jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2201358 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 mai 2022, Mme A B doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 mai 2022, par laquelle la directrice générale de l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONACVG) lui a attribué une aide financière de 1 500 euros ;
2°) d'enjoindre à l'ONACVG de " réviser " cette aide.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant au montant de l'aide qui lui est octroyée dès lors que le montant de l'aide financière ne correspond au barème fixé lors de l'examen de son dossier.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2023, la directrice générale de l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre conclut au rejet de la requête.
Elle soutient :
- à titre principal, que la requête est irrecevable, dès lors qu'elle ne contient aucun moyen ;
- à titre subsidiaire, que la requête n'est pas fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n° 2018-1320 du 28 décembre 2018 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Karbal,
- les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C a la qualité d'enfant d'ancien supplétif ayant servi en Algérie. Le 1er février 2021, elle a demandé le bénéfice du dispositif d'aide instauré par le décret du 28 décembre 2018 à destination des enfants d'anciens harkis, moghaznis et personnels des diverses formations supplétives de statut civil de droit local et assimilés. Le 2 mai 2022, la directrice générale de l'ONACVG lui a attribué une aide financière de 1 500 euros. Mme A C demande au tribunal d'annuler cette décision en tant qu'elle a limité le montant de l'aide perçue à 1 500 euros.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 1 du décret du 28 décembre 2018 instituant un dispositif d'aide à destination des enfants d'anciens harkis, moghaznis et personnels des diverses formations supplétives de statut civil de droit local et assimilés : " Les enfants d'anciens harkis, moghaznis et personnels des diverses formations supplétives de statut civil de droit local et assimilés, qui ont séjourné pendant au moins quatre-vingt-dix jours dans l'une des structures dont la liste est fixée en annexe au décret n° 2022-394 du 18 mars 2022 relatif à la commission nationale indépendante de reconnaissance et de réparation des préjudices subis par les harkis, les autres personnes rapatriées d'Algérie anciennement de statut civil de droit local et les membres de leurs familles, à la suite du rapatriement de leur famille sur le territoire national, et qui résident en France de manière stable et effective, peuvent demander, jusqu'au 31 décembre 2022, une aide de solidarité lorsque leurs ressources ne leur permettent pas de s'acquitter de dépenses ayant un caractère essentiel dans les domaines de la santé, du logement ou de la formation et de l'insertion professionnelle. () "
3. Aux termes du second alinéa de l'article 3 du même décret : " Pour attribuer l'aide et en déterminer le montant, le directeur général de l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre prend en compte, d'une part, la durée de séjour du demandeur dans l'une ou plusieurs des structures mentionnées au premier alinéa de l'article 1er et les conditions de scolarisation qu'il y a connues, d'autre part, l'ensemble des éléments de sa situation personnelle en ce qui concerne la composition de son foyer, le niveau de ses revenus et de ses charges, ainsi que la nature et le montant des dépenses mentionnées au premier alinéa de l'article 1er demeurant à sa charge après prise en compte, le cas échéant, des dispositifs de droit commun existants susceptibles de les couvrir. ".
4. En premier lieu, par une instruction n°2019-01/ONACVG du 7 janvier 2019 relative au dispositif d'aide de solidarité à destination des enfants d'ex-membres des formations supplétives et assimilées ayant servi l'armée française pendant la guerre d'Algérie, l'ONACVG a défini les modalités de traitement des demandes au titre du dispositif institué par le décret du 28 décembre 2018. L'annexe 3 de l'instruction, intitulée " Fiche d'aide à la décision ", fixe le nombre de points à attribuer en fonction de la durée du séjour dans les camps ou hameaux d'une part, et d'autre part, de la situation sociale et financière du demandeur au moment de la demande. Cette annexe prévoit notamment, l'attribution de 5 points pour une durée de séjour comprise entre 3 mois et deux ans et de 30 points supplémentaires pour un réel disponible par personne de 600 à 900 euros.
5. Il résulte de l'instruction Mme A C a séjourné dans les camps et hameaux 1 an et 16 jours et que son réel disponible est de 619,75 euros. En application de l'annexe 3 de l'instruction du 7 janvier 2020, la requérante s'est vue attribuer un total de 35 points.
6. En deuxième lieu, l'annexe 3 de l'instruction du 7 janvier 2020 détermine, au regard du nombre de points attribués à l'intéressée, quatre ordres de priorité. Cette annexe prévoit notamment, pour la priorité n°3 qui correspond à un nombre total de points compris entre 31 et 60, que le montant de l'aide est compris entre 20 % et 50 % de la somme de 10 000 euros, soit un montant compris entre 2 000 euros et 5 000 euros.
7. Il résulte de ce qui a été dit au point 5, que Mme A C a obtenu 5 points au titre de sa durée de séjour dans les camps et hameaux et que l'ONACVG lui a également attribué 30 points au titre de son revenu réel disponible. Ce total de 35 points correspond ainsi à une priorité 3. Dès lors, en attribuant à Mme A C une somme de 1 500 euros, l'ONACVG a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation de la situation de la requérante et par suite, il y a lieu de fixer le montant de l'aide dont devait bénéficier Mme A C à la somme de 2 000 euros.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que la décision du 2 mai 2022 est annulée en tant qu'elle a accordé à Mme A C un montant inférieur à 2000 euros.
Sur l'injonction :
9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espère, d'enjoindre à l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONACVG) de verser à Mme A C, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, une somme supplémentaire d'un montant minimum de 500 euros.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 2 mai 2022 de la directrice générale de l'ONACVG est annulée en tant qu'elle a accordé à Mme A C un montant inférieur à 2 000 euros.
Article 2 : Il est enjoint à l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONACVG) de verser à Mme A C, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, une somme supplémentaire d'un montant minimum de 500 euros.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Philippe Harang, président,
M. Zouhaïr Karbal, conseiller,
Mme Mathilde Montalieu, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
Le rapporteur,
Signé
Z. KARBAL
Le président,
Signé
Ph. HARANG
La greffière,
Signé
A. CAILLEAUX
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
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03/08/2026