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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2201483

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2201483

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2201483
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantITEM AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon (2ème chambre) a rejeté la requête de la SAS "Les Rives du Lac" qui demandait l'annulation de l'arrêté du 6 avril 2022 par lequel le maire de Bauduen avait retiré une décision de non-opposition à une déclaration préalable pour l'installation d'habitations légères de loisirs et d'une aire de jeux. Le tribunal a estimé que la demande de non-lieu à statuer présentée par la commune, fondée sur l'obtention ultérieure d'un permis de construire par la société, était fondée. En conséquence, il n'y avait plus lieu de statuer sur la requête, rendant la décision de retrait sans objet.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 juin 2022 et des mémoires enregistrés le 18 avril 2024,

le 6 novembre 2023 et le 16 septembre 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué par application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative, la SAS " Les Rives du Lac " agissant par ses représentants légaux et représentée par Me Ladouce, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 6 avril 2022 par lequel le maire de la commune de Bauduen a procédé au retrait de son précédent arrêté du 10 janvier 2022, par lequel il ne s'était pas opposé à la déclaration préalable qu'elle avait déposée en vue de l'installation de 3 habitations légères de loisir et la création

d'une aire de jeux et de loisirs, sur des parcelles cadastrées 15 E 356, 15 E 358, 15 E 426, 15 E 427, 15 E 80, 15 E 81, 15 E 92, 15 E 93 situées lieudit Notre Dame, sur le territoire de cette commune.

Elle soutient que :

- les représentants légaux de la SAS sont clairement identifiés par les statuts ;

- la décision émane d'une autorité incompétente, la délégation accordée à l'adjoint signataire ne lui permettant pas de la prendre et la commune ne justifiant, en tout état de cause,

pas sa publicité régulière ;

- le recours gracieux exercé au titre du contrôle de légalité est parvenu tardivement

à la mairie et est donc irrecevable ; la décision du maire y faisant droit est donc illégale ;

- l'arrêté est illégal en ce qu'il n'est pas motivé au regard de la création de l'aire de jeux et de loisirs qui ne forme pas avec l'installation des HLL un tout indivisible ;

- l'évaluation environnementale résultant du rapport de présentation du PLU met

en évidence la compatibilité de l'urbanisation discontinue s'agissant des campings ;

- l'étude a reçu un avis favorable de la commission départementale de la nature,

des paysages et des sites ;

- le PLU délimite très précisément la zone à urbaniser puisqu'une STECAL a été créée spécifiquement sur les zones de camping nécessaires à l'activité économique de la commune ;

- la décision initiale était donc conforme aux dispositions des articles L. 122-5 et L. 122-7 ainsi qu'aux articles L. 121-8 et L. 121-9 du code de l'urbanisme ;

- les terrains sont situés en zone Nh qui, aux termes du PLU, " représente la délimitation de secteurs à destination d'hôtellerie de plein air existant. Ces secteurs sont tous situés hors bande des 100 mètres, en référence aux articles L121-16, L121-17 et L121-18 du code de l'urbanisme " ;

- aux termes du STECAL Nh du PLU, sont autorisées : " Des habitations légères de loisirs, dont l'hébergement touristique insolite de type yourtes, cabanes dans les arbres, roulottes, bulles ne constituant pas d'habitat permanent et dans la limite du nombre d'emplacements autorisé par arrêté préfectoral. // Les activités de restauration limitées à : 1 établissement par camping, et d'une surface maximale de 150 m² de surface de plancher " ; dès lors peu importe que les HLL, qui ont vocation à être réunies, soient réaménagées en restaurant si elles respectent l'ensemble de ces règles ;

- la zone au sein de laquelle se situe le projet fait partie d'un ensemble où existent déjà d'autres campings, il ne s'agit donc pas d'une extension de l'urbanisation.

Par des mémoires en défense enregistrés le 3 janvier 2023, le 11 octobre 2023 et

le 13 novembre 2023, la commune de Bauduen, agissant par son maire en exercice et représentée par la SELARL LLC et Associés, devenue Item Avocats, par Me Reghin, conclut au non-lieu à statuer dès lors que la société requérante a sollicité et obtenu un permis de construire en vue de la réalisation de son projet sur les mêmes parcelles et, subsidiairement, au rejet de la requête au besoin en retenant, par substitution de motif, celui tiré de la méconnaissance des dispositions de la zone Nh du PLU qui interdisent l'extension des capacités d'accueil des campings existants et demande que soit mise à la charge de la SAS " Les Rives du Lac " une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la requête est irrecevable et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 24 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée

au 26 décembre 2023 à 12 heures, par application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bonmati ;

- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Faure-Bonaccorsi pour la commune de Bauduen, la société requérante n'étant ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, la SAS " Les Rives du Lac " demande l'annulation de l'arrêté du 6 avril 2022 par lequel le maire de la commune de Bauduen a procédé au retrait de son précédent arrêté du 10 janvier 2022, par lequel il ne s'était pas opposé à la déclaration préalable qu'elle avait déposée en vue de l'installation de 3 habitations légères de loisirs et la création d'une aire de jeux et de loisirs, sur des parcelles cadastrées 15 E 356, 15 E 358, 15 E 426, 15 E 427, 15 E 80, 15 E 81,

15 E 92, 15 E 93 situées lieudit Notre Dame, destinées à une activité commerciale d'épicerie et de restauration rapide au sein du camping qu'elle exploite sous l'enseigne " Les rives du lac de Sainte-Croix " sur le territoire de la commune.

Sur les conclusions afin de non-lieu à statuer :

2. Il ressort du dossier que la société requérante a, postérieurement à l'édiction de l'arrêté attaqué et, partant, de l'introduction de la présente requête, obtenu un permis de construire tacitement acquis le 27 février 2023 en exécution duquel elle a pu effectivement réaliser son projet. Toutefois, dès lors que la décision attaquée a produit des effets à compter du 6 avril 2022 et qu'elle n'a pas été retirée, le recours dirigé contre cette décision doit être regardé comme ayant conservé son objet.

Sur la recevabilité :

3. Il ressort du dossier que la société requérante, pétitionnaire de la déclaration préalable en litige et exploitante du camping " Les Rives du Lac de Sainte-Croix ", est une société par actions simplifiée, statutairement représentée par son président, M. B A, lequel a, du reste,

été destinataire de l'ensemble des échanges de la procédure contradictoire préalable à la décision

de retrait attaquée. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée du défaut

de justification de la qualité pour agir de la société requérante, doit être écartée.

Sur la légalité de la décision attaquée :

4. En premier lieu, il ressort du dossier que le projet se situe en zone Nh du PLU de

la commune de Bauduen, sur le territoire de laquelle les dispositions d'urbanisme spécifiques à l'aménagement et la protection du littoral d'une part, et de la montagne, d'autre part, sont, outre

le règlement du PLU, cumulativement applicables.

5. S'agissant de la montagne d'une part, aux termes de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme : " L'urbanisation est réalisée en continuité avec les bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants, sous réserve de l'adaptation, du changement de destination, de la réfection ou de l'extension limitée des constructions existantes, ainsi que de la construction d'annexes, de taille limitée, à ces constructions, et de la réalisation d'installations ou d'équipements publics incompatibles avec le voisinage des zones habitées. "

et aux termes de l'article L. 122-7 du même code : " Les dispositions de l'article L. 122-5

ne s'appliquent pas lorsque le schéma de cohérence territoriale ou le plan local d'urbanisme comporte une étude justifiant, en fonction des spécificités locales, qu'une urbanisation qui n'est pas située en continuité de l'urbanisation existante est compatible avec le respect des objectifs

de protection des terres agricoles, pastorales et forestières et avec la préservation des paysages et milieux caractéristiques du patrimoine naturel prévus aux articles L. 122-9 et L. 122-10 ainsi qu'avec la protection contre les risques naturels. L'étude est soumise à l'avis de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites. Le plan local d'urbanisme ou la carte communale délimite alors les zones à urbaniser dans le respect des conclusions de cette étude. (). ".

6. S'agissant du littoral d'autre part, aux termes de l'article L. 121-8 du code

de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. // Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre

le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti.

Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres,

la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. // L'autorisation d'urbanisme est soumise pour avis à la commission départementale de la nature, des paysages et des sites. Elle est refusée lorsque ces constructions et installations sont de nature à porter atteinte à l'environnement ou aux paysages. " et aux termes de l'article L. 121-9 du même code : " L'aménagement et l'ouverture de terrains de camping ou de stationnement de caravanes en dehors des espaces urbanisés sont en outre subordonnés à la délimitation de secteurs prévus à cet effet par le plan local d'urbanisme. ".

7. Pour procéder au retrait de son précédent arrêté, par lequel il ne s'était pas opposé

à la déclaration préalable déposée par la société requérante en vue de l'installation de trois habitations légères de loisirs et d'une aire de jeux et de loisirs, le maire de Bauduen a relevé que

le projet ne respectait pas les dispositions cumulées des articles L. 121-8 et L. 122-5 précitées du code de l'urbanisme en ce que l'urbanisation générée par le projet ne se réalisait pas en continuité des zones agglomérées existantes et que le terrain se situait dans un espace naturel et très boisé séparé par des zones espaces classées (EBC) et des zones naturelles et agricoles ne supportant aucune construction à proximité et enfin, qu'il n'était pas autorisé d'installer des habitations légères de loisirs, définies par l'article R. 111-37 du code de l'urbanisme comme " constructions démontables ou transportables, destinées à une occupation temporaire ou saisonnière à usage de loisirs ", à des fins commerciales.

8. Il ressort toutefois du dossier que, comme le soutient la société requérante, après avoir réalisé une étude environnementale précise, intégrée au rapport de présentation, au vu de l'avis favorable de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites conformément aux dispositions des articles L. 151-13 et R. 151-3 du code de l'urbanisme, le PLU de Bauduen a délimité un secteur de taille et de capacité d'accueil limitées (STECAL) correspondant aux campings situés sur le territoire communal, dans lequel des constructions nouvelles peuvent être autorisées par dérogation aux règles générales précitées de constructibilité limitée, dès lors qu'elles n'accroissent pas la capacité d'hébergement de ces campings et, pour autant qu'elles se trouvent dans l'enceinte du camping, sans qu'y fasse non plus obstacle la circonstance que le terrain d'assiette se situerait dans un espace naturel boisé ou agricole. Il s'ensuit qu'en vertu des dispositions précitées des articles L. 121-9 et L. 122-du code de l'urbanisme, le motif tiré de ce que les constructions projetées ne se situeraient pas en continuité des zones agglomérées et seraient comprises dans un espace naturel boisé ou agricole ne pouvait être légalement retenu.

9. En second lieu, aux termes de l'article R. 111-37 du code de l'urbanisme :

" Sont regardées comme des habitations légères de loisirs les constructions démontables ou transportables, destinées à une occupation temporaire ou saisonnière à usage de loisirs. ".

Il est constant que la prohibition de l'usage non professionnel de telles constructions a été abrogée par le décret n°2007618 du 5 janvier 2007. Il s'ensuit que, dès lors que le STECAL de la zone Nh du PLU de Bauduen autorise tout à la fois l'implantation d'habitations légères de loisirs, l'activité de restauration et la construction de bâtiments nécessaires au développement des activités du camping, au nombre desquelles figurent les commerces liés à l'exploitation du camping, le motif tiré de ce que l'installation d'habitations légères de loisirs à des fins commerciales n'était pas autorisée, ne pouvait non plus être légalement opposé.

10. En ce qui concerne la substitution de motif, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

11. La commune demande qu'aux motifs de la décision attaquée soit substitué celui tiré de ce que le règlement du PLU relatif à la zone Nh, dans laquelle se situe le terrain d'assiette du projet, prohibe les constructions ayant pour effet d'augmenter la capacité d'hébergement des campings concernés. Il ressort toutefois clairement des pièces du dossier que les constructions envisagées n'ont pas vocation à créer une capacité d'hébergement nouvelle, mais sont destinées à l'ouverture d'un espace de restauration de type " snack pizzeria ", d'une épicerie et d'une zone de stockage des marchandises nécessaires à l'exploitation de ces commerces, espace auquel serait associée une aire de jeux et de loisirs pour la clientèle du camping. Il s'ensuit que ce dernier motif ne peut davantage être légalement retenu et qu'il ne peut, par conséquent, être fait droit à la substitution demandée.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante est fondée à soutenir que la décision attaquée portant retrait de l'arrêté de non-opposition à déclaration préalable dont elle avait bénéficié, qui ne repose sur aucun motif qui lui soit légalement opposable, est entachée d'illégalité et doit être annulée.

13. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible de fonder l'annulation demandée.

Sur les frais relatifs au litige :

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de

la commune de Bauduen, partie perdante à l'instance, tendant à l'application de l'article L. 761-1

du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 6 avril 2022 par lequel le maire de la commune de Bauduen a procédé au retrait de son précédent arrêté du 10 janvier 2022, par lequel il ne s'était pas opposé à la déclaration préalable déposée par la SAS Les Rives du Lac en vue de l'installation de 3 habitations légères de loisirs et la création d'une aire de jeux et de loisirs sur des parcelles cadastrées 15 E 356, 15 E 358, 15 E 426, 15 E 427, 15 E 80, 15 E 81, 15 E 92, 15 E 93 situées lieudit Notre Dame, sur le territoire de la commune, est annulé.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Bauduen tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à la SAS Les Rives du Lac et à la commune de Bauduen.

Délibéré après l'audience du 20 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

Mme Martin, conseillère,

Mme Bonmati, magistrate honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

La rapporteure,

signé

D. Bonmati

Le président,

signé

J.F. Sauton

Le greffier,

signé

P. Bérenger

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

Le greffier.

N°2201483

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