D de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader en raison de ces manquements,

8°) indiquer à quelle date l'état de M. D peut être considéré comme consolidé, préciser s'il subsiste une incapacité permanente partielle et dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressé, et, dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, indiquer si, dès à présent, une incapacité permanente partielle est prévisible et en évaluer l'importance,

9°) dire si l'état de M. D est susceptible de modification ou en amélioration ou en aggravation, dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai,

10°) donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes (souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément spécifique, préjudice psychologique) et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable au manquement éventuellement constaté de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment, aux antécédents médicaux de l'intéressé,

11°) donner son avis sur la répercussion de l'incapacité médicalement constatée sur la vie personnelle et professionnelle de M. D,

12°) donner son avis sur les dépenses de santé de l'intéressé, la nécessité de soins médicaux, paramédicaux, d'appareillage ou de prothèse ainsi que d'aides techniques compensatoires au handicap de la victime, après consolidation, pour éviter une aggravation de l'état séquellaire, justifier l'imputabilité des soins à l'acte dommageable, indépendamment de ceux liés à la pathologie initiale, en précisant s'il s'agit de frais occasionnels c'est-à-dire limités dans le temps ou de frais viagers, c'est-à-dire engagés la vie durant, en précisant la fréquence de leur renouvellement,

13°) donner au tribunal tout autre élément d'information qu'il estimera utile.

L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 3 : L'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 4 : Les frais et honoraires dus à l'expert seront taxés ultérieurement par ordonnance du président du Tribunal qui désignera la ou les parties qui en assumeront la charge conformément à l'article R. 621-11 du code susvisé.

Article 5 : Les droits à remboursement de la caisse primaire d'assurance maladie du Var sont réservés.

Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D, à la ministre des armées et à la caisse primaire d'assurance maladie du Var.

Copie en sera adressée l'expert désigné.

Fait à Toulon, le 17 août 2022.

Le vice-président,

Juge des référés,

signé

Ph. HARANG

La République mande et ordonne au ministre de la santé et des préventions en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Le greffier,

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