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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2201353

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2201353

lundi 25 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2201353
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantBREJOUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 19 mai 2022, 12 juillet 2023 et 2 juillet 2024, Mme F C et M. B A, représentés par Me Reghin, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2021 par lequel le maire de Garéoult ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de M. E H tendant à édifier un portail et un mur-bahut surmonté d'un grillage en limite Nord-Est de la parcelle cadastrée section A n° 4146, située impasse des Iris sur le territoire communal, ainsi que la décision du 31 mars 2022 rejetant leur recours gracieux formé contre cet arrêté ;

2°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Garéoult et de M. H une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la requête est recevable ; elle n'est pas tardive ; ils ont intérêt et qualité pour agir ;

- il est impossible d'identifier le signataire de l'arrêté attaqué, en méconnaissance des articles L. 111-2 et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le dossier de déclaration préalable est inexact et insuffisant ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article Ud 11 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- il méconnaît l'article Ud 3 du même règlement ;

- il a été obtenu par fraude.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 mars 2024, la commune de Garéoult, représentée par Me Boulan, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par les requérants sont inopérants ou infondés.

Par des mémoires en défense enregistrés les 17 novembre 2022, 18 mars 2024 et 1er août 2024, M. H, représenté par Me Brejoux, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable car les requérants n'ont pas intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés par les requérants sont inopérants ou infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 novembre 2024 :

- le rapport de M. Cros ;

- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique ;

- les observations de Me Gonzalez-Lopez pour Mme C et M. A ;

- et les observations de Me Brejoux pour M. H.

Considérant ce qui suit :

1. M. H a déposé le 17 novembre 2021 une déclaration préalable tendant à régulariser des travaux déjà exécutés d'édification d'un portail et d'un mur-bahut surmonté d'un grillage en limite Nord-Est de la parcelle bâtie cadastrée section A n° 4146, d'une superficie de 1 154 m², située 10 impasse des Iris au lieu-dit Les Clos sur le territoire de la commune de Garéoult et classée en zone Ud du plan local d'urbanisme alors applicable. Par un arrêté du 8 décembre 2021, le maire de Garéoult ne s'est pas opposé à cette déclaration préalable. Par une lettre du 31 janvier 2022 reçue en mairie le 2 février suivant, Mme C et M. A ont formé contre cet arrêté un recours gracieux qui a été expressément rejeté par une décision du 31 mars 2022. Les requérants demandent l'annulation de cet arrêté et de cette décision.

Sur la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt pour agir :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou d'une décision de non-opposition à déclaration préalable, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme C et M. A sont propriétaires depuis le 15 mai 2014 de la parcelle cadastrée section A n° 3536, située 7 impasse des Iris et sur laquelle se trouve leur maison d'habitation. Dès lors, ils sont voisins immédiats du terrain d'assiette du projet. Ils font notamment valoir, d'une part, que les travaux déclarés sont susceptibles d'affecter les conditions d'utilisation du chemin privé qu'ils empruntent pour accéder à leur propre parcelle et, d'autre part, que le lieu d'implantation du portail leur appartient et débouche sur leur propriété. Ils font ainsi état d'éléments relatifs à la nature, à l'importance et à la localisation du projet de clôture et, par suite, justifient de leur intérêt pour agir. La fin de non-recevoir opposée par M. H doit donc être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

5. Aux termes de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute personne a le droit de connaître le prénom, le nom, la qualité et l'adresse administratives de l'agent chargé d'instruire sa demande ou de traiter l'affaire qui la concerne ; ces éléments figurent sur les correspondances qui lui sont adressées () ". Selon l'article L. 212-1 de ce code : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ".

6. D'une part, Mme C et M. A ne peuvent utilement invoquer contre l'arrêté attaqué les dispositions de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, qui sont applicables à l'instruction d'une demande ou au traitement d'une affaire et non à la forme des décisions prises.

7. D'autre part, l'exemplaire de l'arrêté attaqué produit tant par M. H que par la commune de Garéoult mentionne lisiblement le prénom, le nom et la qualité de son auteur, en l'occurrence M. D G, adjoint à l'aménagement du territoire et aux affaires foncières, et comporte la signature de celui-ci. Par conséquent, les dispositions de l'article L. 212-1 du code précité ne sont pas méconnues. La circonstance que les noms et prénoms du signataire ne sont pas lisibles sur l'exemplaire de l'arrêté produit par les requérants est sans incidence à cet égard.

En ce qui concerne la légalité interne :

S'agissant de la composition du dossier de déclaration préalable :

8. La circonstance que le dossier de déclaration préalable ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité la décision de non-opposition que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

9. Si les requérants soutiennent que le plan de masse figurant dans le dossier de déclaration préalable déposé par M. H " omet de préciser que le passage se fait par un chemin privé qui n'est nullement grevé d'une servitude à son profit ", ils ne précisent pas quelles dispositions du code de l'urbanisme relatives à la composition du dossier de déclaration préalable exigeraient d'apporter une telle précision ni, au surplus, en quoi cette omission aurait été de nature à fausser l'appréciation portée par le maire de Garéoult sur la conformité du projet à la réglementation d'urbanisme. Par suite, ce moyen imprécis ne peut qu'être écarté.

S'agissant de l'accès :

10. Aux termes de l'article Ud 3 du règlement du plan local d'urbanisme de Garéoult, dans sa rédaction en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " Accès / Pour être constructible, un terrain doit comporter un accès automobile à une voirie publique ou privée, soit direct, soit par l'intermédiaire d'une servitude de passage aménagé sur fonds voisin () ".

11. Le permis de construire ou la décision de non-opposition à déclaration préalable, qui sont délivrés sous réserve des droits des tiers, ont pour seul objet d'assurer la conformité des travaux qu'ils autorisent avec la réglementation d'urbanisme. Dès lors, si l'administration et, en cas de recours, le juge administratif, doivent s'assurer de l'existence d'une desserte suffisante de la parcelle par une voie ouverte à la circulation publique et, le cas échéant, de l'existence d'un titre créant une servitude de passage donnant accès à cette voie, il ne leur appartient de vérifier ni la validité de cette servitude ni l'existence d'un titre permettant l'utilisation de la voie qu'elle dessert, si elle est privée, lorsque celle-ci est ouverte à la circulation publique.

12. Par ailleurs, comme le rappelle le dernier alinéa de l'article A. 428-4 du code de l'urbanisme, les autorisations d'urbanisme sont délivrées sous réserve du droit des tiers, elles vérifient la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme, elles ne vérifient pas si le projet respecte les autres réglementations et les règles de droit privé. Toute personne s'estimant lésée par la méconnaissance du droit de propriété ou d'autres dispositions de droit privé peut donc faire valoir ses droits en saisissant les tribunaux civils, même si l'autorisation respecte les règles d'urbanisme.

13. D'abord, Mme C et M. A ne peuvent utilement revendiquer la propriété de l'assiette des travaux projetés, l'arrêté attaqué étant délivré sous réserve des droits des tiers.

14. Ensuite, il ressort du plan de masse joint à la déclaration préalable que les travaux projetés donnent sur l'impasse des Iris. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ces travaux déboucheraient sur la parcelle des requérants, alors que la question de la délimitation précise des propriétés en fond d'impasse fait l'objet d'un litige pendant devant la juridiction judiciaire.

15. Enfin, il ressort du plan parcellaire joint à la déclaration préalable que l'impasse des Iris est successivement située sur la parcelle cadastrée A 1199 appartenant aux époux I puis sur les parcelles cadastrées A 1632, 1629 et 1868 appartenant à la commune de Garéoult. Selon un acte notarié du 30 avril 2020, le terrain d'assiette du projet dispose d'une servitude de passage sur la parcelle des époux I. La circonstance que cet acte notarié renvoie à une " annexe 3 " non produite est indifférente dès lors qu'il indique que la servitude s'exerce sur la largeur de l'impasse des Iris. Par ailleurs, il n'est pas contesté que le terrain d'assiette du projet dispose d'un droit de passage sur les trois parcelles communales. Dès lors, ce terrain dispose d'un accès sur la totalité de l'impasse des Iris. Il n'est donc pas enclavé.

16. Il s'ensuit que les dispositions de l'article Ud 3 du règlement du plan local d'urbanisme de Garéoult ne sont pas méconnues.

S'agissant de la fraude :

17. La caractérisation de la fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme. Une information erronée ne peut, à elle seule, faire regarder le pétitionnaire comme s'étant livré à l'occasion du dépôt de sa demande à des manœuvres destinées à tromper l'administration.

18. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le pétitionnaire aurait sciemment tenté de masquer la consistance matérielle ou le statut juridique de la voie permettant d'accéder au terrain d'assiette du projet. Dès lors, la fraude alléguée n'est pas établie.

S'agissant du brise-vue :

19. Aux termes de l'article Ud 11 du règlement du plan local d'urbanisme de Garéoult, dans sa rédaction en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " () Clôtures / La hauteur totale des clôtures est limitée à 2 mètres. / Les brises vues de tous types (panneaux décoratifs, bâches et claustras, etc.) sont interdits () ".

20. Les autorisations d'urbanisme sont accordées ou refusées pour le projet joint au dossier de la demande.

21. Les requérants font valoir que M. H a installé un brise-vue sur le grillage prévu dans la déclaration préalable. Selon le formulaire Cerfa, celle-ci porte seulement sur un " portail battant 3 m de large ", un " mur-bahut hauteur 0,60 m " et un " grillage hauteur 1,2 m ", sans mentionner de brise-vue. Toutefois, le dossier de déclaration préalable, dont la conformité aux règles d'urbanisme s'apprécie au regard de l'ensemble des documents qui le composent, comprend une photographie revêtue du tampon du maire et faisant apparaître un brise-vue sur le grillage situé à gauche du portail. Dès lors, ce brise-vue doit être regardé comme l'un des éléments des travaux déclarés auxquels le maire ne s'est pas opposé, alors que les dispositions de l'article Ud 11 du règlement du plan local d'urbanisme interdisent les brises-vues sans exception. Par suite, l'arrêté attaqué est illégal en tant qu'il autorise ce brise-vue.

En ce qui concerne la portée du vice retenu :

22. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées () contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux () ".

23. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté attaqué est entaché d'un seul vice tenant à l'installation d'un brise-vue sur le grillage. Ce vice qui n'affecte qu'une partie du projet est régularisable. Par suite, l'arrêté attaqué et la décision de rejet du recours gracieux formé par les requérants doivent être annulés seulement dans cette mesure.

Sur les frais liés au litige :

24. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à chaque partie la charge de ses frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 8 décembre 2021 portant non-opposition à la déclaration préalable de M. H et la décision du 31 mars 2022 rejetant le recours gracieux formé par Mme C et M. A contre cet arrêté sont annulés en tant que le maire de Garéoult ne s'est pas opposé à l'installation d'un brise-vue sur le grillage.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F C, à M. B A, à M. E H et à la commune de Garéoult.

Délibéré après l'audience du 4 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bernabeu, présidente,

M. Cros, premier conseiller,

M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

F. CROS

La présidente,

Signé

M. BERNABEU

La greffière,

Signé

G. BODIGER

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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