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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2201584

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2201584

lundi 10 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2201584
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantBRL - BAUDUCCO ROTA LHOTELLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 juin 2022 et 14 novembre 2022, la Sarl LAG, représentée par Me Graziani, demande au tribunal le dernier état des écritures : 1°) d'annuler la délibération n° 26 du 16 décembre 2021 par laquelle le maire de Roquebrune-sur-Argens a renoncé à la procédure d'attribution de la délégation de service public du lot de plage n°7 à la Gaillarde lancée par la commune de Roquebrune-sur-Argens ; 2°) de condamner la commune de Roquebrune-sur-Argens à lui verser une provision d'un montant de 346 686 euros au titre des préjudices subis ; 3°) de mettre à la charge de la commune de Roquebrune-sur-Argens la somme de 4 000 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens. Elle soutient que : - sa requête est recevable ; - la décision est insuffisamment motivée ; - elle est entachée d'une erreur de droit en ce que la renonciation à la procédure de passation d'une délégation de service public n'était pas fondée sur un motif d'intérêt général ; - elle est entachée de détournement de pouvoir ; - elle aurait dû être attributaire du contrat si la procédure de passation avait été menée à son terme, et elle a dès lors droit à l'indemnisation du manque à gagner subi du fait de l'absence de conclusion du contrat. Par deux mémoires en défense, enregistrés les 13 septembre et 29 décembre 2022, la commune de Roquebrune-sur-Argens, représentée par la Selarl Bauducco Rota l'Hotellier, agissant par Me Rota, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la Sarl LAG en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle fait valoir que : A titre principal : - la requête est irrecevable dès lors que les conclusions à fin d'annulation sont irrecevables en raison de leur tardiveté ; A titre subsidiaire : - les moyens ne sont pas fondés ; En tout état de cause ; - le préjudice dont il est demandé réparation n'est justifié ni dans son principe ni dans son montant. Par une ordonnance du 10 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée le même jour.Un mémoire, enregistré le 9 janvier 2025, présenté par la commune de Roquebrune-Sur-Argens a été communiqué le 13 janvier 2025 à la société requérante. Des pièces complémentaires, enregistrées le 14 janvier 2025, présentées par la commune de Roquebrune-Sur-Argens n'ont pas été communiquées. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - le code de la commande publique ; - le code général des collectivités territoriales ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Karbal, conseiller, - les conclusions de M. Kiecken, rapporteur public, - les observations de Me Graziani, représentant la Sarl LAG, qui confirme l'ensemble des conclusions et moyens invoqués dans la requête et qui n'a pas souhaité le renvoi de l'affaire à une date ultérieure ; - et les observations de Me Lhotellier qui maintient l'ensemble de ses écritures. La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience. Considérant ce qui suit : 1. Par un avis publié le 18 mars 2021, la commune de Roquebrune-sur-Argens a lancé la procédure de consultation en vue de la conclusion d'une délégation de service public ayant pour objet l'exploitation des lots de plage n°1-2-4-6-7 sis plages des Pierrats, San Peïre et Gaillarde situées sur la commune de Roquebrune-sur-Argens. La date limite de remise des offres a été fixée au 23 juin 2021. La Sarl LAG, exploitant sortant du lot n°7, a présenté une offre pour l'attribution de ce lot de plage. La société requérante a été informée, par un courrier du 14 octobre 2021, que la commune avait décidé de ne pas donner suite à la procédure de passation en cause et d'abandonner la procédure. Par la délibération attaquée du 16 décembre 2021, le conseil municipal a décidé de ne pas donner suite à la procédure de passation de ce contrat pour un motif d'intérêt général. Sur la fin de non-recevoir tirée de la tardivité de la requête : 2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 411-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai ". Aux termes de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet () ". Enfin, aux termes de l'article R. 421-5 de ce code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". 3. S'il résulte de l'ensemble des dispositions précitées que l'opposabilité des délais de recours à l'auteur d'une demande est subordonnée à l'indication des voies et délais de recours, toutefois, lorsque la publication d'un acte suffit à faire courir à l'égard des tiers, indépendamment de toute notification, le délai de recours contre cet acte, ces dispositions n'ont ni pour objet ni pour effet de faire obstacle à ce que, en cas de recours gracieux formé par ces tiers contre l'acte en cause, le délai de recours contentieux recommence à courir à leur égard à compter de l'intervention de la décision explicite ou implicite de rejet de ce recours gracieux, même en l'absence de délivrance d'un accusé de réception mentionnant les voies et délais de recours. 4. Il résulte des pièces du dossier que la délibération en litige en date du 16 décembre 2021 a été publiée le 21 décembre 2021. La Sarl LAG a effectué un recours gracieux le 17 février 2022 par lequel elle a demandé au maire de la commune de Roquebrune-sur-Argens d'annuler cette délibération, qui a été implicitement rejeté le 23 avril 2022, le délai de recours contre cette décision courant alors jusqu'au 23 juin 2022. Dès lors, le 15 juin 2022, date d'introduction de la présente requête, le délai de recours contre la délibération 16 décembre 2021 et contre la décision implicite opposée par la commune de Roquebrune-sur-Argens à la demande d'annulation de cette délibération n'avait pas encore expiré. Il en résulte que la fin de non-recevoir opposée par la commune de Roquebrune-sur-Argens, tirée de la tardiveté de la requête, doit être rejetée. Sur les conclusions aux fins d'annulation : 5. Aux termes de l'article R. 2185-1 du code de la commande publique : " L'acheteur peut, à tout moment, déclarer une procédure sans suite ". Aux termes de l'article R. 2185-2 du même code dispose : " Lorsqu'il déclare une procédure sans suite, l'acheteur communique dans les plus brefs délais les motifs de sa décision de ne pas attribuer le marché ou de recommencer la procédure aux opérateurs économiques y ayant participé ". 6. Il ressort des termes de la décision attaquée, que le maire de la commune de Roquebrune-sur-Argens a décidé de ne pas donner suite à la procédure de passation en litige en raison de l'existence de certains vices affectant la sécurité juridique de cette procédure et qui seraient de nature à conduire à l'annulation du contrat en cause si elle était poursuivie. Dans ces conditions, la société requérante a été suffisamment informée des raisons de la déclaration sans suite de la procédure litigieuse. Dès lors, la Sarl LAG n'est pas fondée à considérer que la décision attaquée ne répondait pas aux exigences de motivation. 7. Une personne publique qui a engagé une procédure de passation d'un contrat de concession ne saurait être tenue de conclure le contrat. Elle peut décider de renoncer à le conclure pour un motif d'intérêt général. 8. Il ressort des pièces du dossier que, dans le cadre de la procédure de consultation en vue de la conclusion d'une délégation de service public ayant pour objet l'exploitation des lots de plage n°1-2-4-6-7 sis plages des Pierrats, San Peïre et Gaillarde, 4 offres ont été remises pour le lot de plage n°7 à la Gaillarde. A la suite d'une réunion du 16 juillet 2021, la commission de délégation de service public a procédé à l'analyse ainsi qu'au classement de ces offres. Il ressort également des pièces du dossier que cette commission a adressé à l'un des candidats un courrier le 19 juillet 2021 ayant pour objet la mise au point de son offre, auquel celui-ci a répondu par un courrier du 23 juillet 2021. Il résulte de l'instruction, en particulier du courrier du 19 juillet 2021 produit par la commune le 9 janvier 2025, dont il est constant qu'elle en avait eu connaissance avant l'introduction du présent recours, que la décision doit être regardée comme fondée sur un motif d'intérêt général dès lors que, si ce courrier, eu égard à son contenu, avait seulement pour objet d'informer l'attributaire du contrat et non, comme le soutient la requérante, de modifier les conditions de gestion et d'exploitation du lot n° 7, il était néanmoins susceptible d'avoir pour effet de faire regarder le contrat comme se trouvant affecté d'un vice entachant sa validité. Au regard du risque de l'irrégularité affectant la procédure d'attribution, et de l'insécurité juridique qui pesait sur la légalité de la procédure, la commune de Roquebrune-sur-Argens a pu légalement choisir de ne pas donner suite à la procédure de passation. Une telle circonstance constitue un motif d'intérêt général suffisant à justifier légalement la décision de renonciation contestée. Par conséquent, la Sarl LAG n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée ne serait pas fondée sur un motif d'intérêt général, et son moyen doit également être écarté. 9. Ainsi qu'il a été précédemment indiqué, le pouvoir adjudicateur, qui n'était pas tenu de conclure le contrat et qui pouvait décider de renoncer à le conclure pour un motif d'intérêt général et au regard de l'insécurité juridique de la procédure, pouvait légalement la déclarer sans suite. Par suite, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi. 10. Il résulte de tout ce qui précède que la Sarl LAG n'est pas fondée à demander ni l'annulation de la décision du 16 décembre 2021, ni l'indemnisation du préjudice qu'elle estime avoir subi. Sur les frais du litige : 11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Roquebrune-sur-Argens, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la Sarl LAG demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société LAG une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Roquebrune-sur-Argens au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.D É C I D E :Article 1er : La requête de la Sarl LAG est rejetéeArticle 2 : La Sarl LAG versera à la commune de Roquebrune-sur-Argens une somme de 1 500 (mille-cinq-cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la Sarl LAG et à la commune de Roquebrune-sur-Argens.Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025, à laquelle siégeaient :M. Philippe Harang, président, M. Zouhaïr Karbal, conseiller,Mme Mathilde Montalieu, conseillère. Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2025. Le rapporteur,SignéZ. KARBAL Le président, Signé Ph. HARANGLa greffière,SignéF. POUPLYLa République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.Pour expédition conforme,La greffière,2N° 2201584

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