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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2201495

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2201495

vendredi 7 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2201495
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantIM AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Toulon a annulé l'arrêté du 8 décembre 2021 par lequel le maire de Carqueiranne avait retiré sa décision implicite de non-opposition à une déclaration préalable de travaux pour l'installation de panneaux photovoltaïques, et s'y était opposé. Le tribunal a jugé que le motif de refus fondé sur le risque d'incendie, tiré de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, était infondé. Il a estimé que la seule situation de l'habitation en zone de risque feu de forêt, sans précision sur le niveau d'aléa, ne suffisait pas à caractériser un risque pour la sécurité publique, d'autant que la parcelle était en aléa faible. Les risques évoqués par la commune, liés à des défauts de fabrication ou de pose, ont été jugés étrangers aux normes d'urbanisme et non établis par la commune.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 juin 2022 et le 6 février 2023, la SASU EDF ENR, représentée par Me Orier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2021 par lequel le maire de la commune de Carqueiranne a retiré sa décision implicite de non-opposition à la déclaration préalable de travaux n°DP 083 034 21 C0144 du 11 septembre 2021, en vue d'installer un générateur photovoltaïque, et s'y est opposé, ensemble la décision du 3 avril 2022 rejetant implicitement son recours gracieux en date du 24 janvier 2022 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Carqueiranne une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- le motif tiré de la méconnaissance des dispositions du règlement départemental de la défense extérieure contre l'incendie est entaché d'une erreur de droit eu égard au principe de l'indépendance des législations ;

- le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme est entaché d'une erreur de droit et d'appréciation dès qu'il n'est pas établi que l'installation réalisée sur une construction existante constitue un risque d'incendie supplémentaire et que, dans une telle hypothèse, le maire aurait dû assortir sa décision de non-opposition de prescriptions spéciales.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 novembre 2022, la commune de Carqueiranne, représentée par Me Parisi, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SASU EDF ENR la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués sont infondés.

Par une ordonnance du 10 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 janvier 2025 :

- le rapport de M. Quaglierini, rapporteur,

- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique,

- et les observations de Me Ouattara, substituant Me Orier, pour la SASU EDF ENR, ainsi que celles de Me Mothere, substituant Me Parisi, pour la commune de Carqueiranne.

Considérant ce qui suit :

1. Ayant reçu mandat de M. A B, la SASU EDF ENR a déposé une déclaration préalable de travaux le 11 août 2021 auprès de la commune de Carqueiranne en vue de faire installer des panneaux photovoltaïques sur le toit d'une maison d'habitation située sur le territoire de la commune, sur la parcelle cadastrée AY 116. En l'absence de réponse de la commune, une décision implicite de non-opposition est née le 11 septembre 2021 mais, par un courrier du 3 décembre 2021, le maire a informé la SASU EDF ENR de son intention de retirer ladite décision au motif du risque incendie inhérent au projet. Consécutivement aux observations formulées par la SASU EDF ENR le 8 décembre 2021, le maire a procédé au retrait de sa décision de non-opposition à déclaration préalable de travaux par arrêté du 8 décembre 2021 et s'y est opposé. En l'absence de réponse de la commune de Carqueiranne au recours gracieux effectué par la SASU EDF ENR le 24 janvier 2022, une décision implicite de rejet est née le

3 avril 2022. Par sa requête, la SASU EDF ENR demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, un projet " peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.

3. Pour retirer sa décision de non-opposition à déclaration préalable de travaux et s'opposer à cette dernière, la commune de Carqueiranne a relevé que " le projet consiste en la création de photovoltaïque sur une habitation existante " et que " le risque à défendre est une habitation individuelle () classée en risque feu de forêt ". Elle fait également valoir, dans son mémoire en défense, que l'installation en cause accroît les risques d'incendie.

4. Toutefois, la circonstance que l'habitation existante soit située dans une zone classée en risque feu de forêt, dont la décision attaquée ne précise pas le niveau d'aléa, ne saurait à elle seule caractériser un risque à la sécurité publique constitué par le projet d'installation de panneaux photovoltaïques. Au demeurant, il résulte de la base REMOCrA, accessible tant au juge qu'aux parties, que la parcelle en litige se situe en aléa faible feu de forêt. Si la commune fait valoir que le risque incendie est accru par l'installation en cause, elle reconnaît néanmoins que la probabilité de réalisation d'un incendie est liée à des défauts de fabrication, de pose et d'entretien de ladite l'installation. Ainsi, de telles circonstances, étrangères aux normes d'urbanisme, ne peuvent être utilement opposées au projet d'installation de panneaux photovoltaïques. En tout état de cause, la requérante produit à l'instance des certifications justifiant la conformité du projet aux normes incendie.

5. Il résulte de ce qui précède que la commune n'établit pas que l'installation de panneaux photovoltaïques sur une habitation existante constitue un risque à la sécurité publique. Les dispositions du règlement départemental de la défense extérieure contre l'incendie, qui ne sont pas directement opposables à une autorisation d'urbanisme, ne peuvent fonder les décisions attaquées portant retrait de la décision tacite de non-opposition à déclaration préalable de travaux et refus de cette dernière. Il s'ensuit que la SASU EDF ENR est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 8 décembre 2021 et de la décision du 3 avril 2022 rejetant implicitement son recours gracieux.

6. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, en l'état du dossier, aucun autre moyen n'est susceptible d'entraîner l'annulation des décisions attaquées.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Carqueiranne la somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la SASU EDF ENR et non compris dans les dépens.

8. En revanche, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la SASU EDF ENR, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par la commune de Carqueiranne au titre des mêmes frais.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 8 décembre 2021 et la décision du 3 avril 2022 du maire de la commune de Carqueiranne sont annulés.

Article 2 : La commune de Carqueiranne versera à la SASU EDF ENR la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Carqueiranne présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SASU EDF ENR, à la commune de Carqueiranne et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2025 à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

M. Quaglierini, premier conseiller,

Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2025.

Le rapporteur,

Signé

B. Quaglierini

Le président,

Signé

J.-F. Sauton

La greffière,

Signé

B. Ballestracci

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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