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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2201263

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2201263

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2201263
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantVARRON CHARRIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 10 mai 2022, 8 janvier 2024 et 3 mai 2024, Mme B A, représentée par Me Varron-Charrier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler :

- la décision du 13 septembre 2021 du recteur de l'académie de Nice portant compte rendu de rendez-vous de carrière au titre de l'année scolaire 2020-2021, notamment l'appréciation finale de sa valeur professionnelle qualifiée seulement de " très satisfaisant " ;

- la décision du 15 octobre 2021 par laquelle le recteur de l'académie de Nice a rejeté sa demande de révision de cette appréciation finale ;

- la décision du 10 mars 2022 par laquelle le recteur de l'académie de Nice a maintenu cette appréciation finale à titre définitif après saisine de la commission administrative paritaire compétente ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de lui attribuer l'appréciation finale de valeur professionnelle de niveau " excellent " et subsidiairement de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la recevabilité :

- les décisions attaquées ont un caractère décisoire ; elles lui font grief en empêchant sa promotion au grade de la hors-classe ; elles mentionnent qu'elles sont susceptibles de recours contentieux ; elles ne servent pas seulement à préparer l'établissement du tableau d'avancement ;

Sur la légalité externe :

- la décision du 10 mars 2022 a été prise par une autorité incompétente ;

- la procédure suivie est entachée d'irrégularités : d'abord, il appartient au rectorat de démontrer qu'elle a été informée du calendrier mis en place et que les délais ont été respectés, conformément aux dispositions de l'article 3 de l'arrêté du 5 mai 2017 relatif à la mise en œuvre du rendez-vous de carrière des personnels enseignants, d'éducation et de psychologues du ministère chargé de l'éducation nationale ; ensuite, elle n'a pas été mise en mesure de formuler des observations sur l'appréciation portée par l'inspecteur ; les règles de composition de la commission administrative paritaire (CAP) et les modalités de convocation de ses membres n'ont pas été respectées ;

- la décision du 10 mars 2022 est insuffisamment motivée ; le procès-verbal de la CAP n'est pas joint et il n'est pas fait référence à l'avis de la CAP ;

Sur la légalité interne :

- l'appréciation finale " très satisfaisant " qui lui a été attribuée repose sur une erreur manifeste d'appréciation de sa valeur professionnelle ; elle méritait l'appréciation finale " excellent " au regard de l'appréciation finale portée sur son compte rendu de deuxième rendez-vous de carrière du 26 septembre 2019, de ses niveaux d'expertise qui sont majoritairement " excellents " et en progression par rapport au compte rendu de deuxième rendez-vous de carrière, et de l'appréciation littérale élogieuse formulée par son supérieur hiérarchique direct, directeur du centre d'information et d'orientation (CIO).

Par des mémoires en défense enregistrés les 8 décembre 2023, 2 février 2024 et 27 mai 2024, la rectrice de l'académie de Nice conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable car dirigée contre des actes non décisoires ; l'appréciation rectorale relative à la valeur professionnelle de l'agent, figurant dans le compte rendu du troisième rendez-vous de carrière, ne constitue qu'un acte préparatoire à l'établissement du tableau d'avancement au grade de la hors-classe ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

L'affaire, qui relève des dispositions du 2° de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, a été renvoyée en formation collégiale en application des dispositions du second alinéa de l'article R. 222-19 de ce code.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 2017-120 du 1er février 2017 ;

- l'arrêté du 5 mai 2017 relatif à la mise en œuvre du rendez-vous de carrière des personnels enseignants, d'éducation et de psychologues du ministère chargé de l'éducation nationale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 septembre 2024 :

- le rapport de M. Cros ;

- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique ;

- et les observations de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A est psychologue de l'éducation nationale de classe normale depuis le 1er septembre 2017. Elle a atteint le 1er mars 2020 le neuvième des onze échelons de son grade. Elle exerce dans la spécialité " éducation, développement et conseil en orientation scolaire et professionnelle " et est affectée au centre d'information et d'orientation (CIO) de La Seyne-sur-Mer. Dans le cadre du compte rendu de son troisième rendez-vous de carrière, établi le 13 septembre 2021 au titre de l'année scolaire 2020-2021, le recteur de l'académie de Nice lui a attribué une appréciation finale de sa valeur professionnelle de niveau " très satisfaisant ". Le 15 octobre 2021, il a rejeté la demande de l'intéressée tendant à la révision de cette appréciation finale. Le 10 mars 2022, il a maintenu cette dernière au niveau " très satisfaisant " après avoir recueilli l'avis rendu le même jour par la commission administrative paritaire académique compétente à l'égard des psychologues de l'éducation nationale, saisie à la demande de Mme A. Celle-ci demande l'annulation de ces trois décisions des 13 septembre 2021, 15 octobre 2021 et 10 mars 2022.

Sur le cadre juridique du litige :

2. Aux termes de l'article 58 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, alors applicable : " () l'avancement de grade a lieu, selon les proportions définies par les statuts particuliers, suivant l'une ou plusieurs des modalités ci-après : / 1° Soit au choix, par voie d'inscription à un tableau annuel d'avancement, établi par appréciation de la valeur professionnelle et des acquis de l'expérience professionnelle des agents () ".

3. Aux termes de l'article 2 du décret du 1er février 2017 portant dispositions statutaires relatives aux psychologues de l'éducation nationale, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Le corps des psychologues de l'éducation nationale comporte trois classes : / - la classe normale qui comprend onze échelons ; - la hors-classe qui comprend sept échelons ; / - la classe exceptionnelle qui comprend quatre échelons et un échelon spécial ". L'article 16 du même décret dispose que : " Le recteur d'académie sous l'autorité duquel est placé le psychologue de l'éducation nationale, évalue celui-ci, selon les modalités définies ci-après ". Selon l'article 17 de ce décret : " Le psychologue de l'éducation nationale bénéficie de trois rendez-vous de carrière dont l'objectif est d'apprécier la valeur professionnelle de l'intéressé. Ils ont lieu lorsqu'au 31 août de l'année scolaire en cours : / -Pour le premier rendez-vous, le psychologue de l'éducation nationale est dans la deuxième année du 6e échelon de la classe normale ; / -Pour le deuxième rendez-vous, le psychologue de l'éducation nationale justifie d'une ancienneté dans le 8e échelon de la classe normale comprise entre 18 et 30 mois ; / -Pour le troisième rendez-vous, le psychologue de l'éducation nationale est dans la deuxième année du 9e échelon de la classe normale. / () 2. Pour les psychologues de l'éducation nationale de la spécialité " Education, développement et conseil en orientation scolaire et professionnelle " exerçant leurs fonctions dans les centres d'information et d'orientation (), le rendez-vous de carrière comprend un entretien avec l'inspecteur de l'éducation nationale chargé de l'information et de l'orientation et un entretien avec le directeur du centre d'information et d'orientation () ". Aux termes de l'article 18 de ce décret : " Pour les psychologues de l'éducation nationale mentionnés à l'article précédent, le rendez-vous de carrière donne lieu à l'établissement d'un compte rendu. L'appréciation finale de la valeur professionnelle qui figure au compte rendu est arrêtée par le recteur ". Selon l'article 19 de ce décret : " Les modalités d'évaluation de la valeur professionnelle ainsi que les modalités d'élaboration et de communication du compte rendu sont définies par un arrêté du ministre chargé de l'éducation nationale ". Aux termes de l'article 20 de ce décret : " Le psychologue de l'éducation nationale peut saisir le recteur d'une demande de révision de l'appréciation finale de la valeur professionnelle dans un délai de 30 jours francs suivant sa notification. / Le recteur dispose d'un délai de 30 jours francs pour réviser l'appréciation finale de la valeur professionnelle. L'absence de réponse équivaut à un refus de révision. / La commission administrative paritaire compétente peut, sur requête de l'intéressé et sous réserve qu'il ait au préalable exercé le recours mentionné au premier alinéa, demander au recteur la révision de l'appréciation finale de la valeur professionnelle. La commission administrative paritaire compétente doit être saisie dans un délai de 30 jours francs suivant la réponse de l'autorité hiérarchique dans le cadre du recours. / Le recteur notifie au psychologue de l'éducation nationale l'appréciation finale définitive de la valeur professionnelle ".

4. L'article 27 du décret du 1er février 2017 dispose que : " Les psychologues de l'éducation nationale peuvent être promus au grade de psychologues de l'éducation nationale hors-classe lorsqu'ils comptent, au 31 août de l'année au titre de laquelle le tableau d'avancement est établi, au moins deux ans d'ancienneté dans le 9e échelon de la classe normale. / Pour les psychologues de l'éducation nationale mentionnés à l'article 16 du présent décret, le tableau d'avancement est arrêté chaque année par le recteur d'académie, après avis de la commission administrative paritaire compétente, selon des orientations définies par le ministre chargé de l'éducation nationale. / () Le nombre maximum de psychologues de l'éducation nationale pouvant être promus chaque année à la hors-classe est déterminé conformément aux dispositions du décret n° 2005-1090 du 1er septembre 2005 relatif à l'avancement de grade dans les corps des administrations de l'Etat. / Les promotions sont prononcées, dans l'ordre d'inscription au tableau annuel d'avancement, par le recteur d'académie pour les personnels mentionnés à l'article 16 du présent décret () ".

5. Enfin, par une note de service n° 2019-191 du 30 décembre 2019, publiée au bulletin officiel de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports du 2 janvier 2020, le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse a défini, pour l'année 2020, les orientations générales pour l'établissement du tableau d'avancement à la hors-classe des psychologues de l'éducation nationale. Selon ces orientations générales, les recteurs et rectrices d'académie devaient s'appuyer " sur le nombre d'années de présence de l'agent dans la plage d'appel statutaire à la hors-classe et sur l'appréciation de la valeur professionnelle issue du troisième rendez-vous de carrière de l'agent ".

Sur la fin de non-recevoir opposée par la rectrice de l'académie de Nice :

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'appréciation finale de la valeur professionnelle de Mme A figurant dans le compte rendu de son troisième rendez-vous de carrière du 13 septembre 2021 aurait été rendue dans le cadre de l'examen d'un dossier de candidature de l'intéressée pour la promotion au grade de la hors-classe, ni qu'elle viserait exclusivement à préparer l'établissement du tableau annuel d'avancement. Dès lors, cette appréciation finale ne peut pas être regardée comme une simple mesure préparatoire à l'établissement de ce tableau, ni comme un acte insusceptible de faire grief à la requérante. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la rectrice de l'académie de Nice, tirée du caractère non décisoire des actes attaqués, doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

7. Il ressort des pièces du dossier que, dans le compte rendu du deuxième rendez-vous de carrière qui avait été établi le 26 septembre 2019, Mme A avait obtenu une appréciation finale de sa valeur professionnelle de niveau " excellent ", alors qu'elle était notée " excellent " dans 8 rubriques d'évaluation et " très satisfaisant " dans 5 rubriques. Dans le compte rendu du troisième rendez-vous de carrière du 13 septembre 2021, contesté dans la présente instance, son appréciation finale de valeur professionnelle a été diminuée au niveau " très satisfaisant " alors qu'elle a paradoxalement progressé dans les items d'évaluation où elle a obtenu 9 mentions " excellent ", soit une de plus que dans le précédent compte rendu, pour 4 mentions " très satisfaisant ". L'appréciation littérale portée par le directeur du CIO de La Seyne-sur-Mer dans lequel elle exerce ses fonctions, qui était déjà élogieuse dans le compte rendu du 26 septembre 2019, est encore plus favorable et détaillée dans celui du 13 septembre 2021. Si l'appréciation littérale de l'inspecteur de l'éducation nationale chargé de l'information et de l'orientation est plus laconique dans ce dernier compte rendu, elle ne contient cependant aucune critique ni réserve et reste rédigée en des termes généraux. Mme A soutient d'ailleurs sans être contredite que cet inspecteur n'avait été affecté que récemment dans le département du Var et qu'il ne s'était présenté qu'une seule fois au CIO de La Seyne-sur-Mer, le 29 septembre 2020. Enfin, dans ses écritures en défense, la rectrice de l'académie de Nice n'apporte aucun élément de justification, précis et circonstancié, de nature à expliquer la baisse de l'appréciation finale de la valeur professionnelle de la requérante, d'" excellent " à " très satisfaisant ", par rapport au précédent compte rendu de rendez-vous de carrière. L'avis rendu le 10 mars 2022 par la commission administrative paritaire académique compétente à l'égard des psychologues de l'éducation nationale ne contient pas davantage de justification probante. Dans ces conditions, le recteur de l'académie de Nice a commis une erreur manifeste d'appréciation en qualifiant l'appréciation finale de valeur professionnelle de Mme A de " très satisfaisant ", au lieu d'" excellent ", dans le compte rendu de rendez-vous de carrière du 13 septembre 2021.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation des décisions attaquées, sans qu'il soit nécessaire d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. L'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement mais seulement que la rectrice de l'académie de Nice réexamine la situation de Mme A au regard du motif d'annulation énoncé ci-dessus et établisse un nouveau compte rendu de son troisième rendez-vous de carrière, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 13 septembre 2021 du recteur de l'académie de Nice portant compte rendu du troisième rendez-vous de carrière de Mme A, la décision du 15 octobre 2021 par laquelle le recteur a rejeté la demande de l'intéressée tendant à la révision de l'appréciation finale de sa valeur professionnelle figurant dans ce compte rendu, ainsi que la décision du 10 mars 2022 par laquelle le recteur a maintenu cette appréciation finale à titre définitif après saisine de la commission administrative paritaire compétente, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la rectrice de l'académie de Nice de réexaminer la situation de Mme A et d'établir un nouveau compte rendu de son troisième rendez-vous de carrière, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions à fin d'injonction de la requête de Mme A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la ministre de l'éducation nationale.

Copie en sera adressée, pour information, à la rectrice de l'académie de Nice.

Délibéré après l'audience du 16 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bernabeu, présidente,

M. Cros, premier conseiller,

M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

F. CROS

La présidente,

Signé

M. BERNABEU

La greffière,

Signé

G. BODIGER

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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