vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2201412 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 mai 2022, la SCI La Noue agissant par son gérant et représentée par Me Kujawa, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 décembre 2021 par lequel le maire de la commune de Saint-Cyr-sur-Mer s'est opposé à la déclaration préalable qu'elle avait déposée en vue de la régularisation des modifications des façades et des ouvertures d'une maison individuelle existante au Sud de la parcelle cadastrée DW0015, DW0016, DW0098, DW0099 située 522, chemin du Péras sur le territoire de cette commune, ensemble la décision tacite, acquise le 4 avril 2022, de rejet de son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Cyr-sur-Mer une somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les deux bâtiments présents sur le terrain, conformes en tout point aux prescriptions des autorisations de construire à l'exception de la modification d'ouverture mineure objet de la déclaration préalable, sont deux maisons d'habitation conçues comme telles, bien qu'édifiées en vertu d'autorisations de construire portant d'une part sur une maison d'habitation et d'autre part sur deux bâtiments agricoles (hangar à chevaux et remise agricole), la conformité de ces travaux ayant bénéficié une décision tacite de non-opposition ; c'est à ce titre qu'ils ont été acquis et figurent à l'acte de vente ; ainsi la commune ne pouvait se prévaloir d'un changement de destination qui n'aurait pas été autorisé ;
- elle peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme dès lors que la construction sur laquelle porte la déclaration préalable en litige, laquelle n'a pas pour objet un changement de destination, a bien été autorisée par un permis de construire.
Par une ordonnance du 24 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée
au 8 décembre 2023 à 12 heures, par application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bonmati ;
- et les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique ;
- les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, la SCI La Noue demande l'annulation de l'arrêté du 3 décembre 2021 par lequel le maire de la commune de Saint-Cyr-sur-Mer s'est opposé à la déclaration préalable qu'elle avait déposée en vue de la régularisation des modifications des façades et des ouvertures d'une maison individuelle existante au Sud de la parcelle cadastrée DW0015, DW0016, DW0098, DW0099 située 522, chemin du Péras sur le territoire de cette commune, ensemble de la décision tacite, acquise le 4 avril 2022, de rejet de son recours gracieux.
2. Pour s'opposer à la déclaration préalable déposée par la SCI La Noue, la commune de Saint-Cyr-sur-Mer a retenu que la demande avait pour objet de régulariser les modifications apportées à une construction à usage d'habitation dépourvue d'existence légale, celle-ci ayant été édifiée en vertu d'un permis délivré pour un hangar agricole, que les dispositions relatives à la zone A du PLU de la commune s'opposent au changement de destination de bâtiments agricoles en logements d'habitation, que les modifications sollicitées excèdent les règles d'extension limitée et que la demande " ne portait pas sur l'ensemble des éléments de la construction qui ont eu pour effet de modifier le bâtiment tel qu'il avait été initialement approuvé et notamment le changement de destination du hangar agricole ".
3. Pour contester l'arrêté attaqué, la requérante soutient que le bâtiment sur lequel porte la déclaration de travaux est une maison d'habitation conçue comme telle dès l'origine, bien qu'édifiée en vertu d'un permis de construire délivré pour la construction de bâtiments agricoles (hangar à chevaux et remise agricole) et qu'elle-même a acquise comme telle ainsi qu'il résulte de son acte de propriété. Elle fait valoir que cette construction a bien été autorisée en vertu d'un permis de construire et qu'elle peut, en conséquence, revendiquer le bénéfice des dispositions de l'article
L. 421-9 du code de l'urbanisme.
4. Aux termes de ces dispositions : " Lorsqu'une construction est achevée depuis plus de dix ans, le refus de permis de construire ou la décision d'opposition à déclaration préalable ne peut être fondé sur l'irrégularité de la construction initiale au regard du droit de l'urbanisme. // Les dispositions du premier alinéa ne sont pas applicables : () 5° Lorsque la construction a été réalisée sans qu'aucun permis de construire n'ait été obtenu alors que celui-ci était requis ; (). ".
5. Lorsqu'une construction a été édifiée en violation des prescriptions du permis de construire initialement sollicité ou a fait l'objet de transformations sans les autorisations d'urbanisme requises, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de déposer une déclaration ou de présenter une demande de permis portant sur l'ensemble des éléments de la construction qui ont eu ou auront pour effet de modifier le bâtiment tel qu'il avait été initialement approuvé ou de changer sa destination. Il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une telle déclaration ou demande de permis, de statuer au vu de l'ensemble des pièces du dossier d'après les règles d'urbanisme en vigueur à la date de sa décision. Elle doit tenir compte, le cas échéant, de l'application des dispositions de l'article L. 421-9 précitées. Dans cette dernière hypothèse, si l'ensemble des éléments de la construction mentionnés au point 2 ne peuvent être autorisés au regard des règles d'urbanisme en vigueur à la date de sa décision, l'autorité administrative a toutefois la faculté, lorsque les éléments de construction non autorisés antérieurement sont anciens et ne peuvent plus faire l'objet d'aucune action pénale ou civile, après avoir apprécié les différents intérêts publics et privés en présence au vu de cette demande, d'autoriser, parmi les travaux demandés, ceux qui sont nécessaires à la préservation de la construction et au respect des normes. Dans l'hypothèse d'un changement de destination, l'autorité compétente doit prendre en considération la destination du bâtiment telle qu'elle a été initialement autorisée ainsi que, le cas échéant, tout changement ultérieur de destination qui a fait l'objet d'une autorisation, mais non la destination donnée à l'immeuble par les travaux réalisés de façon irrégulière.
6. Il résulte des considérations qui précèdent que, même si la destination effective de l'immeuble a été modifiée dès l'origine, la construction initialement autorisée était bien à usage de bâtiment agricole (hangar à chevaux et remise agricole) et sa transformation en logement d'habitation n'avait fait l'objet d'aucune autorisation en vue de son changement de destination alors que, eu égard à la surface habitable aménagée, de 320 m², un tel permis était requis en vertu de l'article R. 421-14 du code de l'urbanisme, même en l'absence de création ou modification de surface de plancher. Si la requérante soutient qu'un permis de construire a été délivré en 1996 et que la conformité des travaux a bénéficié d'une non-opposition tacite, circonstance qui, en tant que telle, est inopérante, elle admet explicitement que cette autorisation avait bien pour objet l'édification de bâtiments agricoles et non la transformation de ces bâtiments en locaux d'habitation. Il est par ailleurs constant d'une part, que la déclaration de travaux ne portait pas sur le changement de destination de l'immeuble et d'autre part, que les travaux projetés n'avaient aucunement pour objet de préserver la construction et le respect des normes. Ainsi, la requérante ne saurait revendiquer le bénéfice des dispositions précitées de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme dont le 5°) exclut explicitement de son champ d'application les constructions édifiées sans permis de construire alors que celui-ci était requis. Il s'ensuit que c'est à bon droit que le maire de la commune de Saint-Cyr-sur-Mer s'est opposé à la déclaration préalable en litige.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SCI La Noue doit être rejetée, y compris ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SCI La Noue est rejetée.
Article 2 : La présente décision sera notifiée à la SCI La Noue et à la commune de Saint-Cyr-sur-Mer.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Sauton, président,
Mme Martin, conseillère,
Mme Bonmati, magistrate honoraire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
La rapporteure,
signé
D. Bonmati
Le président,
signé
J.F. Sauton
Le greffier,
signé
P. Bérenger
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
Le greffier.
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