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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2201325

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2201325

vendredi 24 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2201325
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantDRAGONE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés les 17 mai 2022, 26 juillet et 12 décembre 2023, Mme D B, représentée par Me Dragone, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 décembre 2021 par lequel le président du conseil départemental du Var l'a classée, à compter du 1er décembre 2021, dans le groupe de fonctions A4-3 pour l'attribution de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise, correspondant à un montant de 11 855 euros bruts par an, ensemble les décisions du 18 mars 2022 et du 25 avril 2022 rejetant ses recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au département du Var de la classer dans le groupe A3-2 à compter du 10 décembre 2021 et de régulariser sa situation administrative et financière, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du département du Var la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les trois décisions ont été édictées par une autorité incompétente ;

- elles ne sont pas motivées, en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 10 décembre 2021 est illégal en raison de l'irrégularité de la délibération du 22 novembre 2021 par laquelle le département du Var a mis en place le régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (RIFSEEP) ;

- il est illégal dès lors qu'elle aurait dû être classée dans le groupe A3-2 en raison des fonctions exercées en qualité de responsable de service ;

- il méconnaît le principe d'égalité entre les agents.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 16 février et 9 octobre 2023, le département du Var conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 91-875 du 6 septembre 1991 ;

- le décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 ;

- le décret n° 2020-182 du 27 février 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Martin, rapporteure,

- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique,

- les observations de Me Dragone, représentant Mme B, et celles de la requérante,

- les observations de Mme C, représentant le département du Var.

Une note en délibéré présentée par le département du Var a été enregistrée le 13 janvier 2025.

Une note en délibéré présentée par Mme B a été enregistrée le 22 janvier 2025.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D B, attachée territoriale du département du Var, est responsable de la mission " accompagnement, animation et moyens de fonctionnement des services " au sein de la direction des infrastructures et de la mobilité. Par un arrêté du 10 décembre 2021, le président du conseil départemental a placé l'intéressée, à compter du 1er décembre 2021, dans le groupe de fonctions A4-3 pour l'attribution de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise, correspondant à un montant de 11 855 euros bruts par an. Par deux décisions des 18 mars et 25 avril 2022, le président du département du Var a rejeté les deux recours gracieux exercés par l'intéressée les 19 janvier et 30 mars 2022. Par sa requête, Mme B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté et des deux décisions de rejet de ses recours gracieux.

2. En premier lieu, d'une part, l'arrêté du 10 décembre 2021 a été signé par M. E A, directeur des ressources humaines du département du Var. Il ressort des pièces du dossier que ce dernier a reçu, par un arrêté n° AI 2021-1453 du 5 novembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du département du Var n° 32 du 22 novembre 2021, délégation de signature du président du conseil départemental du Var, aux fins de signer notamment les décisions portant sur l'application du régime indemnitaire des agents du département. D'autre part, s'il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte, les vices propres de la décision rejetant ce recours gracieux ne peuvent être utilement contestés. Dans ces conditions, Mme B ne peut utilement invoquer l'incompétence de l'auteur de l'acte à l'encontre des décisions prises sur ses recours gracieux. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, l'arrêté par lequel le président du conseil départemental du Var a classé Mme B dans un groupe de fonctions déterminant le montant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise lui étant alloué n'entre dans aucune des catégories des décisions mentionnées à l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et n'a donc pas à être motivé en application de ces dispositions. D'autre part, s'il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte, les vices propres de la décision rejetant ce recours gracieux ne peuvent être utilement contestés. Dans ces conditions, Mme B ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration à l'encontre des décisions prises sur ses recours gracieux. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, si Mme B soutient que l'arrêté du 10 décembre 2021 est illégal en raison de l'irrégularité de la délibération du 22 novembre 2021 mettant en place le régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (RIFSEEP), elle n'assortit pas ce moyen, en faisant simplement référence au recours gracieux exercé par le préfet du Var dans un courrier 20 janvier 2022, qu'elle joint aux pièces de sa requête, des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, par sa délibération du 22 novembre 2021, le conseil départemental du Var a mis en place, à compter du 1er décembre 2021, le RIFSEEP, composé d'une part d'une indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE) et d'autre part, d'un complément indemnitaire annuel (CIA). En vue de la détermination du montant de l'IFSE aux agents du département, la délibération a défini les groupes de fonctions, déterminés selon le niveau de responsabilité, d'expertise ou de sujétions, selon la catégorie hiérarchique d'appartenance de l'agent, en prévoyant cinq groupes pour les agents de catégorie A, trois groupes pour les agents de catégorie B, et trois groupes pour les agents de catégorie C, lesquels se subdivisent ensuite en sous-groupes selon les emplois occupés.

6. Il ressort des pièces du dossier que les fonctions de " chargée de mission " sont classées dans le sous-groupe A4-3, alors que celles de " responsable de service " sont classées dans le sous-groupe A3-2. Mme B soutient qu'en sa qualité de " responsabilité de mission ", elle doit être assimilée à une " responsable de service " et non à une " chargée de mission ".

7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment tant de l'organigramme de la direction des infrastructures et de la mobilité que de sa fiche de poste, que l'intéressée a été affectée en qualité de " responsable de la mission accompagnement, animation et moyens de fonctionnement des services ", mission directement rattachée au directeur, au même titre que cinq autres services et sept pôles. Pour justifier de la distinction entre une " mission " et un " service ", le département du Var fait valoir que le premier assure une activité transversale avec une forte dimension de projet, avec ou sans management, alors que le second assure une activité de " service public ou de support ". A ce titre, il ressort de la fiche de poste de Mme B que sa mission assure la mise en œuvre de l'accompagnement et du fonctionnement des services, le pilotage du fonctionnement " en mode projet " et l'harmonisation des pratiques par la formalisation des procédures internes, mais également la communication et la circulation de l'information, le tout en accompagnant les chefs de projets et en animant des groupes métiers et diverses rencontres. Par suite, et alors qu'il est constant que Mme B assure le management de trois personnes, l'intéressée doit être regardée comme assurant la charge d'une " mission " et non d'un " service ", justifiant ainsi sa qualité de " chargée de mission " sous l'égide de laquelle le département du Var a entendu regrouper les " responsables de mission " et les " chargés de mission ". Dans ces conditions, le département du Var n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en classant Mme B au groupe de fonction A4-3 pour l'attribution de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. En cinquième lieu, si Mme B soutient que l'arrêté méconnaît le principe d'égalité, il résulte de ce qui a été dit au point 6 du présent jugement que les fonctions qu'elle assure en qualité de " responsable de mission " sont exercées, en raison des caractéristiques même d'une " mission ", dans des conditions différentes de celles exercées en qualité de " responsable de service ", caractérisant ainsi des situations différentes. En outre, si Mme B soutient qu'une collègue, également " responsable de mission ", a été classée dans le groupe A3-2, il ressort des pièces du dossier que la mission assurée par cette agente dit " mission prévention des risques professionnels " est placée sous la supervision hiérarchique des directeurs généraux adjoints, pour lesquels une " mission " caractérise le découpage classique de ses services, à la différence des autres directions. Par ailleurs, si elle soutient que d'autres structures rattachées aux autres directions exercent les mêmes fonctions que sa mission et sont dénommées " service ", il ressort des pièces du dossier que ces services ne présentent pas exactement les mêmes fonctions que celles prises en charge par la " mission accompagnement, animation et moyens de fonctionnement " dès lors qu'elles absorbent d'autres activités telles que les ressources humaines, la préparation du budget et des marchés, et témoignant ainsi de situations différentes. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par le département du Var au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du département du Var présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au département du Var.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2025 à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

M. Quaglierini, premier conseiller,

Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2025.

La rapporteure,

signé

K. Martin

Le président,

signé

J.-F. Sauton

Le greffier,

signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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