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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2201535

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2201535

lundi 25 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2201535
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantBRL - BAUDUCCO ROTA LHOTELLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 juin 2022, M. A B, représenté par Me Gay, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 avril 2022 par lequel le maire de la commune de Néoules s'est opposé à sa déclaration préalable déposée le 27 février 2022 en vue de la division d'un lot à bâtir sur la parcelle cadastrée section D n°1060 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Néoules la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme ne peuvent être opposées que lorsque le projet nécessite un renforcement ou une extension des réseaux publics ; en l'espèce, de simples travaux de raccordement et non d'extension du réseau sont nécessaires de sorte que la décision attaquée est entachée d'erreur de droit ;

- le règlement départemental de défense extérieure contre l'incendie est inopposable ;

- les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme sont méconnues ; en effet, la parcelle est parfaitement accessible aux véhicules de secours et engins de lutte contre l'incendie ; le chemin Font Roberton n'est pas une voie sans issue et n'a pas à comporter d'aire de retournement ; la décision est entachée d'erreur de fait.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2022, la commune de Néoules, représentée par la Selarl BRL Bauducco Rota Lhotellier, agissant par Me Bauducco, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martin,

- les conclusions de Mme Duran-Gottschalk, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lhotellier, substituant Me Bauducco, pour la commune de Néoules.

Considérant ce qui suit :

1. Le 27 février 2022, M. B a déposé une déclaration préalable en vue de la division d'un lot à bâtir sur la parcelle cadastrée section D n°1060 située sur le territoire de la commune de Néoules. Par un arrêté du 20 avril 2022, le maire de la commune de Néoules s'est opposé à cette déclaration préalable. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté en litige se fonde sur ce que le projet, non desservi par le réseau public de distribution d'électricité, n'est pas conforme aux dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme. Il se fonde également sur la non-conformité du projet aux dispositions de l'article R. 111-2 du même code et de l'article Uc 3 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU).

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés./ Lorsqu'un projet fait l'objet d'une déclaration préalable, l'autorité compétente doit s'opposer à sa réalisation lorsque les conditions mentionnées au premier alinéa ne sont pas réunies. () ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'elles poursuivent notamment le but d'intérêt général d'éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d'être contraint, par le seul effet d'une initiative privée, de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement, sans prise en compte des perspectives d'urbanisation et de développement de la collectivité. Une modification de la consistance d'un des réseaux publics que ces dispositions mentionnent ne peut être réalisée sans l'accord de l'autorité administrative compétente. Il en résulte également qu'il peut être fait opposition à une déclaration préalable lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou d'électricité sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, d'autre part, lorsque l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 332-15 du même code : " L'autorité qui délivre l'autorisation de construire, d'aménager, ou de lotir exige, en tant que de besoin, du bénéficiaire de celle-ci la réalisation et le financement de tous travaux nécessaires à la viabilité et à l'équipement de la construction, du terrain aménagé ou du lotissement, notamment en ce qui concerne la voirie, l'alimentation en eau, gaz et électricité, les réseaux de télécommunication, l'évacuation et le traitement des eaux et matières usées, l'éclairage, les aires de stationnement, les espaces collectifs, les aires de jeux et les espaces plantés. / () / L'autorisation peut également, avec l'accord du demandeur et dans les conditions définies par l'autorité organisatrice du service public de l'eau ou de l'électricité, prévoir un raccordement aux réseaux d'eau ou d'électricité empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve que ce raccordement n'excède pas cent mètres et que les réseaux correspondants, dimensionnés pour correspondre exclusivement aux besoins du projet, ne soient pas destinés à desservir d'autres constructions existantes ou futures () ".

6. Il résulte de ces dispositions que relèvent des équipements propres à l'opération, ceux qui sont nécessaires à la viabilité et à l'équipement de la construction ou du terrain jusqu'au branchement sur le réseau public qui existe au droit du terrain, en empruntant, le cas échéant, des voies privées ou en usant de servitudes, ou, dans les conditions définies au quatrième alinéa de l'article L. 332-15 précité, en empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve dans ce dernier cas que le raccordement n'excède pas cent mètres. En revanche, pour l'application de ces dispositions, les autres équipements de raccordement aux réseaux publics, notamment les ouvrages d'extension et, le cas échéant, le renforcement des réseaux existants, ont le caractère d'équipements publics.

7. Si M. B soutient que le projet est raccordable depuis le réseau de la société Enedis existant situé à moins de 100 mètres, il résulte toutefois de l'avis de la société Enedis du 20 avril 2022 que le raccordement nécessite une extension du réseau basse tension sur 120 mètres d'un coût, hors taxes, de 6 929,40 euros pour laquelle la durée de réalisation des travaux serait de 4 à 6 mois. Dans ces conditions, en s'opposant à la déclaration déposée par le requérant au motif que la commune n'était pas en mesure d'indiquer dans quel délai et dans quelles conditions ces travaux devaient être exécutés, le maire de la commune de Néoules n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme. En outre, les dispositions de l'article L. 332-15 du code de l'urbanisme, qui permettent seulement, lors de la délivrance du permis de construire, de mettre à la charge de son bénéficiaire le coût des équipements propres à son projet ou de prévoir, avec son accord et sous certaines conditions, un raccordement aux réseaux d'eau ou d'électricité empruntant des voies ou emprises publiques, mais n'imposent pas, à défaut, de refuser l'autorisation sollicitée, ne faisaient pas obstacle à ce que le maire se fonde sur le motif contesté, quand bien même, en tout état de cause, la longueur de l'extension serait inférieure à 100 mètres.

8. En deuxième lieu, l'article Uc 3 du règlement du PLU de la commune de Néoules dispose qu'une " autorisation d'urbanisme peut être refusé sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à l'importance ou à la destination des aménagements ou constructions envisagées ".

9. M. B soutient que la parcelle cadastrée section D n°1060 est desservie par le chemin Font Roberton qui n'est pas une voie sans issue de sorte que cette dernière n'a pas à être équipée d'une aire de retournement pour favoriser la manœuvre des véhicules de secours et des engins incendie. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le chemin Font Roberton, qui est une voie privée communale, ouverte seulement partiellement à la circulation, ne permet pas la desserte du terrain d'assiette du requérant, lequel est situé au-delà du tronçon ouvert à la circulation. Par suite, le maire de la commune de Néoules a également pu s'opposer au projet au motif que ce dernier ne respectait pas les dispositions de l'article Uc 3 du règlement du PLU.

10. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

11. Si le règlement départemental de défense extérieure contre l'incendie, pris en application de l'article R. 2225-3 du code général des collectivités territoriales et qui a notamment pour objet de préciser " les besoins en eau pour chaque type de risque " et de " déterminer les informations qui doivent être fournies par les différents acteurs sur les points d'eau incendie ", relève d'une législation distincte du code de l'urbanisme et n'est pas directement opposable à une demande d'autorisation d'urbanisme, il peut toutefois être pris en compte par l'autorité compétente à titre d'élément d'appréciation du risque d'atteinte à la sécurité publique, pour l'application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Ainsi, dès lors qu'en l'espèce, l'arrêté en litige se réfère au règlement départemental de défense extérieure contre l'incendie du Var, notamment s'agissant de la distance entre la parcelle et le premier point d'eau incendie, pour conclure à la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, le moyen tiré de l'inopposabilité du règlement départemental de défense extérieure contre l'incendie doit nécessairement être écarté.

12. En outre, dès lors que la parcelle objet du projet n'est pas, ainsi qu'il a été dit au point 9 du présent jugement, desservie par une voie permettant l'intervention des véhicules de secours et des engins incendie et, qu'en toute hypothèse, elle se trouve à moins de 200 mètres d'un massif forestier et à 280 mètres du premier point d'eau incendie, c'est sans commettre d'erreur de fait ni d'erreur d'appréciation que le maire de la commune de Néoules a pu s'opposer au projet en application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 avril 2022 par lequel le maire de la commune de Néoules s'est opposé à sa déclaration préalable.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de la commune de Néoules, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

15. Les conclusions présentées par la commune de Néoules au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont, dans les circonstances de l'espèce, rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Néoules sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Néoules.

Délibéré après l'audience du 4 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bernabeu, présidente,

- M. Cros, premier conseiller,

- M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

La présidente,

Signé

M. BERNABEULa greffière,

Signé

G. BODIGER

La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/ le Greffier en chef,

La greffière.

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