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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2201437

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2201437

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2201437
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon a annulé la décision du 30 mars 2022 par laquelle le chef d'établissement de la maison d'arrêt de Draguignan a déclassé M. A de son poste de magasinier. La juridiction a jugé que la procédure était irrégulière, car l'administration pénitentiaire n'avait pas donné suite à la demande du détenu de se faire assister par un avocat, en méconnaissance des droits de la défense garantis par l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration. Le tribunal a enjoint au ministre de la justice d'effacer toute mention relative à cette mesure du dossier de M. A dans un délai d'un mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 mai 2022 et le 15 juin 2022, M. B A, représenté par Me Lendom, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 30 mars 2022 par laquelle le chef d'établissement de la maison d'arrêt de Draguignan l'a déclassé du poste de travail de magasinier ;

3°) d'enjoindre à l'administration pénitentiaire d'effacer toute mention relative à cette mesure de son dossier ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les droits de la défense et les garanties du procès équitable ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Une mise en demeure a été adressée le 16 mai 2024 au garde des sceaux, ministre de la justice.

Par une ordonnance du 18 juin 2024, la clôture de l'instruction a été reportée au 2 septembre 2024 à 12h00.

Un mémoire présenté par le garde des sceaux, ministre de la justice, enregistré le 27 septembre 2024, n'a pas été communiqué.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 septembre 2022, rectifiée le 6 août 2024, du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulon.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Montalieu, conseillère,

- et les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public,

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a été écroué à la maison d'arrêt de Draguignan du 30 octobre 2020 au 29 août 2022. Le 24 mars 2022, il a fait l'objet d'un compte-rendu d'incident survenu à l'occasion de son activité professionnelle. Par une décision du 28 mars 2022, il a été suspendu de l'exercice de son activité professionnelle à titre conservatoire. Par une décision du 30 mars 2022, le chef d'établissement de la maison d'arrêt de Draguignan l'a déclassé du poste de travail de magasinier.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulon a, par une décision du 6 septembre 2022, rectifiée le 6 août 2024, accordé à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions du requérant tendant à ce que soit prononcée son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet.

Sur l'acquiescement aux faits :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 612-3 du code de justice administrative : " Lorsqu'une des parties appelées à produire un mémoire n'a pas respecté le délai qui lui a été imparti en exécution des articles R. 611-10, R. 611-17 et R. 611-26, le président de la formation de jugement () peut lui adresser une mise en demeure ". En vertu des dispositions de l'article R. 612-6 du même code : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".

4. Malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 16 mai 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice n'a produit aucun mémoire avant la clôture de l'instruction. Il est donc réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête. Il appartient toutefois au juge de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par les pièces du dossier.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ". Ces dispositions impliquent que l'intéressé ait été informé en temps utile de la possibilité de se faire assister d'un avocat, possibilité dont il appartient à l'administration pénitentiaire d'assurer la mise en œuvre lorsqu'un détenu en fait la demande.

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'accusé de réception de la mesure de suspension prononcée le 28 mars 2022 à titre conservatoire, que M. A a demandé à se faire assister par son avocat dans le cadre de la procédure initiée à son encontre sur le fondement de l'article D. 432-4 du code de procédure pénale, alors en vigueur. Il fait valoir que cette demande n'a pas été transmise à son conseil par l'administration pénitentiaire. Ces allégations ne sont pas contredites par les pièces du dossier. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision attaquée est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière, qui l'a privé d'une garantie.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, que le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision du 30 mars 2022 par laquelle il a été déclassé de son poste de travail de magasinier.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'administration pénitentiaire efface du dossier de M. A toute mention relative à la décision en litige. Il y a lieu d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice d'y faire procéder, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 100 euros à verser au conseil de M. A en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de son renoncement à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à ce que le tribunal lui accorde à titre provisoire le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision du 30 mars 2022 du chef d'établissement de la maison d'arrêt de Draguignan portant déclassement du poste de travail de magasinier est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice d'effacer du dossier pénitentiaire de M. A toute mention relative à la décision en litige, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera une somme de 1 100 euros au conseil de M. A en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de son renoncement à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au garde des sceaux, ministre de la justice et à Me Lendom.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Harang, président,

M. Zouhaïr Karbal, conseiller,

Mme Mathilde Montalieu, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

M. MONTALIEU

Le président,

Signé

Ph. HARANGLa greffière,

Signé

F. POUPLY

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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