mercredi 17 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2201465 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | ITEM AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er juin 2022 et des mémoires enregistrés le 24 juillet 2023 et le 28 novembre 2023, M. C F et Mme D E, représentés par la SELARL LLC et Associés, devenue ITEM Avocats, par Me Reghin, demandent au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2021 par lequel le maire de Toulon s'est opposé à la déclaration préalable qu'ils ont déposée en vue de la division en deux lots dont l'un déjà bâti et la création d'une plateforme de stationnement sur un terrain cadastré 137 DE 113 situé 237, impasse de la Valbourdine, sur le territoire de cette commune, ensemble la décision du 28 mars 2022 portant rejet de leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Toulon une somme de 2 000 euros à leur verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
agir ;
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable tant en ce qui concerne le respect des délais que leur intérêt pour
- la décision émane d'une autorité incompétente pour autant qu'il n'est pas justifié de la
-
délégation régulière accordée à son signataire ;
- ils ont obtenu un certificat d'urbanisme opérationnel le 25 mai 2020 dont ils ont respecté toutes les prescriptions ; ce certificat a créé des droits et contrairement à ce qu'indique la commune, la demande correspondait exactement à l'objet de la déclaration en litige ; le motif tiré de la violation de l'article UE3 du PLU est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
-
- la division parcellaire porte sur une seule unité foncière appartenant aux requérants en indivision ; ainsi le fait que les emplacements de stationnement d'un lot se trouvent sur l'autre lot ne constitue pas une violation de l'article UE12 du PLU contrairement à ce qu'a estimé la commune ; ce motif est donc entaché d'une erreur de droit ;
- l'accès des véhicules tel qu'il résulte de la déclaration préalable est conforme aux règles exigibles en matière de défense contre l'incendie et le terrain se trouve à proximité immédiate de 3 bornes d'incendie normalisées ; la commune est induite en erreur par l'avis du service DECI ; le motif tiré de la violation de l'article R.111-12 du code de l'urbanisme est entaché d'illégalité ;
Par des mémoires en défense enregistrés le 2 février 2023 et le 31 octobre 2023, la commune de Toulon, agissant par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge des requérants une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 30 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 28 novembre 2023, par application de l'article R.613-1 du code de justice administrative.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bonmati ;
- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Faure-Bonaccorsi pour les requérants et de Mme G pour la commune de Toulon.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, M. F et Mme E, se prévalant du certificat d'urbanisme opérationnel aux fins de détachement d'un lot en vue de construire une maison individuelle, délivré le 25 mai 2020 à Mme A, alors propriétaire du terrain qu'elle leur a ultérieurement cédé, demandent l'annulation de l'arrêté du 29 novembre 2021 par lequel le maire de Toulon s'est opposé à la déclaration préalable qu'ils ont déposée en vue de la division en deux lots dont l'un déjà bâti et la création d'une plateforme de stationnement sur un terrain cadastré 137 DE 113 situé 237, impasse de la Valbourdine, en zone UEp du PLU, sur le territoire de cette commune, ensemble la décision du 28 mars 2022 portant rejet de leur recours gracieux.
1.
2. Il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du maire de Toulon du 21 juin 2021, régulièrement publié au recueil, affiché et transmis au contrôle de légalité, M. B, 11ème adjoint, a reçu délégation à l'effet notamment de signer " tous les actes d'instruction et de décision relatifs aux demandes de certificats d'urbanisme, de permis de construire et autres autorisations d'occupation ou d'utilisation des sols. ". Il s'ensuit que le moyen invoqué tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
3. Pour s'opposer à la déclaration préalable en litige, la commune de Toulon s'est fondée d'une part sur le non-respect des dispositions de l'article UE3 du plan local d'urbanisme et d'autre part, sur la circonstance que le service instructeur n'a pas été mis en mesure d'apprécier le respect de l'article UE9 relatif à l'emprise au sol des constructions. En défense et dans sa décision portant rejet du recours gracieux des requérants, la commune a ajouté que le projet méconnaissait également les dispositions de l'article UE12 du PLU relatifs au stationnement et de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme, estimant que la sécurité n'est pas assurée faute d'accès suffisant pour les engins de lutte contre l'incendie.
4. Aux termes de l'article UE3 du PLU relatif aux conditions de desserte des terrains par les voies publiques ou privées et accès aux voies ouvertes au public : " Les caractéristiques des accès et des voiries existantes doivent permettre de satisfaire aux règles minimales de desserte : défense contre l'incendie, protection civile, brancardage, etc // 1°) Accès // a) Les accès doivent être en nombre limité, localisés et configurés en tenant compte des critères suivants : // - la topographie et morphologie des lieux dans lesquels s'insère la construction ; // - la nature des voies sur lesquelles les accès sont susceptibles d'être aménagés afin de préserver la sécurité des personnes (visibilité, vitesse sur voie, intensité du trafic.) ; // - le type de trafic engendré par la construction (fréquence journalière et nombres de véhicules accédant à la construction, type de véhicules concernés.) ; // - les conditions permettant l'entrée et la sortie des véhicules dans le terrain sans manœuvre sur la voie de desserte. // b) Pour être constructible, un terrain doit comporter un accès automobile à une voie publique ou privée, soit directement, soit par l'intermédiaire d'un passage aménagé sur fonds voisin ou éventuellement obtenu par l'application de l'article 682 du code civil relatif aux terrains enclavés. L'accès doit répondre à l'importance et à la destination de la construction ou de l'ensemble des constructions qui y sont édifiés ou dont l'édification est demandée. // 2°) Desserte //
- Les terrains doivent être desservis par des voies publiques ou privées, répondant à l'importance et à la destination de la construction ou de l'ensemble des constructions qui y sont édifiées ou dont l'édification est demandée. // - La largeur des voies nouvelles desservant des constructions à usage d'habitation est fixée à 4 m minimum ou 3,50 m lorsqu'elles sont en sens unique. Pour les opérations de plus de 4 logements, elles devront en plus de ces 4 m ou 3,50 m comporter la réalisation d'aménagements (cheminement piétons, circulation des personnes à mobilité réduite, etc..). //- Aucune voie automobile nouvelle d'intérêt privé ne doit avoir une largeur utile inférieure à 4 m. // - Dans tous les cas, le pourcentage maximal de la pente de ces voies nouvelles sera de 15% en tout point dans l'axe de la voie. Pour les rampes d'accès en sous-sol, le pourcentage maximal de la pente sera de 18% en tout point dans l'axe de la voie. // - Les voies en impasse doivent être aménagées pour permettre le retournement et la manœuvre des véhicules y compris des véhicules de secours. Une aire de retournement aux dimensions adaptées sera obligatoire pour toute impasse de plus de 60 m. ".
5. Il ressort de l'examen des pièces produites par les deux parties, que le dossier de déclaration préalable déposé par les requérants, qui avait un double objet de division parcellaire et d'aménagement d'une plateforme de stationnement, comportait un projet de constitution de servitude de cour commune destiné à permettre l'accès au lot créé depuis l'accès commun mutualisé exigé par le certificat d'urbanisme du 25 mai 2020. Ainsi et contrairement à ce qu'a estimé la commune, l'existence d'un titre de création d'une servitude de cour commune permettant au lot
1.
créé d'accéder à la voie publique par l'intermédiaire d'un passage aménagé sur l'autre lot était suffisamment établie à la date de la décision attaquée. Il s'ensuit que le motif tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article UE3 du PLU est entaché d'illégalité.
6. Aux termes de l'article UE12 du PLU relatifs au stationnement : " Des aires de stationnement correspondant à l'importance et à la destination de l'opération doivent être réalisées sur l'unité foncière conformément aux dispositions applicables aux zones urbaines. ". Il ressort des pièces du dossier, alors même que la division envisagée revêtirait le caractère d'un lotissement et que l'unité foncière au sens des dispositions précitées serait appréciée en fonction de la cession ultérieure de l'un des lots, la circonstance que les deux places de stationnement allouées au lot à créer seraient situées sur l'autre lot n'était pas, contrairement à ce qu'a estimé la commune, constitutive d'une méconnaissance des dispositions précitées dès lors qu'il ne ressort aucunement du dossier que leur création était matériellement impossible, la servitude de cour commune ci- dessus évoquée ayant précisément vocation à permettre leur implantation et l'objet de la déclaration portant du reste explicitement sur la création d'une aire de stationnement. Il s'ensuit que le motif fondé sur la méconnaissance des dispositions précitées de l'article UE12 du PLU est entaché d'illégalité.
7. Aux termes de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". Il ressort de l'examen des pièces du dossier, notamment des documents photographiques, que, contrairement à ce qu'a estimé la commune en se fondant sur l'appréciation portée par le service DECI, l'impasse de la Valbourdine présente une largeur de 4m, suffisante pour le passage des engins de lutte contre l'incendie et la pente d'accès au tènement foncier n'excède pas les 18% exigés par le certificat d'urbanisme. Enfin, le terrain d'assiette est situé à moins de 200m de trois points d'eau incendie normalisés conformes aux exigences requises par le projet. Il s'ensuit que le motif tiré de la méconnaissance de l'article R.111-2 du code de l'urbanisme est également entaché d'illégalité.
8. Il ressort, enfin, des termes-mêmes de la décision attaquée, que, comme il est dit au point 3, la commune, précisant que le service voirie déplacements avait émis, le 8 novembre 2021, un avis favorable au projet, sous réserve que la plateforme de stationnement mesure 20 mètres de long pour permettre les manœuvres de tous les véhicules, que l'emprise au sol maximale autorisée sur la parcelle est de 181,80 m², que le projet prévoit une emprise au sol après travaux de 177,79 m², à laquelle il convient d'ajouter l'agrandissement de la plateforme à 20m de long conformément à cet avis et que le plan de division joint au dossier fait état d'escaliers sur la parcelle, dont le dossier ne précise pas s'ils sont constitutifs ou non d'emprise au sol, a retenu un dernier motif tiré de ce que le dossier présenté n'aurait pas permis au service instructeur d'apprécier la conformité du projet à l'article UE9 du règlement du PLU selon lequel " ()L'emprise au sol de toutes constructions ne doit pas excéder : () - 20% en zone UEp (). ". S'ils l'ont discuté dans le recours gracieux qu'ils ont formé le 28 janvier 2022, les requérants n'ont toutefois, dans le présent recours contentieux, ni repris cette critique ni articulé aucun moyen à l'encontre de ce motif lequel doit ainsi être regardé comme constituant la base légale de la décision attaquée.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la présente requête doit être rejetée.
Sur les frais relatifs au litige :
10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
1.
DECIDE
Article 1er : La requête de M. F et Mme E est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Toulon tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. C F et Mme D E et à la commune de Toulon.
Délibéré après l'audience du 26 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Harang, président,
M. Quaglierini, premier conseiller Mme Bonmati, magistrat honoraire
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024.
La rapporteure, Signé
D. BONMATI
Le président, Signé
P. HARANG
La greffière, Signé
P. BERENGER
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme, Pour la greffière en chef, Et par délégation,
Le greffier.
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